CE QU'’IL FAUT CONNAÎTRE AVANT LE MARIAGE
Après avoir établi le bilan des forces ou des fai-
biesses du cœur, il reste enfin à faire aux jeunes gens une dernière étude, bien délicate, mais fort
importante : celle du caractère et du tempérament de la future.
— Quelle est l’humeur de cette jeune fille? Estelle aimable, douce et facile? Saura-t-elle se plier de bonne grâce aux exigences du ménage? à la monotonie d’une vie sérieuse et tranquille? Cette humeur sera-t-elle compatible avec la mienne?
Et la jeune fille dvera se poser les mêmes questions à propos de son fiancé. — Quel est le caractère de ce jeune homme? Est-il d'humeur égale, ou vif et emporté? A-t-il beaucoup d'amis et quelle sorte d'amis? Sort-il souvent en société, ou préfère-t-il une vice tranquille et retirée? Dans l'intimité de la famille est-il gai ou porté à la mélancolie? Se montre-t-il soupçonneux et jaloux? Nos caractères pourront-ils sympathiser ensemble?
Questions délicates, je le répète, mais questions très prudentes, quand il s’agit de s’unir pour la vie. Sans une fusion harmonieuse des caractères, impossible d'avoir le bonheur au foyer domestique. La vertu même la plus solide ne saurait la remplacer : une rose perd son attrait quand on s'accroche à ses piquants, et, selon la pittoresque expression de Saint François de Sales : « Un saint triste fait toujours un triste saint. »
Le temps de la fréquentation n'est guère favorable, je. l’avoue, à pareille étude, parce que, consentement mutuel, les deux amoureux dissimu-
lent et s'entendent pour jouer à cache-cache. Ils
— 79 — mettent leurs qualités en pleine lumière, mais ils prennent un soin extrème de laisser leurs défauts dans l'ombre la plus épaisse.
Bien imprudent serait donc le jeune homine qui se contenterait de ce qu’i! a connu du caractère de la jeune fille, pendant qu'il lui faisait la cour. Au printemps, l’aubépine est le plus gracicux des arbustes. Parée de sa brillante couronne de fleurs blanches, elle charme le regard, et arrête les pas du voyageur par son parfum suave et pénétrant. Mais le soleil de juin fait tomber les fleurs; les parfums s'évaporent,.… bientôt il ne reste plus qu'un buisson à l'air rechigné et tout couvert d'épines... Plus d’une jeune fille, en compagnie de son fiancé, était un modèle de douceur et d’amabilité, un ange dans un corys mortel... Une fois mariée, la demoiselle est redevenue ce qu’elle était auparavant, un vrai petit fagot d’épines.
Le mari n’a pas tardé à s’en apercevoir.
Attendre à se connaître après le mariage, c'est s’exposer à bien des désagréments, auxquels il sera désormais impossible de se soustraire.
S'imaginer, comme le font souvent de naïves jeunes filles, qu’à force d'affection et de bons procédés elles réformeront le caractère vicieux du mari, qu'elles dompteront son humeur acariâtre, ses manières brusques et 1ranchantes, son penchant à la jalousie, c’est se faire une illusion cruelle... La plupart du temps, elles ne réformeront rien du tout. Peu de mois après le mariage, l’homme, reprenant ses
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