LA CRISE
Poussé à bout par ces taquineries quotidiennes, l'homme éclate un jour en reproches violents.
— Sa maison est mal tenue... tout y est en désordre.. La cuisine est détestable... Sa femme est sans cesse à courir chez sa mère et lui conte toutes sortes de niaiseries.. Elle ferait bien mieux de rester au logis et de s'occuper de la propreté de son ménage... Les choses ne peuvent pas continuer ainsi, son parti est pris... Que sa femme choisisse entre son mari Ou sa mère...
Décidément, l’homme est *n colère pour tout de bon. Ce serait le temps pour la femme de se rappeler qu’en de telles circonstances, le silence est d'or ou de chercher par de douces paroles à conjurer l'orage qui inenace. Mais, nous l'avons dit, Madame est d'humeur très vive, elle aussi. Sous le coup de ces reproches, perdant tout contrôle sur ses nerfs, elle répond d'un ton de voix fort pointu.
— Son mari a toujours des remarques désobligeantes à Jui faire, il n’est jamais content de rien... S'il ne trouve pas sa maison bien tenue, qu'il prenne une servante: si la cuisine n’est pas de son goût, qu'il aille dîner au restaurant... 11 lui
reproche de voir sa mère... Ah! elle est bien heureuse d’avoir sa mère pour l'encourager et la consoler : sans elle, bien sûr, elle mourrait de chagrin et d’ennui...
Cette tirade débitée tout d’une haleine, sans arrêt, sans points ni virgules, sans interruption possible, se terminera par une explosion de sanglots ou une crise de nerfs.
En face d’une situation si nouvelle pour lui l'homme, déconeerté, murmure quelques paroles peu bienveillantes pour sa femme, puis, ne sachant trop que dire ni que faire, il prend son chapeau et... la porte.
Dès que Monsieur est nrti, Madame, se remettant de sa crise nerveuse, essuie ses larmes et se hâte d’aller conter à sa mère la scène affreuse qu'elle vient d’avoir avec son mari. Ici l'influence de la mère poucra être décisive pour le bonheur ou le malheur du jeune ménage.
Si elle est sag: et prudente, elle fera entendre à sa fille de bonnes vérités, tout en la consolant de son mieux. « Sois patiente, ma fille, cède de bonne grâce à ton mari, afin d’avoir Ja paix à la maison. Il est un peu vif de caractère, je le sais, mais il a bon cœur... Montre-toi avec lui pleine de prévenances et d’attentions..….. Fais tout en ton pouvoir pour lui rendre la maison agréable... mais, surtout, ne garde jamais rancune de ses saillies d'humeur... Quand ton mari rentrera, sois aimable et souriante comme si rien n'était arrivé.
« Il faut t’accoutumer à faire des sacrifices : ma
LS
flle, la vie d’une femme mariée, vois-iu, n'est trop souvent qu'une vie de sacrifices et de dévouement, tu le comprendras mieux plus tard. Mais c'est par là aussi qu'une femme est puissante et réussit à changer pen à peu le caractère trop vif de son mari. Offre à Dieu cette épreuve et fais vaillamment ton devoir. »
Voilà de bonnes et nobles paroles.
Si la jeune femme les écoute et les met en pratique, elle ne verra jamais la lune rousse se lever sur l'horizon de son ménage.
Malheureusement, toutes les belles-mères ne parlent pas de la sorte. Il s’en trouve qui, dans une circonstance si grave, ont l’imprudence de dire à leurs filles : « Comment, ma fille, après trois mois à peine de mariage, ton mari te iraite de la sorte, toi qui es si douce et si bonnel.. Ah! l'ingrat! le sans-cœur!... Ecoute, ma chérie, ne te laisse pas ainsi fouler aux pieds, cet homme ferait de toi une misérable esclave, ne cède pas, tiens ta place à la maison, tiens ton bout! »
Et la jeu e femme de revenir au logis, bien dé- ] e conseil de sa mère, « à tenir son bout » et : ae pas céder.
cidée, sc