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Si, et ce n'est pas douteux, il fil œuvre d'habile politique, ainsi que de bon Français, en couronnant dans Hugues Capet la révolution féodale, pour l'anéantir, il est impossible d'accorder à cet acte le moindre caractère théocralique ni religieux, au point de vue du Gouvernement général de la Chrétienté.
C'est sur le mot d'ordre du futur Sylvestre II, agissant pour Grégoire V, que le l*' juillet 987, les évêques et seigneurs du duché de France placent sur le trône le plus grand propriétaire féodal du pays.
C'était élire le plus grand usurpateur, le premier révolutionnaire, au point de vue du Gouvernement général et du Droit public qui, légalement, resteront impériaux jusqu'au dix-septième siècle.
Hugues Capet est sacré par Adalbéron , archevêque de Reims.
Déjà, en 922, chef des rebelles, Robert, duc de France, avait été sacré roi à Reims, aux dépens de la dynastie légitime représentée par Charles IH.
Après Robert, le duc de Bourgogne, Raoul, avait également été sacré et venait d'emprisonner Charles HI au château de Péronne, où ce descendafat de Pépin mourut.
Hugues le Grand, père de Hugues Capet, continuateur et chef de ces rébellions féodales, avait été arrêté dans sa guerre C4>ntre le souverain légal, Louis lY, par le concile d'Ingelheim, et frappé d'une excommunication dont le pape Etienne VH avait approuvé les motifs.
Le concile d'Ingelheim et le pape Etienne VII continuèrent, au dixième siècle, la politique que le saint Siège avait adoptée au huitième; et leur excommunication, en frappant le père de Hugues Capet, tombait sur un révolutionuaire, et défendait le Gouvernement général et le Droit public, un peu tard il est vrai.
Mais Hugues Capet était-il moins révolutionnaire que son père?
Comment accorder le sacre de 987 avec le sacre de 752?
Sur qui retombe rexcommunication fulminée d'avance en 75& par Etienne II, en France même, « contre quiconque dans l'avenir élirait un roi des Francs qui ne descendrait pas directement de Pépin » T
La postérité de Pépin n'était pas éteinte, son sang n'était nullement tari : le frère de Lotbaire, Charles, grand-duc d'Occident, père de trois mâles, vivait et protestait les armes à la main contre l'usurpateur; mais il fut livré par l'évèque de Laou, et la mort lui ferma la bouche dans les cachots de la Tour d'Orléans.
La vérité est que le futur Sylvestre II, agissant pour Grégoire Y, ou plutôt par ce dernier, frappait de mort la dynastie carlovingienne, comme Zacharie et Etienne II avaient, moins de trois siècles auparavant, condamné la dynastie mérovingienne.
Ne voulant pas de Droit public, et encore moins de Grouvernement général qui en garantit l'exécution, les meilleurs papes, ceux qui défendaient le mieux la papauté, étaient voués au sacrilège public, en frappant ainsi dans ses sources toute légitimité monarchique.
L'hypocrisie gouvernementale, l'espèce de mysticité qui accompagne les fausses doctrines de la légitimité, sont un des plus grands dangers qui puissent émasculer le principe monarchique et compromettre aux yeux du vulgaire ce qu'il appelle la Religion.
Au fond de ces doctrines creuses, à la confection desquelles se sont ingéniés les de Bonald et les de Maistre, il y a ce que nous venons de dire : la papauté fonctionnant vis-à-vis des gouvernements monarchiques ou autres, avec la morale et la politique d'une loge de carbonari, ceci sans préjudice aucun pour le rôle religieux des papes comme évèques.
Ces sacrilèges publics n'étaient certainement pas le carac-
tère théocratique ni religieux de la fonction sacrée que les papes croyaient avoir revêtue.
Voyez les plus grands d'entre eux, les plus vrais, les plus éclairés Jes plus forts, Grégoire II, Grégoire IV, Etienne II» Sylvestre II : ils cherchent, saisissent, exercent un pouvoir sur les couronnes, un gouvernement sur les gouvernements ; mais ce pouvoir, ce gouvernement, sont tellement peu thébcratiques, que plus ils s'exercent en Occident, plus aussi TÀutorité, cette force immédiate de la Vérité, s'en montre absente, plus l'esprit révolutionnaire s'y montre présent.
Le sacre de Hugues Capet ne peut pas plus faire autorité que le sacre de Pépin, si Ton se place au point de vue du Gouvernement général et du Droit public européens, qui, du temps de Pépin, étaient impérialement représentés h Byzance, royalement en France par la dynastie mérovingienne.
Du temps de Hugues, le droit public est représenté impérialement par Constantin VIU d'Orient, et par le chef du saint empire romain et de la nation germanique Otton III, et royalement en France par le grand-duc Charles que nous venons de voir livrer à la prison et à la mort par l'évèque de Laou, puis par Hugues Capet lui-même.
Voilà, au point de vue de la légalité, la situation usurpatrice de cette nouvelle dynastie.
Examinons maintenant la question nébuleuse de la légitimité 7
Sont-ce les mérovingiens, les carlovingiens ou les capétiens qui sont légitimes?
Il est évident que le sacre de Hugues Capet n'est pas plus légitime que légal, puisque l'excommunication fulminée d'avance par Etienne II tombe à la fois sur l'archevêque de Reims, Âdalbéron, sur les évêques et abbés du duché de France assemblés pour soutenir une usurpation aussi illégale bu'illégitime, et enfin rebondit et éclate sur la tiare de Grégoire V et de Sylvestre II lui-même, et tonne contre la papauté»
La vérité la voici : toujours forcée par son pian local et sa foDctioQ césarienne d'exercer un pouvoir révolutionnaire qui était juste le contraire de TÀutorité théocratique, la papauté, sans plus de souci réel de la légitimité que de la légalité, cherchait ses instruments royaux, là où elle pouvait se faire des créatures dociles ; et, sentant mieux que personne que le seul principe réel des monarchies est l'énergie du monarque, c'était avant tout cette énei^e dont elle voulait se saisir, quand il lui importait de frapper soit l'empire d'Orient, soit le saint empire romain deGermanie, soit les lombards, soit ses propres évèques tournant à Toligarchie républicaine.
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