II
s'appelle Meskousing * ; elle est fort large, son fond est du sable, qui fait diverses battures, lesquelles rendent celte navigation très-difficile ; elle est pleine d'îles couvertes de vignes ; sur les bords paraissent de bonnes terres entremêlées de bois, de prairies et de coteaux ; on y voit des chênes, des noyers, des bois blancs, et une autre espèce d'arbres, dont les branches sont armées de longues épines. Nous n'avons vu ni gibier, ni poisson, mais bien des chevreuils et des vaches en assez grande quantité; notre route était au sud-ouest, et après avoir navigué environ 30 lieues, nous aperçûmes un endroit qui avait toutes les apparences d'une mine de fer, et de fait un de nous, qui en a vu autrefois, assure que celle que nous avons trouvée est fort bonne et très- abondante; elle est couverte de trois pieds de bonne terre, assez proche d'une chaîne de rochers, dont le bas est plein de fort beau bois. Après 40 lieues sur cette même route, nous arrivons à l'embouchure de notre rivière, et nous trouvant à 42 degrés et demi d'élévation, nous entrons heureusement dans Mississipi, le 17 juin, avec une joie que je ne peux pas expliquer.
1. Mescousi/ig ; d'autres oxcnijjlaircs mit Mesconsing, ce qui se rapproclie plus tlu vrai nom qui est Wisconsin. Cette rivière de VViscousin (loune son nom à im des états ou provin.es des États- Unis d'Améritiuc.
SECTION IV
De la grande rivière appelée Mississipi; ses plus notables particularilés; de divers animaux et parliculièrement des pisikious ou bœufs sauvages; leur figure et leur naturel; des premiers villages des Illinois où les Français arrivent.
Nous voilà donc sur cette rivière si renommée dont j'ai tâché de remarquer attentivement toutes les singularités. La rivière de Mississipi tire son origine de divers lacs, qui sont dans le pays des peuples du nord ; elle est étroite à la décharge de Miskous' ; son courant, qui porte du côté du sud, est lent et paisible; à la droite on voit une grande chaîne de montagnes fort hautes , et à la gauche de belles terres. Elle est coupée d'îles en divers endroits ; en sondant nous avons trouvé dix brasses d'eaux ; sa largeur est fort inégale , elle a quelquefois trois quarts de lieues , et quelquefois elle se rétrécit jusqu'à trois arpents. Nous suivons doucement son cours, qui va au sud et au sud-est jusqu'au 42* degré d'élévation. C'est ici que nous nous apercevons bien qu'elle a tout changé de face. Il n'y a presque plus de bois ni de montagnes ; les îles sont plus belles et couvertes de plus beaux arbres; nous ne voyons que des chevreuils et des vaches , des outardes et des cygnes sans ailes, parce qu'ils quittent leurs plumes en ce pays. Nous