Mission du Saguenay
Pierre Laure naquit à Orléans le 17 septembre 1688, et entra dans la Compagnie de Jésus le 29 octobre 1707. Il n'était pas encore dans les ordres sacrés lorsqu'il arriva en Canada la même année qu'arrivèrent le P. Etienne Lauverjat et le frère coadjuteur Nicolas LeClerc, c'est-à-dire en 1711.
Il commença tout de suite sa régence au Collège des Pères à Québec. En 1712 il était professeur de Sième; en 1713 des humanités, en 1714 de rhétorique et eit 1715 de 2de. En 1716 il fut chargé de la bibliothèque, et c'est la première fois que cet emploi est indiqué dans le status du Collège. En 1717, 1718 et 1719 il fit sa théologie, et le 23 juin de cette dernière année il fut ordonné prêtre à l'Hôpital-Général par Mgr de St- Val lier. En 1720 il fut désigné par le R. P. Pierre de la Chasse pour rouvrir les missions du Saguenay, abandonnées depuis bien des années faute de missionnaires. Il partit de Québec pour Chicoutimi le 1er juin, et y arriva avant la fin du mois.
Dans le Rapport sur les Missions du Diocèse de Québec (No 10) de mars 1864, aux pages 21 et 22, sont donnés deux extraits d'une lettre qui est attribuée à un missionnaire écrivant du Saguenay en 1720. Le nom de ce missionnaire n'est pas indiqué, mais il ne peut guère être autre que celui qui fait le sujet de ces notes. Car, après le P. Louis André, S. J., il n'y eut qu'un missionnaire en 1716, à savoir le P. Gélase Delestage, Recollet, qui en 1720 était missionnaire du côté sud du St Laurent, de Rimouski à Mrramichi. Je reproduis ici ces extraits comme se rapportant à la première année de la vie de missionnaire du P. Laure. A d'autres mieux renseignés de constater d'une manière certaine l'auteur de cette lettre et de nous dire si l'original existe encore quelque part.
" Tadoussac, dit un autre missionnaire écrivant en 1720, est un bon port, et on m'a assuré que 25 vaisseaux de guerre y pouvaient être à l'abri de tous les vents, que l'ancrage y est sûr et que l'entrée en est facile. Sa figure est presque ronde ; des rochers escarpés d'une hauteur prodigieuse l'environnent de toutes parts, et il en sort un petit ruisseau qui peut fournir de l'eau à tous les navires. Tout ce pays est plein de marbre, mais sa plus grande richesse serait la pèche des baleines." p. 21.
" La plupart de nos géographes ont marqué une ville au Port de Tadoussac, écrivait un missionnaire en 1720, mais il n'y a jamais eu qu'une maison française et quelques cabanes de sauvages qui y venaient au temps de la traite et qui emportaient ensuite leurs cabanes, comme on fait des loges d'une foire ; et ce n'était en effet que cela. Il est vrai que ce port a été
longtemps l'abord de toutes les nations sauvages du Nord et de l'Est : que les Français s'y rendaient dès que la navigation était libre soit de France soit du Canada ; que les missionnaires profitaient de l'occasion et y venaient négocier pour le ciel. La traite finie les marchands retournaient chez eux, les Sauvages reprenaient le chemin de leurs villages ou. de leurs forêts, et les ouvriers évangéliques suivaient ces derniers pour achever de les instruire." p. 22.
Le lecteur n'a qu'à comparer ces deux extraits avec la description de Tadoussac donnés par le P. Laure dans sa Relation pour se convaincre qu'on doit les attribuer au même écrivain.
Son journal commence dès son arrivée. Il a été reproduit à la page 44 du même Rapport des Missions de Québec que je viens de citer. Voici ce que l'on y trouve pour l'année
" J'arrivai à Chek8timi au mois de juin pour y prendre possession de la mission rétablie après 20' ans d'interrègne. Ma maison, dans V automne, y fut bâtie par Ghatelleraiix, commis au dit poste, sur le petit coteau à cause de la proximité de V église et po%iv la commodité des Français. La croix fut faite par le même!' (Journcd).
