ACTE TROISIÈME
GEORGES
Merci. Tous les mensonges que ton amitié voudrait me faire, je me les suis fait pendant cette nuit et je n*ai pu y croire... Redis-moi plutôt, mais en détail, ce qui s*est passé au cercle après mon départ.
GASTON
Je ne t'ai rien caché. D*abord» comme tu penses, un grand tumulte... Sans rien savoir, les uns te donnent raison, les autres te donnent tort...
GEORGES
Qui cela m'a donné tort?
GASTON
Damel A onze heures, tout le monde est bien tranquille : tu arrives par une porte, ViUiers par une autre; tu lui jettes tes gants au visage, en lui criant : « Vous savez pourquoi ! » S'il le savait, lui, les autres ne le savaient pas... Et encore le savait-il? Il n'en avait pas l'air! (oeste de (Jeorges.) Oui !... On vous sépare, je t'entraîne, tu me donnes tes instructions. Je rentre dans la salle, et je trouve ViUiers fort ému, avec d'Aigueville et Kent, qu'il a choisis pour témoins. Je prie d'Ambert de t'assister avec moi : je l'avais sous la main ; j'aurais préféré Champdieu...
GEORGES
Non, je te l'ai dit, au contraire,., je ne veux pas qu'il sache...
GASTON
Oui!... Tu crains son jugement !... Enfin, tu es le maître. . . —D'Ambert et moi nous réclamons pour toi la qualité de premier offensé. Villiers te la dénie, comme je m'y attendais. 11 déclare sur l'honneur, sans s'expliquer
davantage^ qu'il ne te devait aucune réparation... Gomme c'est aussi mon opinion, je suis d'abord un peu démonté...
GEORGBS.
Pardieu! voulais-tu qu'il avouât l'injure? Tout autre à sa place aurait parlé de même!
GASTON
Je me remets, et je riposte suivant mon mandat. Villiers ne peut contester qu'il ait emmené madame de Trye dans sa voiture, justement après que tu l'avais fait demander. Là-dessus, d'ailleurs, j'aborde la question des armes, et, presque aussitôt, il admet notre thèse... Enchanté au fond d'avoir une affaire qui pourra l'illustrer, il accepte l'arme...
GEORGES, amèrement.
Naturellement!'
GASTON
Kent, après une défense, consent à prêter son jardin ; et, comme tu m'avais exprimé ta volonté de précipiter les événements, je demande ce matin, dix heures. Je reviens ici, je retourne au cercle ; je vais me coucher, je ne dors pas... et me voici.
Je te remercie !
Il lai serre la main.
GASTON
Tu as la fièvre... Mon pauvre garçon... Enfin! Ce n'est pas le moment de s'attendrir... Tu es nerveux, tu brûles : tu n'auras pas la main sûre. Tâche de te calmer un peu.