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I , 58. — Pnom-Penh. Entrée du palais gardée par <Ies soldats français pendant les troubles.
MM. PAVIE, LAUNEY ET COMBALUZIER 25 juillet an 31 décembre 1884
Apres la conclusion du traité du 17 juin 1884, entre le gouverneur de la Cochinchine et le roi du Cambodge, et qui avait pour effet de placer l'administration du pays sous la direction de notre protectorat, des fonctionnaires français furent installés dans les principaux centres. Je fus chargé de l'étude et de la construction d'un réseau télégraphique, continuation de celui de la Cochinchine, destiné à relier entre eux les chefs-lieux de l'organisation nouvelle.
Je nie mis en roule le 25 juillet avec deux <lc mes collègues, MM. Launey et Combaluzier, attachés à ma mission sur ma demande.
En dehors de l;i construction de plusieurs petites lignes, en terrain connu, j'avais à unir la ligne de Cochinchine aboutissanl à Tayninh, au
MISSION l'.WIF.
Mékhong, le long duquel je la prolongerais ensuite jusqu'aux limites du Laos, et, à joindre cette nouvelle ligne à celle de Pnom-Penh à Bangkok. à travers la région entre le Fleuve et le Grand-Lac.
Pour la formation de l'équipe des ouvriers, je fis connaître dans Pnom- Penh, que j'avais besoin de cambodgiens pour un travail qui durerait six mois. Le lendemain, parmi ceux qui s'offrirent, je choisis soixante hommes
que je fis se grouper par dix se connaissant. Les six escouades présentèrent six chefs que Biot, qui cette fois ne devait pas marcher avec moi, prépara pendant trois jouis à leur nouveau métier. Aucune difficulté ne survint ensuite dans cette petite troupe : le travail exécuté dans la saison des pluies et de l'inondation, fut terminé en moins de cinq mois, le 3 1 décembre.
L'établissement de supports en fer, pour les fils aériens destinés à remplacer les câbles, jusqu'alors immergés dans le Mékhong et le fleuve du Lac, montés sur les plans et sous la direction de M. Lourmc, chef du service télégraphique de Cochinchinc. compléta l'installation du réseau.
Les reconnaissances géographiques avaient eu un développement de 1,-200 kilomètres. La construction télégraphique porta sur 500 kilomètres.
Support en fer de "il! mètres.
Je fus particulièrement bien servi par les chefs indigènes des régions
Fig. Tu. — Construction d'un support en fer pour la traversée ilu lleuve du Lac par le fil télégraphique.
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MISSION l'WlE
où j'installai le télégraphe, au cours de cette mission, effectuée pendant la période qui précéda les troubles. Ceux d'entre eux, qui entrèrent ensuite dans la' révolte, conservèrent le souvenir des relations amicales nées dans ce travail. Ils préservèrent aussi longtemps qu'ils le purent les lignes qu'ils avaient contribué à élever, et firent constamment rendre la liberté aux agents indigènes capturés en allant les réparer quand elles furent coupées par d'autres chefs. Plus tard lorsque à Bangkok je me préparais à mon premier voyage vers le Laos, je fus prié par M. Picquet, alors résident général au Cambodge, d'écrire à quelques-uns dont il n'avait pu obtenir la soumission, et de leur donner ma parole, qu'ils devaient croire à leur pardon, et que leur situation leur serait conservée. Je fus assez heureux ensuite pour apprendre de lui, qu'ils avaient tenu compte absolu de mes lettres.
Mes collaborateurs Launey et Combaluzier furent remarquables d'entraînement dans cette période : c'étaient des hommes intelligents, actifs et résolus, ayant un avenir certain dans l'administration. Nous nous aimions avant d'être réunis, et ils me savaient un gré extrême de les avoir mis en mesure de montrer leurs aptitudes. C'était un bonheur pour moi, de penser que je contribuais à former deux agents qui rendraient d'utiles services ensuite en exécutant les travaux semblables, nombreux en perspective dans l'Indo-Chine. Mon espoir ne
put se réaliser. Ils épuisèrent leurs forces dans cette première campagne. Combaluzier y contracta une dysenterie qui l'emporta quelques
semaines après le travail achevé.
Je ressens encore le poids des sanglots de sa mère quand, en France,
M. Launey.
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quelques mois plus tard, j'allai lui parler de sou enfant perdu! Il me semblait qu'ils devaient contenir
des reproches et me frappaient lourdement le cœur. Cependant elle les retenait autant qu'elle le pouvait lorsqu'elle m'embrassa. C'était une Française forte et courageuse ; elle avait été heureuse de voir son fils partir avec moi, il lui avait dit notre amitié dans des lettres enthousiastes où il me présentait sous un jour dont j'étais touché et confus. Elle sentait combien j'étais affecté moimêmede sa mort, et me considérant comme le maître qui a perdu son ami et 1 élève sur qui il fondait son espoir, elle comparait ma peine amère à sa douleur immense. Que mon souvenir à celui qu'elle pleure lui parvienne avec mon hommage respectueux et mon admiration pour son caractère!
Laune\ continua son service au Cambodge pendant la longue durée des troubles, puis sa santé étant gravement atteinte, il rentra en France. Revenu en Cochinchine, il y succomba, quelques années après, au mal qu'il avait contracté, le climat n'ayant pas permis le retour de ses fonts.
Celle dure et pénible conséquence de ma marche, je ne l'avais pas emisagée, elle devait, hélas, se renouveler plus tard ; elle aurait contribué à amollir ma résolution, si cela avait été possible, bien plus que les obslacles ('levés sur ma roule.
M. CombaluziiT.