Il est nécessaire de noter ici qu'il existe encore aujourd'hui à Chicoutimi l'analyse d'un registre des Postes du Roi de 1691 à 1780. Cette analyse a été faite en 1836 par M. François Boucher, curé de l'Ange-
* îardien et desservant de ces mêmes. Postes du Roi. Le P. J.-B. de La Brosse donna à ce registre de ses prédécesseurs le nom de Miscellaneorurn Liber, vu qu'il contenait tout ensemble les actes de baptême, de mariages, de décès, une liste des bienfaiteurs et leurs dons et enfin, quoique à l'état incomplet, les annales de ces missions. Il l'avait de plus paginé et doté d'un index. C'est à l'obligeance de M. Ainbroise Fafard, Supérieur du Séminaire de Chicoutimi, que je suis redevable d'une copie de ce document devenu actuellement bien précieux par le fait que le Miscellaneorurn Liber lui-même ne se retrouve plus. S'il a survécu aux vicissitudes du temps, ce que je n'ose espérer, il est enfoui quelque part où il ne peut guère servir, en tout cas il est inconnu aux amateurs des recherches historiques. J'ai puisé largement dans la copie, et avec l'aide des restes de nos catalogues, du journal du P. Laure et de sa relation, j'ai pu suivre le géographe du Saguenay dans ses courses apostoliques depuis le •commencement de sa carrière jusqu'au moment de sa mort.
Quant à cette année 1720, l'analyse du Mlscellaneo- *rum Liber nous apprend peu de choses positives. Après les dernières entrées du P Gélase Délestage, Récollet, en 17 16, viennent immédiatement celles des baptêmes faits par le P. Laure, avec cette épigraphe, qui, à défaut d'autres renseignements, restera à l'état d'énigme :
" Diu sub judice lis fuerit.
"Siste viator
" Laure, J."
" Vere prius flores, etc." (à la page 19 des registres perdus).
La date de la première sépulture n'est pas donnée 'dans l'analyse ; celle du premier mariage de cette année est du 2 juillet. La Relation inédite confirme la supposition de M. Boucher que le Père hiverna à Oiicoutimi, 1720-21.
" J'hyvernai à Notre-Dame de Bon-désir avec les 'Tadoussaciens " (J ournal ).
En effet le registre nous dit : (Déc. 1721) " Ibidem TadSsaci hyemans infantem recens natum baptisavi, etc. (idque die ipso Domini Nativitatis)."
A la page 116 du Miscellaneorum Liber, toujours d'après l'analyse, se trouvaient les actes des sépultures faites par le P. Laure depuis 1720 jusqu'au 4 juin 1736. M. Boucher nous donne un échantillon pour cette année : "9 julii 1721 — Ego Petrus Laure Soc. Jesu, sacerdos, ChekStimitch pastoris vices agens, in parvo coemeterio, juxta exequias infantulorum, sepelivi Petrum-Regis, 18 circiter annos natum •et féliciter defunctum immédiate post receptionem baptismi et viatici" (vide 116 et alias).
La relation inédite, de son côté, nous apprend que «dès le petit printemps de 1721 il s'était transporté à Québec à cause d'une maladie dont il souffrait Son séjour y était bien court, car malgré les instances de ses amis à Québec, il repartit presqu'aussitôt pour sa
mission. Son retour, comme il le marque, était providentiel, car la peste allait frapper ses pauvres Sauvages. Après lepidémie il se rendit à Tadoussac, et de là à Bon-Désir, qu'il nous dit être vers l'Escoumin à huit lieues au-dessous de Tadoussac. L'hivernement de 1721-22 se fit à Tadoussac.
Il n'y a rien sur cette année au journal tel qu'imprimé dans le Rapport sur les Missions du diocèse de Québec.
Les premiers mois de l'année le Père était encore chez les Tadoussaciens, puisqu'il y avait hiverné. On l'y trouve encore au mois de décembre, où il fait l'entrée suivante : "In nova Pip8napi (Bon-Désir) missione, propre Tadoussacum, rite baptisavi, etc. Il passa donc cet hiver aussi de 1722-23 à Bon-Désir.
" La maison des Pères, y compris l 'église fut faite à Bon-Désir par Porreau. La croix sur le rocher fut plantée, Vannée suivante, par le Sr Chatelleraux r commis à Tadoussac" (Journal).
