I.R PÈRE ROOTHAAN A SA FAMILLE, A AMSTERDAM
Dunabourg, le 25 octobre 1806.
Mes vénérés Parejsts,
La fête de saint Louis de Gonzague (21 juin) a été l'heureux jour où j'ai pu m'attacher à Dieu par les liens sacrés des vœux. Dorénavant je ne m'appartiens plus, je ne suis plus libre, mais enchaîné, non pas par de lourdes chaînes de fer, mais par de magnifiques chaînes d'or qui me sont à la fois un ornement et le garant d'une plus glorieuse liberté, hnmédiatemment après que de cette façon je suis devenu Jésuite, je reçus l'ordre de remplir les fonctions de Magister in/îmœ, qui consistent à enseigner aux enfants les rudiments de la langue latine. Cette charge d'enseigner la jeunesse est particulièrement propre à notre Société, et elle s'en sert conmie d'un moyen exquis poiu* atteindre son but, qui est non-seulement notre salut et notre perfection personnels, mais aussi le salut et la perfection du prochain. C'est ce mois-ci que nos classes ont commencé : de sorte que maintenant toute ma vigilance et toute ma sollicitude ne tendent qu'à devenir enfant avec les enfants, à leur
Infiltrer doucement les éléments de la langue latine et siulout à les porter à la piété et à en faire de bons chrétiens. Fasse le ciel que je m'acquitte bien de mes obligations. Je me recommande à ce sujet à vos prières; demandez j)Ourmoi que je devienne un vrai Jésuite, c'est-à-dire un vrai compagnon de ce Jésus qui traitait les enfants avec une tendresse toute particulière et se plaisait à les faire venir auj^rès de lui. C-e qui nous console surtout dans notre état de vie, c'est, parmi plusieurs autres motifs, de savoir que le vicaire de Jésus-Christ, le chef de la sainte Église nous aime si tendrement. Sa Sainteté vient d'en donner une preuve toute récente dans une lettre du 2 novembre 1805, adressée à notre Très-Révérend Père Général, en réponse à la lettre qui lui avait annoncé son élection au généralat.
« Clelte information, dit le Très-Saint Père, a été « consolante pour Nous, non-seulement comme « étant une nouvelle preu^e de l'attachement de « cette Société au Saint-Siège : attachement qui ne « s'est jamais démenti, et j)ar lequel elle s'est « toujours distinguée, mais aussi parce que, par « les renseignements que nous avons reçus sur « vos mérites et sur vos vertus, nous reconnais- « sons la providence et la sagesse qui vous a im- <x posé cette charge. Voilà donc un motif pour T. 3
« Nous de nous laisser guider eonsUimmenl par
« cette sollicitude et cette tendre afiection que
« Nous éprouvons pour cette Société religieuse
(( dont l'Église de Dieu et la religion ont tiré de si
« grands avantages; c'est ce qui doit nécessairement
« donner à Notre cœur paternel l'espoir raison-
« nable et bien fondé, qu'à l'avenir elle conti-
« nuera de porter de pareils fi-uits. C'est pourquoi
« Nous ne laissons pas de recommander au Père
« des miséricordes cette Compagnie de Jésus , afin
« qu'il daigne la diriger poiu' l'accroissement de
« sa gloire , le bien de l'Église et l'avantage spiri-
« tuel des fidèles. Et comme gage de ces vœux,
(( Nous vous tlonnons à vous et à tous les mem-
« bres de ^otre Société en particulier, notre bé-
(( nédiction apostolique. »
Sif/né, manu propria , Plus Papa VU.
L'adresse de la lettre était : « Dilecto filio T/iaddœo Brzozoïcski , Prœposito gencrali Societatis Jrsu, Polociam.
yota . — Cette lettre de Sa Sainteté fut expédiée sous l'enveloppe d'une lettre de Son Éminence le cardinal Consalvi , secrétaire d'État, également adressée à notre Très-Révérend Père Général. Ce cardinal n'y donne pas de moindres marques d'af-
feclion pour notre Compagnie, et termine comme il suit : c( De sorte que Votre Révérence peut être « assurée que je ne cesserai jamais de lui donner « tout le secours qui dépend de moi. C'est pource (juoi, dans la sincérité de ces sentiments, il ne « me reste qu'à les confirmer par l'estime spéciale « avec laquelle je vous salue très-cordialement. »
Cette année ne nous a pas fourni beaucoup de candidats étrangers, mais beaucoup de Polonais. Vers la fin du mois d'août, il en est entré un, qui, par des voies admirables, a été conduit du calvinisme à l'Eglise romaine et ensuite à la Compagnie. Il a abjuré publiquement l'hérésie en Allemaj^ne. Il est d'une famille distinouée et savante. Le fameux Lavater est de ses proches parents. Il nous assure qu'il trouve parmi nous ce que depuis sa jeunesse il n'a cessé de rechercher en vain.
Votre serviteur et fils dévoué,
J. P. ROOTHAAN, S. J.
l.E l'KKK \.... A UN PERE DE LA COMPAGME DE JESUS. EN AMÉKIQUE.
Astrakhan, le 7 août 1807.
Mox\ RÉvÉREftD Père, (1)
Je suis encore au même endroit. Le P. Fournier est venu nous assister, quoique bien âgé. Le P. Snryn est venu prendre la place du P. Woyszwillo, lequel est allé à jMozdok avec le P. Gilles Henry et un Frère, Henry sçait déjà rarménienne. J'a])prends la langue tartare et la turque, qui ne tlillérent pas beaucoup. Plusieurs des Nôtres ne parlent point d'autres langues ; c'est la langue générale de toute l'Asie, car s'ils parlent d'autres langues, ils scavent toujours celle-ci aussi. Nous nous servons de beaucoup de leurs mots dans /'rt?-7«p>?/>;î;?^ d'Astrakhan.' Je sais déjà assez pour commencer à jargon ner.
(4) Nous avons laissé toutes les lettres de ce Document dans leur français natif, comme le demandait la fidélité historique; mais il est peut-être bon de le rappeler à l'occasion de celte lettre, où la correction du style et l'accord des mots laissent à désirer.
A la suite de celte lettre, nous donnons un fragment extrait de la corre.Npondance de M. Peemans de Louvain avec le I*. Nerinckx, missionnaire au Kentucky: fragment joint à la lettre précédente.
Dieu est grandement miséricordieux envers notre peuple, lequel commence à goûter la fréquentiition des Sacrements. Depuis sept à huit mois, une peste rôde continuellement dans notre ville et aux environs sans faire grand ravage , et, grâce au Seigneur , notre peuple n'a pas été atteint jusqu'à présent.
Je n'ai pu écrire plus tôt, car îious avoris tous dû prêter serment de îi'avoir aucune communication avec la France elles pays qui leur sont soumis j, etc.
Wouters et Beschter, qui sont arrivés à Baltimore, vous remettront les livres, ornements, etc.
Louvain, 15 janvier 1806.
Les missions de la Compagnie de Jésus fructifient beaucoup dans le Saratow. Le jeune P. Malevé, natif de Brabant et ci-devant vicaire à Jodoig ne, est à Astrakhan depuis le mois de février 1805. II parle tléjà, confesse et prêche en arménien à ravir. Il est là avec un ancien Jésuite son supérieur, et confesse aussi en polonais.