Le manuscrit roinain porto pisikions
trois personnes avaient bien de la peine à le remuer. Ils ont la tête fort grosse , le front plat et large d'un pied et demi entre les cornes , qui sont entièrement semblables à celles de nos bœufs, mais elles sont noires et beaucoup plus grandes. Ils onl sous le col comme une grande falle ', qui pend en bas, et sur le dos une bosse assez élevée. Toute la tête, le col, el une partie des épaules sont couverts d'un grand crin comme celui- des chevaux. C'est une hure longue d'un pied, qui les rend hideux, et, leur tombant sur les yeux , les empêche de voir devant eux. Le reste du corps est revêtu d'un gros poil frisé, à peu près comme celui de nos moutons , mais bien plus fort et plus épais; il tombe en été, et la peau devient douce comme du velours. C'est pour lors que les Sauvages les emploient pour s'en faire de belles robes qu'ils peignent de diverses couleurs. La chair et la graisse des pisikious est excellente et fait le meilleur mets des festins. Au reste , ils sont très-méchants , et i! ne se passe point d'année qu'ils ne tuent quelque Sauvage. Quant on vient les attaquer, ils prennent, s'ils peuvent, un homme avec leurs cornes, l'enlèvent en l'air, puis ils le jettent contre terre , le foulent des pieds , et le tuent ; si on tire de loin sur eux ou de l'arc ou du fusil, il faut, sitôt après le coup, se jeter par terre et se cacher dans l'herbe ; car s'ils
\. Falle oa Fale, vieux mot, qui sïsmCie ju but (Dicf. de Trécoiu:). Falle est ici pour fanon, la peau qui pend au cou d'un taureau.
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aperçoivent celui qui a tiré , ils courent après et le vont attaquer. Comme ils ont les pieds gros et assez courts, ils ne vont pas bien vile pour l'ordinaire, si ce n'est lorsqu'ils sont irrités. Ils sont épars dans les prairies, comme des troupeaux; j'en ai vu une bande de quatre cents.
Nous avançons toujours ; mais comme nous ne savions pas où nous allions, ayant fait déjà'plus de cent lieues, sans avoir rien découvert que des bêtes et des oiseaux, nous nous tenons bien sur nos gardes; c'est pourquoi nous ne faisons qu'un petit feu à terre sur le soir, pour préparer nos repas, et après souper, nous nous en éloignons le plus que nous pouvons, et nous allons passer la nuit dans nos canots, que nous tenons à l'ancre sur la rivière, assez loin des bords; ce qui n'empêche pas que quelqu'un de nous ne soit toujours en sentinelle, de peur de surprise. Allant par le sud et le sud-sud-ouest, nous nous trouvons à la hauteur de 41 degrés, et jusqu'à 40 degrés, quelques minutes en partie par sud-est et en parlie par le sud-ouest, après avoir avancé plus de 60 lieues, depuis notre entrée dans la rivière, sans rien découvrir.
