ORIGINES
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S. 1. L'origine des anciens peuples se perd dans la nuit des âges : elle est partout antérieure aux temps historiques. Celle des peuples américains est plus obscure encore, parcequ'ils n’ont eu que très tard des rapports avec les nations civilisées de l’ancien continent, et parcequ'’ils n’ont pas de monuments précis de leur propre histoire.
Les prétendus philosophes du siècle dernier et quelques naturalistes impies, cherchant avec avidité tout ce qui pouvait affaiblir les croyances religieuses et saper les fondements de la révélation divine, ont voulu établir par des faits, que les différentes races du genre humain constituaient autant d'espèces distinctes et de souches primitives. De là il résulterait que les peuples du nouveau continent, formant une race à part, dite americaine, ont une origine toute différente de celle des peuples de l’ancien continent.
Les principaux faits sur lesquels ces philosophes ont bâti leurs systèmes de la différence originelle des peuples, sont les diversités de couleur, d'organisation et de langage, qui se rencontrent chez les différentes
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races de l'espèce humaine. Mais tous les savants physiologistes et les naturalistes s'accordent aujourd’hui à dire que l'on ne peut tirer de ces caractères aucun argument, en faveur de Ia diversité d’origine des peuples. ( Voy. Cuvier, Règne animal ; D' Wiseman, Rapports entre la Science et la Religion révelée. Disc. 3° et h°.)
L'objection que la multitude des langues des peuples américains et leur différence avec celles de l’ancien monde paraissaient fournir contre l'unité de l'espèce humaine, a non seulement perdu toute sa force, mais elle a donné occasion de démontrer, avec la plus grande évidence, la vérité qu’elle était destinée à combattre, à savoir l'unité primitive de toutes les nations dispersées dans les cinq parties du globe.
« Quelque isolés que certains langages puissent « d’abord paraître, dit le célèbre de Humboldt (Apend. « Asiæ polyglot., p. VI. }, tous ont une analogie entre « eux, et leurs nombreux rapports s’apercevront plus
« facilement à mesure que l’histoire philosophique des « nations et l'étude des langues approcheront de la « perfection. » « Si jamais une conception philosophi- « que, ajoute le comte Gouliano, directeur de l’Acadé- « mie de Saint-Pétersbourg ( Discours sur l'Etude fone dam. des Lang., v. 5.), venait multiplier encore les « berceaux du genre humain, l'identité des langues se- « rait toujours là pour détruire le prestige, et cette « autorité convaincrait, je pense, l'esprit le plus pré- « venu. »
L'étude plus approfondie des traditions des Amé-
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ricains, sur l’origine du genre humain, sur le déluge, sur la dispersion des peuples, celle des monuments qui représentent ces faits historiques, démontrent encore leur commune crigine avec les peuples de l'ancien continent.
Cette communauté d’origine étant établie, plusieurs auteurs ont fait de grandes recherches pour trouver de quelles nations de l’ancien continent , l'Amérique a recu ses habitants. L'ensemble de ses recherches démontre jusqu’à l'évidence, que c’est la Tartarie, la Mongolie et certaines autres contrées de l'Asie, qui ont peuplé successivement le continent Américain. Il parait encore certain, que des peuples plus éloignés que ceux de l’ancien continent y ont aussi établi différentes colonies. Les observations suivantes jetteront quelque lumière sur ce que nous venons de dire en général.
$. 2. Caractères physiologiques. — Les peuples indigènes de l'Amérique, si vous en exceptez ceux qui avoisinent le cercle Polaire, forment une seule race et se distinguent par une même conformation du crâne, par la couleur de la peau. par l'extrême rareté de la barbe et par des cheveux plats et lisses, {Observations de M. Humboldt. Monuments des peuples de l'Amérique. )
Les peuples Mongols, qui habitent le nord et l’est de l'Asie. la race des Malais et celle des nations les moins basanées de la Polynésie et des autres archipels de l'Océanie, ont des rapports sensibles avec la race américaine. Cependant ce rapprochement n'em-
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brasse pas toutes les parties essentielles, et ne s'étend qu'à la couleur ; ilne suflirait pas, par conséquent, pour faire considérer la race américaine comme une branche de la race mongole,
Toutefois ces observations, recueiilies sur les caractères physiques des Américains par MM, de Humboldt et Malte-Brun, peuvent déjà conduire à des conclusions favorables à l’unité des Américains avec les peuples de l’ancien continent. Mais il est d’autres observations qui sont d'un bien plus Srand poids. Un des rédacteurs de la Bibliothèque universelle, cité dans les Annales de Philosophie chrétienne (t 2, p. 348). rapporte les observations faites, dans ce sens, par le prince Maximilien de Neuwie, dans un voyage au Brésil. On trouve dans ce même recueil, (t. 2. p. 339 et suiv.) des observations faites par M. Mitchell, professeur d'histoire naturelle à New-York. Il remarque une grande ressemblance de traits et de physionomie entre les Américains et divers peuples de l'ancien continent. Il a examiné avec soin les momies trouvées, il v a quelques années, dans les états du Kentucky et de Tenessée, et ces momies lui présentent le même angle facial et la même forme de crâne que la race des Malais, et, d’après ces observations, il rejette la doctrine professée par plusieurs naturalistes d'Europe, que l'homme de l'Amérique occidentale diffère sur plusieurs points importants de l'homme de l'Asie orientale.