D'après le Miscellaneorum Liber, il a dû quitter Bon-Désir de bonne heure au printemps, puisqu'il fit un acte à Chicoutimi le 24 mai. C'est le premier acte de baptême depuis celui de décembre 1722, mentionné plus haut. Dans le mois, ou après le mois d'août, dit l'analyse, est cet acte : " Apud Papinacheos, ego Petrus Laure sub conditione baptisavi Margaritam, filiam galli Rasset et natam 3 menses circiter, etc. De quo
scriptum apud se tenent parentes." Il est à présumer qu'il hiverna (1723-24) aux Papinacheois par l'acte de mars de l'année suivante.
D'après la carte de M. N. de Fer, 1718, les Papinacheois habitaient surtout entre la Rivière Noire (Manicouagan) et la Rivière Ste-Marguerite (R. aux Outardes), à 35 lieues environ au Nord-Est de Tadoussac et en deçà de la pointe de Monts. Mais le Père Laure leur assigne un territoire bien autrement étendu : " C'était, dit-il, de ce poste [N.-D. de Bon-Désir], qu'après la Toussaint et au printems je me rendois aux Ilets de Jeremie à 30 lieues au Nord-Est de Tadoussac vers la rivière des Betsiamites assez connue dans nos cartes, laquelle est aussi large mais bien moins profonde que le Saguené. Depuis cet endroit jusqu'à LaBrador les habitans au fond montagnez s'appellent Papinachois, etc." Plus loin il nous donne à entendre que ce poste avait changé d'emplacement : " Anciennement ils avoient une jolie chapelle située avec leur village dans une grande baye à 4 lieues du nouvel établissement des Ilets. Elle s'appelle encore aujourd'huy la baye des Papinacheois."
" J'hyvernai encore à la mer, à Notre-Dame de Bon- Désir (J ournal ).
Il s'agit sans doute de l'hiver de 1724-25.
Le premier baptême porté au registre cette année, 1724, est du 24 mars, et a été fait aux Papinacheois. L'entrée suit immédiatement celle du baptême de Marguérite Rasset de l'année dernière. Le
second est du G mai et a été fait "in sacello Xostrse Dominée Boni Desiderii." Au 31 mai le Père est à Chicoutimi. Le 27 août il baptise une fille de Ls Chatelleraux et de Marie-Anne Gagnon "in Tadoussaco Sti Ignatii sacello." En septembre il est à Chicoutimi, en novembre " apud Papinacheos." L'hiver de 1724-25 se passa donc à Bon-Désir.
" Ma maison de Chek8timi qui n'avait jusqu'alors ■été couverte que oVécorces sur de méchantes planches, fut rétablie et couverte en bardeau par le Sr Montendre, Joseph Amelin et Louis Fortin, pour lors engagés à ChekStimi. La même année, le 2 4 de Septembre, j'allai sur le coteau du portage avec le Sr Montendre, commis au dit ChekStimi et entrepreneur, Jean Balére (garçon) maître charpente zr, Jean Pilote, les deux Dorvales et Jean-Baptiste Amelin; où je donnai le premier coup de hache pour la nouvelle église, qui se trouva livrée à la. fonte des neige* et achevée (Invita Minerv a) le 28 de septembre 1726."
" Le beau tabernacle et les deux ornements vert et violet, blanc et rouge, ont été apportés à Chek8timi le 4 juillet 1726."
" Après avoir peint le retable, la voûte, foi célébré la première messe dans la nouvelle chapelle le jour de V Assomption de 1726. Le bonhomme Pelletier s'y est confessé le 1er et J. B. Amelin y a communié le 1er (Journal).
Que le Père ait hiverné (1724-25) à Bon-Désir, c'est confirmé par le fait qu'il y a des entrées au Registre faites à Bon-Désir dans le mois de janvier 1725. En
mars il est au Port- Saumon. L'analyse nous apprend que les actes faits pendant cet hiver sont en forme de journal et ne sont qu'au nombre de cinq. De là M. Boucher conclut qu'il y avait probablement d'autres registres. Il ajoute qu'en juillet le Père était à Chicoutimi. S'il ne se trompe pas en ce détail, ça du être aux premiers jours du mois, car le 26 juillet 1725 il était rendu à Québec.