Enfin le 25 juin nous aperçûmes sur le bord de l'eau des pistes d'homme, et un petit sentier assez battu, qui entrait dans une belle prairie. Nous nous arrêtâmes pour l'examiner, et jugeant que c'était un chemin qui conduisait à quelque village de Sau-
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vages, nous prîmes résolution de l'aller reconnaître. Nous laissons donc nos deux canots sous la garde de nos gens, leur recommandant bien de ne se pas laisser surprendre, après quoi M. JoUiet et moi entreprîmes cette découverte assez hasardeuse pour deux hommes seuls, qui s'exposent à la discrétion d'un peuple barbare et inconnu. Nous suivons en silence ce petit sentier, et après avoir fait environ 2 lieues, nous découvrîmes un village sur le bord d'une rivière, et deux autres sur un coteau écarté du premier d'une demi-lieue. Ce fut pour lors que nous nous recommandâmes à Dieu de bon cœur, et ayant imploré son secours, nous passâmes outre sans être découverts, et nous vînmes si près que nous entendions même parler les Sauvages. Nous crûmes donc qu'il était temps de nous découvrir , ce que nous fîmes par un cri que nous poussâmes de toutes nos forces, en nous arrêtant sans plus avancer. A ce cri, les Sauvages sortent promptement de leurs cabanes, et nous ayant probablement reconnus pour Français , surtout voyant une Robe noire , ou du moins n'ayant aucun sujet de défiance , puisque nous n'étions que deux hommes, et que nous les avions avertis de notre arrivée, ils députèrent quatre vieillards, pour nous venir parler, dont deux portaient des pipes à prendre du tabac, bien ornées et empanachées de divers plumages. Ils marchaient à petit pas , et élevant leurs pipes vers le soleil , ils scm-
blaient lui présenter à fumer, sans néanmoins dire aucun mot. Ils furent assez longtemps à faire le peu de chemin depuis leur village jusqu'à nous. Enfin, nous ayant abordés, ils s'arrêtèrent pour nous considérer avec attention. Je me rassurai, voyant ces cérémonies qui ne se font parmi eux qu'entre amis, et bien plus quand je les vis couverts d'étoffe, jugeant par là qu'ils étaient de nos alliés. Je leur parlai donc le premier, et je leur demandai qui ils étaient; ils me répondirent qu'ils étaient Illinois, et pour marque de paix, ils nous présentèrent leur pipe pour pétu' ner. Ensuite ils nous invitèrent d'entrer dans leur village, où tout le peuple nous attendait avec impatience. Ces pipes à prendre du tabac s'appellent en ce pays des calumets ; ce mot s'y est mis tellement en usage que , pour être entendu , je serai obligé de m'en servir, ayant à en parler bien des fois.
SECTION V
Comment les Illinois reçurent le Père dans leur bourgade.
A la porte de la cabane oi^i nous devions être reçus était un vieillard qui nous attendait dans une posture assez surprenante , qui est la cérémonie qu'ils gardent quand ils reçoivent des étrangers. Cet homme était debout et tout nu, tenant ses mains
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étendues et levées vers le eoleil, coiiinie s'il eût voulu se défendre de ses rayons, lesquels néanmoins passaient sur son visage entre ses doigts. Ouand nous fûmes proche de lui, il nous lit ce compliment : « Que le soleil est beau , Français, quand tu nous viens visiter; tout notre bourg t'attend, et tu entreras en paix dans toutes nos cabanes. » Cela dit , il nous introduisit dans la sienne, où il y avait une foule de monde, qui nous dévorait des yeux, et qui cependant gardait un profond silence. On entendait néanmoins ces paroles qu'on nous adressait de temps en temps et d'une voix basse : « Que voilà qui est bien, mes frères, de ce que vous nous visitez. »
Après que nous eûmes pris place , on nous fit la civilité ordinaire du pays, qui est de nous présenter le calumet. Il ne faut pas le refuser, si on ne veut passer pour ennemi ou du moins pour incivil ; pourvu qu'on fasse semblant de fumer, c'est assez. Pendant que tous les anciens pétunaient après nous, pour nous honorer, on vient nous inviter de la part du grand capitaine de tous les Illinois, de nous transporter en sa bourgade, où il voulait tenir conseil avec nous. Nous y allâmes en bonne compagnie, car tous ces peuples, qui n'avaient jamais vu de Français chez eux , ne se lassaient point de nous regarder. Us se couchaient sur l'herbe le long des chemins, ils nous devançaient, puis ils retournaient sur leurs pas, pour nous venir voir encore ; tout
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cela se faisait sans bruit et avec les marques d'un grand respect qu'ils avaient pour nous.
Etant arrivés au bourg du grand capitaine, nous le vîmes à l'entrée de la cabane , au milieu de deux vieillards , tous trois debout et nus , tenant leur calumet tourné vers le soleil. Il nous harangua en peu de mots, nous félicitant de notre arrivée • il nous présenta ensuite son calumet et nous fit fumer, en même temps que nous entrions dans sa cabane, où nous reçûmes toutes leurs caresses ordinaires.
