‹ Misères humaines [microforme]Chapitre 89 sur 201 · LS US LS · texte numérisé non relu

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fants une instruction plus complète, cst souvent commettre une erreur de tactique, irréparable dans la suite.

A dix-huit ans le jeune homme ne se sentira plus la même volonté pour le travail manuel. Des rêves d’ambition se sont éveillés en lui. Trop d'instruction lui fera dédaigner la situation modeste mais solide de ses parents.

Quand on sait tant de choses, qu’on à une si belle main d'écriture, que la tête est meublée de notions si variées sur les sciences naturelles, la physique, la chimie, l'astronomie, etc., etc., est-il possible ensuite de devenir menuisier, maçon, charpentier, ou forgeron, comme son père?

Oh! non, il faut être commis de magasin, commis aux écritures, apprenti négociant, apprenti de banque.

Hélas! trop souvent le seul apprentissage sérieux que fera le jeune homme sera celui de la misère, qui lui tiendra ensuite fidèle compagnie, durant toute sa vie.

Un barbier de Montréal, tout en expédiant sa besogne, aimait, comme ses confrères, à jaser avec le client.

Un jour il me fit ses confidences.

La besogne le débordait.. Impossible de trouver des ouvriers... Il avait bien des garçons, dont deux de seize et dix-sept ans, mais ils étudiaient à l’Académie commerciale.

-— Mais pourquoi donc ne prenez-vous pas avec

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vous l’aîné de vos garçons pour lui apprendre votre métier?

— Ah! je veux qu'il finisse son cours, je tiens à lui donner le plus d'instruction possible.

— Laissez-moi vous le dire : je crains bien que vous ne lui en donniez trop pour sa situation, et qu'il n’aime guère ensuite à se meitre à la besogüe.

Quelques années s’écoulèrent, et je revis mon barbier de Montréal.

— Eh bien! et vos garçons?

— L'aîné est commis aux écritures dans un magasin : il gagne trois piastres par semaine. Le second a suivi l’exemple de son frère, on lui donne quatre piastres par mois.

— Et vous pensionnez ces jeunes gens chez vous?

— Sans doute, il le faut biea, ils ne gagnent pas assez pour vivre.

Et le brave homme continue de manier le rasoir et la savonnette, mais il a la satisfaction d’avoir des garçons qui font les messieurs et qui, le dimanche, se promènent bien habillés, bien cravatés, bien gantés, le cigare à la bouche et la canne à la main. Ils sont commis, tandis que leur père, le modeste bark'er, les nourrit par son travail et élève une famille de huit enfants.

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