Ce fut là en effet la date de sa profession solennelle des quatre vœux. Il la fit publiquement selon les formes accoutumées, dans l'Église du Collège de Québec, entre les mains du R P. Pierre de La Chasse, recteur et supérieur général de la Mission du Canada. Les témoins officiels furent les Pères Jacques- François Le Sueur et Michel Guignas.
" Le Père Laure, dit M. Boucher, hiverna en 1725 et 1726 à Chicoutimi, comme il le marque à la marge des actes en ces mots : In sacello ChekStimeeo . . ubi hoc anno hyemavi."
" La croix du clocher nouveau a été saluée de 88 martres par tous les so,uvages charmés du coq. Bondésir abandonné, fhyvernai à ChehStimi " (Journal ).
Dans le corps de la Relation inédite, le P. Laure explique assez au long les causes qui ont déterminé l'abandon de la mission de Notre-Dame-de-Bon-Désir. Je me contenterai d'une courte citation. Après s'être étendu sur la prospérité de cette petite chrétienté il poursuit : " Mais gens jaloux et ennuyez du mission-
nuire, dont ils se croyaient éclairez de trop près, et duquel ils auroient moins redouté la présence s'ils n'avaient eu rien à se reprocher, abusants de la crédulité de leurs maîtres, ont renversé cet édifice, qui, promettant une abondante moisson, portoit ombrage à l'ennemi du salut des nations, et qui n'avoit pas laissé que de coûter bien des peines. Le prétexte d'éloigner le missionnaire fut que la dernière année on y lit peu d'huile, et l'on allégua très faussement qu'on ne les occupoit jour et nuit que de la prière sans leur donner le tems de chasser ; mais Dieu qui ne laisse rien d'impuni tôt ou tard a fait voir que la calomnie retomboit sur ses autheurs, etc."'
Comme nous l'avons vu par le texte du journal, sous le titre 1725, la nouvelle église de Chicoutimi fut livrée à la fonte des neiges 1725. Ce ne fut donc qu'après cette date que le Père descendit à Tadoussac où nous le retrouvons, oraces aux registres, au mois de juillet. Le 25 du même mois il était de retour. Et le 15 août la première messe fut dite dans le nouvel éditîce. L'entrée suivante du 26 décembre 1726 corrobore le journal sur son hivernement de 1726-27: " Très puellas sacro fonte ablui in novo Sti Xaverii sacello," et M. Boucher, l'analyste, ajoute : " On voit . . . qu'on y avait bâti la chapelle, à moins que ce fut un autre poste, ce qui n'est guère probable." Il n'avait pas connaissance évidemment du journal qui lui aurait rendu la chose claire.
" Les pièces de ma nouvelle maison de ChekStimi furent commencées le 19 novembre 1727 par Etienne
DesRoches et Montauban, couvreur français en ardoise; c'est lui qui a couvert l'église et a entrepris la dite bâtisse" — ( J ournal ).
Dans l'analyse du Mlscellaneorum Liber, l'entrée qui suit celle du 26 décembre 1726, faite à Chicoutimi, est celle faite au même endroit le 20 janvier. Au mois d'avril, comme nous le verrons tout à l'heure, il était rendu aux Sept-Iles. Ce long voyage d'hiver a du se faire avec bien de la difficulté.
Le 27 juillet il confère le baptême à plusieurs adultes et enfants aux Ilets-de-Jérémie et ajoute : " Ibidem antea, festis paschalibus [Pâque tombait en 1727 le 13 avril] baptisavi sub conditione Vitalem, filium Joanni Rasset et Mari-Annae Caron natum."
Il hiverna, 1727-28, à Chicoutimi.
En effet deux actes qu'il y avait inscrits l'un du 20 décembre 1727 et le suivant le 8 février 1728 en font foi.
L'analyste du Mlscellaneorum Liber, nous cite un acte de sépulture sans indiquer l'endroit où il fut fait, mais ce fut vraisemblement à Chicoutimi : " 30 martii 1728, post longos et acerbissimos dolores, sacramentis munitus obiit Bertrandus Balaire, gallus."
