‹ Mission scientifique du Cap Horn, 18821883Chapitre 112 sur 161 · I.uo · texte numérisé non relu

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Il suffira «le jeter un coup «l'œil sur ce document pour constater les différences considérables (|tii existent entre les mots recueillis par Fitz-Roy, en iS.'io-iH'ÎT, et les mêmes mots tels que nous les avons entendus cinquante ans plus lard, dans la peuplade tekénika observée par Fitz-Rov.

Comme nous l'avons indiqué au commencement de cet article, sur u<n> mots dont se compose le vocabulaire de l'illustre navigateur. 120 sont entièrement faux, même pour des termes banalement employés, comme froid, effrayer, tuer, regarder, nuit, douleur, etc.

Dans ce ebiffre de 120 mots, (i ne pouvaient exister : ce sont les termes qui désigneraient les nomlires de \ à 9, la langue tékénika ou vabgan ne possédant de noms de nombre que pour compter jusqu'à \; au contrai ri', Fizt-Roy omet de mentionner ces mots pour le dialecte alikoillip, dans lequel ils existent peut-être.

Dans son vocabulaire. Fit /.-Roy indi«|iie le sens des mots anglais dans les deux langues tekénika et alikoulip: mais il y a <juel«|iies mots dont il ne donne la traduction que dans une seule «le ces deux langues. Ainsi, pour l'idiome lékéuika, il y a i«) omissions sur les 120 mots que nous avons considérés comme erronés, et ces omissions s'appliquent souvi nt à des termes très usuels, comme noir, nuage, pierre à l'eu. etc.

Est-ce à dire que la langue tekénika ou vabgan se soit modifiée profondément depuis cinquante ans, par la formation de mois nouveaux et la disparition de termes anciens? Nous ne saurions admettre le inoins du

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monde cette interprétation. Il nous parait tris simple «l'expliquer autrement les erreurs de Filz-Roy. Il faut d'à bord tenir un grand compte de la difficulté que l'on rencontre chez ces Fuégiens pour avoir l'indication d'un mot quelconque de leur langue, soit qu'ils ne comprennent pas la question (pi on leur pose, soit qu'ils prennent plaisir à tromper leur interlocuteur.

D'autres causes d'erreurs apparaissent nettement quand on lit avec attention la relation du voyage de Fitz-Roy. Il n'explique pas comment il a composé son vocabulaire; à propos du langage des Fuégiens du Sud, il dit seulement ( t. ll.Cliap. IX ) : « Nous n'avons pu recueillir que les mots désignant les choses que nous leur montrions ou qu'ils ont dans leur pays. » Mais tout porte à croire que les quatre Fuégiens qu'il avait emmenés à Londres en iH io, puis ramenés un an après à la Terre de Feu, lui ont surtout fourni ses renseignements. Or, trois de ces Fuégiens étaient de la peuplade Alikoulip (ils avaient été pris sur les cotes des iles dilbert). A la grande surprise de Fitz-Hoy, ils ne comprenaient pas un seul mot de la langue parlée par le quatrième Fuégien, que Fitz-Hoy acheta peu de temps après pour un bouton ( d'où le nom de James Button lui resta), dans les environs de la baie Orange, et qui appartenait à un groupe nombreux tékénika ou yahgan, dont le commandant du liea«le lit, à tort, une sous-tribu de Tékénika, avec l'appellation de Vapou ( Yapoo). Ce James Hutlon avait alors i4ans; ses trois compagnons alikoulip étaient York Minster, âgé de 2('>ans. Hoat Memory, un ans, et Fuégia Basket. <) ans. Il est évident que le jeune indigène tékénika dut adopter le langage de ses compagnons pour se faire comprendre d'eux, et cela ressort de ce fait qu'après son retour dans sou pays, deux ans plus tard, il était incapable de répondre à ses parents dans leur langue, qu'il comprenait encore mais ne pouvait plus parler. Dès lors, s'expliquent facilement la plupart des erreurs ou des confusions de mots commises par Fitz-Hoy.

James Button dut réapprendre aisément sa langue natale, en restant parmi les siens. Cependant, il ne put se débarrasser rapidement du souvenir de l'idiome alikoulip; car nous voyons qu'en i<S58, interrogé par des missionnaires anglais, sur les 3', mots usuels qu'il leur four-

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■lit. en lékénika, î ne sont pas exacts, et il indique les noms de nombre de .\ à 7. qui n'existent pas dans cette langue (').

Kn résumé, de l'élude des documents que nous possédons sur le langage fuégien de l'archipel du cap Horn, il ne nous parait nullement résulter celte conclusion que la langue s'est modifiée depuis Weddel. en 1 82 t. jusqu'à nos jours. .M. T. Bridges, que nous avons interrogé à ce sujet à Oucliouaya. ne croit pas non plus que cette langue ail sul>i des changements depuis qu'elle est un peu connue. Il admet seulement qu'un très petit nombre de mots sont tombés en désuétude à une époque très éloignée de nous : parmi ces vieux termes fuégiens serait le mol Entsis ou Indjis, qui termine tous les noms propres masculins, et qui pourrait avoir eu autrefois le sens du mol homme, comme Kipa.qui signifie femme, termine actuellement tousles noms féminins.

Pour la langue des Alakalouf, nous allons présenter, dans le même ordre que pour le yahgan, la comparaison du vocabulaire de Filz-Rov avec les mots que nous avons entendu prononcer par une femmealakalouf. vivant à la baie Orange. Nous l'avons soignée là pendant longtemps pour une arthrite du coude. Klle affirmait qu'elle se rappelait bien la langue de son pays natal, et les Fuégiens de la baie Orange paraissaient en être persuadés.

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