Le savant P. Santini, Italien et missionnaire dans la Tartarie chinoise et la Sibérie, dit : «Les Ton-
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« gouses sont en général d’une haute stature et ont « des formes athlétiques;s ils courent avec une telle « viiesse, que je les vis souvent rejoindre à la course « les animaux les plus agiles de la forêt. Corpulence « et difformité, dit-il, sont des défauts qu’on remarque « rarement parmi eux, puisque, depuisleur enfance, on « les habitue aux fatigues de la chasse et de la guerre.
« Les Coriaks, les Tongouses, les Kamschadales, «continue Santini, me paraissent être de la même «origine; car, quoique leurs langues ne soient pas «tout à fait les mêmes, cependant leur connexion «est si radicale qu’elles doivent être médiatement «ou immédiatement les filles de la même mère. La « ressemblance de personne et de figure est si frap- « pante que l'identité d’origine ne peut pas être dou- « teuse. Leurs visages sont ronds, leurs mâchoires « élevées, leurs lèvres grosses, leurs yeux petits et «noirs, leur front petit, leur oreilles larges, leurs « dents blanches, leurs cheveux noirs. »
« Les sauvages de l'Amérique du nord, continue le « même auteur, que j'ai vus à Québec en 1748, doi- « vent être de la même origine que les tribus asiati- « ques que j'ai décrites : ils ont le même teint, la « même figure ; et leurs coutumes, leur religion, leur « langage se ressemblent entièrement. »
S 3. Monuments. — Dans l’ancien état de Mexico ou Tenochtitlan, le voyageur rencontre encore aujourd’hui de nombreuses ruines de palais, de temples. de bains et d’hôtelleries publiques. Parmi ces monu-
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ments, dit Malte-Brun, les Téocalli des Mexicains rappellent seuls une origine asi: tique : ce S& t des pyramides, environnées de :yramides plus petites, comme le sont les temple: pyramidaux, appelés Cho- Madon et Cho-Dagon dans l'empire des Braghmans, et Skah-Ton dans le royaume de Siam. D’autres monuments ne nous parlent qu'une langue absolument inintelligible. Les camps ou forts carrés sur les bords de l'Ohio ne nous fournissent aucun indice.
S 4. Mœurs et usages. — M. Mitchell, constatant les coutumes semblables des peuples des deux continents, cite l’usage de se raser la chevelure sur le front et les tempes, de manière à ne laisser qu’une touffe ou toupet sur le sommet de la tête ; ainsi font les Osages, les Kants, les Ottas, les Aouas, les Renards, les Saucs, ete., qui habitent les bords du Missouri. Il nous apprend aussi que les Tartares d'Asie et tous les sauvages de l'Amérique du nord se distin guent également par la manière de diriger la fumée du calumet, dans des occasions solennelles, vers les quatre points cardinaux, vers le ciel et vers la terre.
La danse du calumet parmi les Indiens de l'Amérique du nord à lieu, pour conclure un traité de paix ou d'alliance contre un ennemi commun. Le potoosi ou calumet, parmi les Tongouses, les Coriaks, les Kamschadales, les Yakoustes etles Okotsis de l'Asie, est introduit dans leurs festins avant le départ pour la guerre, afin d'exciter les guerriers à la fidélité et à la bravoure, Le potoosi est considéré parmi toutesles tribus Tongou-
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siennes, comme un instrument sacré, que leurs pères ont recu du Grand-Esprit ou du dieu de la guerre, pour lui offrir des vœux par la fumée du tabac. La contexture du drap ou de la pagne qui enveloppe les momies déterrées dans les états de l’ouest, est la même que celle des étoffes apportées de Wakash., des îles Sandwich et des îles Tidgi, par nos navigateurs. On remarque une ressemblance parfaite entre les manteaux de plume que lon tire maintenant de la mer du Sud, et les couvertures dont sont revêtues ces momies. Mackensie aflirme que les vêtements et les usages des Chippewayens sont semblables à ceux des habitants de la Haute Asie. Comme les Tongouses, les Américains mangent de la viande crue et seulement desséchée au soleil ou à la fumée ; ils mettent de la vanité à tracer sur les joues de leurs enfants de; lignes et des figures en bleu ou en noir. Les femmes Tongouses et Américaines s'accordent dans l’usage de coucher leurs enfants tout nus dans un tas de bois pourri et réduit en poudre. Les anciens Scythes, comme les Américains, scalpaient ou enlevaient à leurs ennemis la peau de la tête avec les cheveux. (Malte-Brun, t. 5, p. 219.)