Le Père paraît être resté à Chicoutimi jusqu'en juin. Voici ce qui se rapporte à cette année dans le journal :
' La charpente [de la nouvelle maison du missionnaire à Chicoutimi] a été levée le 20 avril 1728 par Pierre Montauban, excellent jeune homme rempli
d'énergie. Il d'est fait aider par La8chin8,Mavatack Pik8ar8ich, et nos autres Sauvages surtout Charles Peltier, et la livrée vers la fin d'octobre; j'ai fait presque tout l'intérieur de mes propres ma/i/ns, pour l'avantage de mes successeurs, leur demandant de prier pour moi, et leur souhaitant une vie plus trouquille. Amen" (Journal).
Au mois de juillet 1728 le Père Laure est aux Ilets-
de-Jérémie.
Je ne saurais dire si ce fut avant ou après son voyage aux Ilets que mourut Marie 8tchi8anich dont parle le Père tant dans sa relation que dans son journal, probablement avant. Ce fut bien dans le mois de juillet 1728 mais l'analyste n'indique pas le quantième : " Au mois de juillet 1728 fut enterrée Marie Sauvagesse dont il fait un éloge remarquable (v. p. 118)." Le lecteur trouvera dans la Relation ce qui se rapporte à elle, voici en attendant ce qu'en dit l'auteur, de la notice de la Mission de Tadoussac dans le Rapport déjà cité des Missions du Diocèse de Québec :
" Dans une note le Père Laure fait l'éloge de Marie 8tchi8anich, femme de Nicolas Peltier qui mourut, comme elle avait vécu, en odeur de sainteté, après une maladie d'un an, munie de tous les sacrements. Elle a été regrettée de tous, dit le Père, et elle le sera toujours de moi en particulier qui ai appris d'elle la langue montagnaise et la traduction des prières. Elle m'assista dans la rédaction d'une grammaire et d'un dictionnaire, et était digne d'une plus longue vie, s'il eût plu au Seigneur. Elle n'avait pas encore 50 ans, je
crois, et en avait passé 17 chez M. Sauvage de Québec. Quand elle ressentit les premières atteintes de lamaladie, le Père Crépieul était mort [f 1702] et il n'y avait pas de missionnaire au poste ; dans son inquiétude et sa ferveur elle se rendait souvent à la chapelle pour y faire ses prières et répandre d'abondantes larmes, apprenant ainsi à sa tribu la véritable componction, et n'ayant qu'un regret celui de ne pouvoir plus assister dans ses travaux son Père spirituel. Puisse-t-elle l'assister de ses prières dans le ciel."
" J'inhumai ses restes précieux dans le cimetière de Chicoutimi avec tous les honneurs de l'Eglise."
D'après la première entrée au registre des Sépultures il parait que le Père passa encore l'hiver de 1728- 29 à Chicoutimi.
Le journal, tel que nous le connaissons par le Rapport des Missions du Diocèse de Québec, est muet sur les années subséquentes à 1728 et jusqu'à 1733.
L'année 1729 ouvre avec une entrée au registre des sépultures : "12 Fev. 1729 Nicolas Peltier, gallus natione, sylvestris moribus, prope centenarius, &c. (v. p. 118) " c'est sans doute le même Nicolas Peltier mentionné plus haut, mari de Marie la Sauvagesse. M. Boucher nous assure dans son analyse que le Père passa l'hiver de 1729-30 à Chicoutimi, mais il ne cite aucun autre acte. La relation nous apprend que dans l'automne il revint d'un voyage à Québec ; et par sa seule date elle rend certain son hivernement à Chicoutimi.
Cette date de la relation est de Chicontimi le 13 mars.
Dans le mois de juillet 1730 le Père fait la mission des Ilets-de-Jérémie, et au 29 du même mois se trouve dans un endroit qu'il nomme Epechipitch, vuLgo l'EskSmin, où il administre le baptême. Le dernier acte de cette année est du 14 août et le suivant est du 15 mai 1731, de sorte que par le registre il ne parait pas avoir hiverné en mission.
L'année del731commencedonc par un acte du 15 mai.
Ce fut évidemment cet été que le Père Laure acheva sa carte autographe de la région au nord du Saguenay, puisque l'épitre dédicatoire au Dauphin est datée de Chicoutimi le 23 août 1731.
