‹ Mission scientifique du Cap Horn, 18821883Chapitre 82 sur 161 · Blanc gris Vamina*. Paouayako'. Kalayako vamina · texte numérisé non relu

Blanc gris Vamina*. Paouayako'. Kalayako vamina

Il n'y a pas eu de différences notables, pour les deux sexes, clans 1rs noms appliqués à nos échantillons de laines colorées.

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C'est seulement pour la désignation du rouge i\uv. nous avons obtenu, de tous les sujets examinés, le même nom.

On ne peut admettre cependant que les Fuégiens ne connaissent pas nettement d'autres couleurs, et, s'ils ont autant varié dans les noms de nos laines, cela parait tenir à ce que les nuances que nous leur montrions ne répondaient pas exactement à celles qu'ils ont l'habitude de voir, ou encore à ce qu'ils voulaient désigner la contexture, l'apparence do la laine plutôt que sa couleur. Ils ne possèdent pas de mot pour indiquer la couleur en général, et cela rendait nos examens très difficiles.

En les interrogeant sur les couleurs des objets qui leur sont familiers, nous avons pu établir le vocabulaire suivant :

Mots fuégiens pour désigner les couleurs.

Blanc, yamina.

Houge, loucha; louch.

Rose, yamina loucha.

Jaune, ara loucha; aya loucha; tçélia loucha. [Tçélia ou Tsalia est le nom (uégien de l'épine-vinette à tlcurs jaunes ( Berberis ilicifolia).] Brun, kachli; kachtçi.

Marron, kachti loucha.

Noir, lampia; lambi .

Vert, ara lambi; aya lambi. (Les Fuégiens nomment la bile aya.)

Bleu, kourou lambi. (Kourou signifie aimer; ce mot doit avoir aussi un ancien sens inconnu.)

Tacheté (blanc et noir), va lampi ( par exemple, un chien noir tacheté de blanc); ya kachlçi ( par exemple, un visage d'Européen brun, barbu).

Blanchâtre, yahgo.

Les noms des couleurs en fuégien ne pouvaient nous permettre des conclusions précises sur la manière dont ces sauvages voient les couleurs; nous avons voulu compléter nos expériences en faisant choisir entre nos écheveaux de laine les couleurs ressemblant à celle de l'échantillon que nous tenions à la main.

Sur 10 hommes que nous avons examinés de cette manière, i sépa-

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rail bien toutes les couleurs; j les différenciaient assez bien : j confondaient le vert et le bleu; tous distinguaient bien le rouge.

Sur 10 femmes, i séparaient bien toutes les couleurs; <i les distinguaient assez bien; i confondait le rouge et le bleu; i. le rouge et le violet.

Sur une Fuégienne du groupe alakalouf exhibé à Paris en iS.Hi, M. Manouvrier a constaté « l'aptitude parfaite à distinguer les nuances les plus délicates » (Bulletins de laSoric'té d'Ant/irnpotogiede Paris, t. IX. iK,St'>. p. ;o(j). et il parait considérer celle aptitude comme la règle cbez tous les sauvages.

Nous admettons la réalité de ce fait pour les Fuégicns, mais à la condition qu'ils soient, par un exercice préalable, préparés au classement des couleurs et de leurs nuances; en dehors de cette étude préliminaire, la distinction exacte des couleurs n'existe ebez eux qu'à l'état d'exception. Ils semblent avoir une préférence pour le blanc el pour le rouge, sans en faire pourtant l'application particulière à leurs objets d'ornement.

2" Ouïe.

f.es Fuégiens ont le sens de l'ouïe développé, surtout par les conditions de leur vie sauvage. Cependant, par diverses expériences avec la montre, avec le diapason, etc., nous avons constaté que l'acuité el la portée de l'ouïe ne dépassaient pas cbez eux ce qu'on observe cbez les Kuropéens bien doués sous ce rapport. Nous avons noté aussi que les bruits qui nous sont habituellement désagréables (explosion de mine, sifflet de machine à vapeur, etc.) ne semblaient nullement impressionner leurs oreilles d'une manière pénible.

{" Odorat.

La sensibilité olfactive est assez émoussée chez les Fuégiens; ils ne paraissent pas faire de différences entre ce que nous appelons les honnes et les mauvaises odeurs. Cependant ils exercent leur odorat pour reconnaître les matières animales en décomposition, el ils savent très bien parce moyen rejeter de leur alimentation la chair des animaux

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qu'ils trouvent morts sur les plages, <|iiand celte chair a subi un commencement de putréfaction. Ils ne paraissent pas reconnaître à l'odeur la présence des Européens, ni diirérencier entre eux les sexes par l'odorat.

V Goût. Faim et soif.

Les Fuégiens ont une prédilection marquée pour les graisses et les huiles animales, en particulier pour l'huile de phoque, dont ils gardent très souvent une petite provision avec eux dans une espèce de gourde formée par un jabot d'oie. Ils appréciaient beaucoup l'huile de foie de morue que nous leur avons fait goûter, mais ils se sont montrés particulièrement friands des saveurs douces et sucrées, qui pourtant n'existent pas dans leur pays et que nous leur présentions sous forme de sucre, de sirops, de lait concentré, de biscuits ou même de pain. Kn revanche, ils détestent les saveurs nmères ou salées et trouvent mauvaises les liqueurs alcooliques.

Les sensations de la faim et de la soif sont très souvent en éveil chez les Fuégiens; ils règlent d'après elles leurs repas et ne paraissent pas songer à prendre des aliments ou des boissons en dehors de ces sensations. Il leur arrive souvent de ne pouvoir les satisfaire dès qu'ils les ressentent: ils attendent alors assez patiemment, sans avoir de moyens particuliers pour tromper leur faim ou leur soif.

5" Tact.

La sensibilité tactile, explorée avec le compas de Weber, parait présenter quelques différences avec les résultats des observations chez les Européens. Voici les chiffres que nous avons constatés chez un Fuégieu et chez trois Kuégiennes pour les plus petites distances d'écartement des pointes du compas dans diverses régions :

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