Plusieurs autres coutumes des tribus de l'Amérique ressemblent beaucoup à celles de l'Asie, en particulier celles des Tongouses, des Coriaks, des Kamschadales, des Yakoulses et des Okotsi de la Sibérie. On trouve une grande ressemblance dans leurs religions. dans les pratiques de leurs jongleurs, dans leurs ha-
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bits et leurs orncments, dans leurs mariages, dans leurs guerres, dans leurs danses, leurs sacrifices, leurs funérailles, leurs fêtes données à la suite de rêves, dans certains jeux, dans les cérémonies qu'ils pratiquent, lorsqu'ils donnent des noms à leurs enfants; de part et d'autre ils ont leurs orateurs; les villages et les camps sont dirigés par les chefs, à peu près de ja même manière. Il est sans doute des mœurs et des usages qui dépendent des qualités générales de l’esprit humain et des circonstances communes à ’plusieurs peuples; mais il serait bien difficile d’expliquer, si l’on n’admet pas quelque communication, la similitude des usages que nous venons d'indiquer.
S 5. Traditions. — En comparant les traditions américaines aux traditions hébraïques et indiennes, censervées dans la Genèse et dans deux Pouranas sacrés, M. Alex. de Humboldt remarque, «qu’il est im- « possible de ne pas être frappé de l’analogie qui « existe entre les souvenirs antiques des peuples de « l'Asie et ceux du nouveau continent. » Ce savant voyageur a trouvé chez les Mexicains la tradition sur la mère des hommes, déchue de son premier état de bonheur et d’innocence ; le souvenir de la lutte de Caïn et d’Abel; l'idée d’une grande inondation, dans laquelle une seule famille s’est échappée sur un radeau; l’histoire d’un édifice pyramidal, élevé par l’orgueil des hommes, et détruit par la colère des dieux ; un témoignage de la longue vie des premiers hommes. (7. Annales de Philos. Chrét., t. h, page 19
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et suiv. — Voyez n° 25 de mes lettres sur la légende des Potowotomies. )
S 6. Systèmes religieux, politiques. — Dans plusieurs ritucls mexicains, dit M. de Humboldt, on trouve une figure représentant un animal inconnu, orné d’un collicr et d’une espèce de harnais, mais percé de dards. D'après les traditions qui se sont conservées jusqu’à nos jours, c’est un symbole de l’innocence souffrante. Sous ce rapport cette représentation allégorique rappelle l'agneau des Hébreux, ou l’idée mystique d’un sacrifice expiatoire, destiné à calmer la colère de la divinité. Les Pcruviens attendaient un fils du soleil qui devait leur apporter une nouvelle loi. (7, Annales de Phil. Chrét.,t. h, p. 19 et suiv.) Les quatregrandes fêtes des Péruviens coïncident avec celles des Chinois (Préc. de la Gcog. Univ., t. 5, p. 219.) M. de Paravey remarque diverses analogies entre les noms qui expriment les dignités civiles et sacrées chez les Japonais et les Muyscas ; on retrouve des deux côtés un pontife suprême et un chef militaire, comme aussi une division en quatre familles principales, et en familles nobles et familles du peuple. (Ann. de Phil. Chrét.,t. 10, p. 98.) M. de Humboldt a encore remarqué en Amérique des cérémonies, et desablutions, pratiquées à la naissance des enfants; des idoles, faites avec fde la farine de maïs pétrie et distribuées en parcelles au peuple rassemblé dans l’enceinte des temples; des déclarations de péché faites par des pénitents; des associations religieuses ressemblant à
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Les Incas étaient révérés par leurs sujets, comme descendants du soleil, du dieu qu’adorait le Pérou. La même opinion existait chez une peuplade sauvage du Mississipi qui professait le même culte. Chez les Natchez, le roi et tous ses parents, sans distinction de sexe, portaient le titre de soleil. Il est curieux de retrouver quelque chose d’analogue à l'extrémité de l'Asie septentrionale : les Kamschadales donnèrent au souverain de la Russie le titre de Koatch-Aerem. littéralement, Soleil-Majesté. Les Incas, à l'instar des empereurs de la Chine, labouraient de leurs propres mains une certaine étendue de terrain. Tout le système politique des Incas Péruviens et des Zaques de Condinamarca était fondé sur la réunion du pouvoir civil et ecclésiastique dans la personne d’un Dieu incarné. (Geog. Univ. Malte-Brun, t. 5, p. 219.)
. 7. Systèmes astronomiques. —Dans le calendrier des Aztèques, comme dans celui des Kalmouks et des Tartares, les mois sont désignés sous des noms d’aninmaux, dit M. À. de Humboldt; et voici le tableau dressé par ce savant voyageur, pour montrer l’analogie qui existe entre ie zodiaque mexicain et celui ‘es peuples d’origine Tartare. (T. 2, p. 21.)