Comme à l'ordinaire il est aux Ilets-de-Jérémie, le 22 juillet, et du fait qu'immédiatement après les baptêmes fait aux Ilets suit un autre acte du 6 mars 1732, M. Boucher conclut qu'il a hiverné en mission, 1731-32.
Le printemps et l'été se passaient comme précédemment à Chicoutimi et aux Ilets-de-Jérémie. Il est évident qu'il n'y passa point l'hiver de 1732-33 par la remarque que fait le Père, mais dont M. Boucher ne cite que ces mots : " 12 Nov. 1732, Quebeci, hac hyeme ubi, ob pravitatem, etc., etc.. Vide Fol. 30."
Le registre des sépultures porte cette entrée : " Hoc anno, id est, a festivitate omnium Sanctorum anni
prgeteriti acl Septembrem anni 1732, fato functi sunt ex morbo in sylvis prope lacum Echetagama." Suivent les noms de neuf sauvages.
Ad lacuni Sti. Joannis : 1 A suis sepulti Suivent les noms de onze f forte artim (?) sauvages à la droite des- indigne relicti.
quels il écrit :
" J'hivernai à Québec " (Journal).
Le Journal parle évidémment de l'hiver de 1732-33 •car d'après les registres le Père serait de retour à Tadoussac le 10 juin 1733 et à Chicoutimi le 17 du même mois. En juillet il est aux Ilets-de-Jérémie, au mois d'août à^Chicoutimi, où il hiverne (1733-34), car il y inscrit un acte de baptême le 27 décembre, 1733.
Il emploie l'été de 1734 à parcourir ses missions comme les années précédentes, et comme à la page 38 du registre perdu il entre un acte de baptême le 8 mars 1735 on conclut qu'il hiverna en mission (1734- 35).
Après l'entrée du 8 mars, tout se fait comme à l'ordinaire, c'est-à-dire, il passe le printemps et l'été à Tadoussac, Chicoutimi et aux Ilets. Les entrées dans le registre des mariages faits par le Père Laure s'étendant de 1720 jusqu'au 19 juillet de cette année 1735. Le premier mariage qui suit est fait par le P. Maurice
cinq ans plus tard, c'est-à dire, le 29 juillet 1740, ces actes se trouvaient à la page 79 du registre perdu. Cette année le P. Laure fit un voyage à Québec comme il constate par l'acte rapporté, comme de coutume d'une manière incomplète, par l'analyste : " Kalendas Septembres Quebecum navigans, etc., (vid. Fol. 32)".
Il y hiverna selon toute apparence, car après cette note il n'y a pas d'autre entrée jusqu'à l'année suivante.
Le premier baptême de cette année est du 3 juin. Il visita ses missions cet été comme à l'ordinaire. Rien, dit M. Boucher, n'indique qu'il hiverna, si ce n'est le seul acte fait dans le cours de l'hiver: "Die (ia martii 1737. Rite baptisatus est a Pâtre Laure in praedio, etc., (Vide page 32)".
L'Analyste ne dit pas si cette entrée est de la main du missionnaire.
Il n'y a absolument rien dans l'analyse qui ait trait à cette année à part l'entrée du 6 mars, la seule de l'hiver, et que je viens de citer. Elle nous donne a entendre qu'il hiverna en 1736-37 en mission.
Le Répertoire Général du Clergé, à la page 86, nous assure que le Père fut nommé en 1737 curé des Eboulements, et qu'il y mourut le 22 novembre de l'année suivante à l'âge sde 64 ans ; mais comme il est né en 1688, à l'époque de sa mort il n'avait que 50 ans.
C'est la dernière année7de notre missionnaire. Nous le trouvons au mois de juillet à Tadoussac ayant fait
très peu d'actes, qui, d'après M. Boucher, n'indiquent rien et dont on ne peut rien conclure, et ce sont ses derniers. Ceci expliquerait par le fait qu'il était devenu curé des Éboulements.
" Vient ensuite," dit M. Boucher, " le P. J ean St Pé* jésuite, qui commence ainsi son premier acte :
"Ego Joannes St Pé, Soc. Jesu, post obitum P. Pétri Laure, ejus missiones obiter lustrans, ex itinere sine cerimoniis baptisa vi 18 junii, in sacello Tad8ssacensi, etc., après quoi on voit à la marge eocl&m anno,. et d'une autre écriture que celle du P. St Pé : ah eodewn* Pâtre (le nom n'y est pas et une espace est laissé en blanc) gallice la Malbaye, rite baptisatus est, etc., 'Vid. 33,"
M. Boucher juge que cette entrée est de la main du P. Guignas, et plus bas il ajoute : " On voit que le Père St Pé ne visita ses missions que dans l'été de
1738, et qu'en 1739 ce fut le P. Guignas, qui après, avoir inscrit les baptêmes de J. B. des Groseliers [le commis] et les avoir réitérés, continue ainsi : " Rite? adhibitis caerimoniis baptisatus est a Reverendo Pâtre Guignas post obitum Rev. P. Laure, ejus mission-est obiter lustrante, Raphaël, etc., (Vid. Fol. 33)".
Il est à remarquer que le baptême fait par le P. de St Pé le 18 juin ne peut se rapporter qu'à l'année-
1739, car il dit : "post obitum P. Pétri Laure " ce. dernier était mort le 22 novembre 1738. Il est par conséquent difficile d'admettre l'apropos de la remarque de M. Boucher par rapport aux PP. de St Pé et Guignas. Je croirais plutôt que le premier serait venu, au printemps de 1739 et qu'il y fut suivi en juillet par
9e P. Guignas. Le premier acte, comme recteur du Collège et Supérieur de la mission fait à Québec par 5e P. de St Pé, fut (autant que j'ai pu le constater) la réception des premiers vœux du frère coadjuteur Georges Denet, le 21 septembre; 1739. Etant aux missions du Saguenay le 18 juin, il a du aborder les premiers vaisseaux venant de France et qui portaient probablement sa nomination comme supérieur en place du Père Pierre de Lauzon. Ceci expliquerait son retour à Québec et la venue du P. Guignas pour le remplacer.
Quant à la mort du P. Laure, le Répertoire, comme nous l'avons vu, l'a donnée comme ayant eu lieu le 22 novembre 1738, et le P. Félix Martin a également adopté cette date. L'exactitude de l'année est confirmée par le P. Maurice au commencement de son journal: ' Je suis parti de Québec le 14 juin 1740 pour venir prendre la place du Rev. Père Laure, mort deux années auparavant aux Eboulements.
Je trouve parmi les papiers du feu P. Félix Martin la note suivante à propos des écrits du P. Laure :
" Apparatus français et montagnais, 1726, 805 pages.
<; Il existe au dépôt de la Marine à Paris une carte autographe du P. Laure pour les contrées au nord du Saguenay. Elle est dédiée à M. le Dauphin et porte une épitre dédicatoire datée de Chicoutimi le 23 août 1731. Cette carte entre dans les plus petits détails, et renferme beaucoup de renseignements. Il existe encore dans ce dépôt deux autres copies de cette carte. 4'une" de 1732, et l'autre de 1733 avec quelques additions. La dernière a été travaillée et enluminée avec
un très grand soin. Ces cartes jouissent encore am*jourd'hui d'une très grande réputation pour leur exactitude."
Quant à la carte du P. Laure plusieurs copies en ont été tirées ces dernières années, mais je ne saurais dire où se conserve aujourd'hui son Apparatus français et montagnais.
LISTE DE FRANÇAIS NOMMÉS DANS LES ACTES DU P. LAURE COMME PERES ET MÈRES, PARRAINS ET MARRAINES DES ENFANTS, ETC.
Ignace Du Souchet.
F.-X. de la Chevrotière.
Frs. Etienne Cugnet.
Jean F. Montendre Lorauger.
Bn. Fleury de la Gorgentière.
Vital Caron.
Barthelemi Hervieux.
J.-B. Dorval.
Th. Leroy.
Anne Corbin.
Jean Gagnon.
Jean Pilot, à Chicoutimi, et
M. Catherine Brassart sa femme.
Jh. Pilote.
Romain Basset.
Dorothée Gagnon.
Marie Pelletier.