Voyant tout le monde assemblé et dans le silence, je leur parlai par quatre présents que je leur fis. Par le premier, je leur disais que nous marchions en paix pour visiter les nations qui étaient sur la rivière jusqu'à la mer. Par le second, je leur déclarai que Dieu qui les a créés avait pitié d'eux , puisqu'après tant de temps qu'ils l'ont ignoré, il voulait se faire connaître à tous ces peuples, que j'étais envoyé de sa part pour ce dessein, que c'était à eux à le reconnaître et à lui obéir. Par le troisième , que le grand capitaine des Français leur faisait savoir que c'était lui qui mettait la jtaix partout, et qui avait dompté riroquois. Enfin, par le quatrième, nous les priions de nous donner toutes les connaissances qu'ils avaient de la mer, et des nations par lesquelles nous devions passer pour y arriver.
Quand j'eus fini mon discours, le capitaine se leva, et tenant la main sur la lète d'un petit esclave
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qu'il nous voulait donner, il parla ainsi : « Je le remercie, Robe noire, et toi, Français, — s'adressant à M. JoUiet, — de ce que vous prenez tant de peine pour nous venir visiter; jamais la terre n'a été si belle ni le soleil si éclatant qu'aujourd'bui, jamais notre rivière n'a été si calme, ni si nette de rochers que vos canots ont enlevés en passant; jamais notre pétun n'a eu si bon goût, ni nos blés n'ont paru si beaux que nous les voyons maintenant. Voici, mon fils, ce que je te donne pour le faire connaître mon cœur, je te prie d'avoir pitié de moi et de toute ma nation. C'est loi qui connais le grand Génie qui nous a tous faits. C'est toi qui lui parle et qui écoute sa parole. Demande -lui qu'il me donne la vie et la santé , et viens demeurer avec nous pour nous le faire connaître. » Cela dit , il mit le petit esclave proche de nous , et nous fit un second présent, qui était un calumet tout mystérieux, dont ils font plus d'état que d'un esclave. Il nous témoignait par ce présent l'estime qu'il faisait de monsieur notre Gouverneur, sur le récit que nous lui en avions fait ; et par un troisième, il nous priait, delà part de toute sa nation, de ne pas passer outre, à cause des grands dangers où nous nous exposions.
Je répondis que je ne craignais point la mort, et que je n'estimais point de plus grand bonheur que de perdre la vie pour la gloire de Celui' qui a tout
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fait. C'est ce que ces pauvres peuples ne purent comprendre.
Le Conseil fut suivi d'un grand festin, qui consistait en quatre mets qu'il fallut prendre avec toutes leurs façons. Le premier service fut un grand plat de bois plein de sagamilé, c'est-à-dire de farine de blé d'Inde qu'on fait bouillir avec de Feau qu'on assaisonne de graisse. Le maître des cérémonies , avec une cuiller pleine de sagamité, me la présenta à la bouche par trois ou quatre fois , comme on ferait à un petit enfant; il fit de même à M. JoUiet. Pour second mets , il fit paraître un second plat, oii il y avait trois poissons; il en prit quelques morceaux pour en ôter les arêtes, et, ayant soufflé dessus pour les rafraîchir, il nous les mit à la bouche, comme l'on donnerait la becquée à un oiseau. On apporta pour troisième service un grand chien, qu'on venait de tuer; mais ayant appris que nous n'en mangions point, on le retira de devant nous. Enfin, le quatrième fut une pièce de bœuf sauvage, dont on nous mit à la bouche les morceaux les plus gras.
Après ce festin, il fallut aller visiter tout le village, qui est bien composé de trois cents cabanes. Pendant que nous marchions par les rues , un orateur haranguait continuellement pour obliger tout le monde à nous voir sans nous être importuns; on nous présentait partout des ceintures, des jarretières et autres ouvrages faits de poil d'ours et de bœuf, et
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teints en rouge, en jaune et en gris. Ce sont toutes les raretés qu'ils ont. Comme elles ne sont pas bien considérables , nous ne nous en chargeâmes point. Nous couchâmes dans la cabane du capitaine, et le lendemain nous prîmes congé de lui , promettant de repasser par son bourg dans quatre lunes. Il nous conduisit jusqu'à nos canots avec près de 600 personnes, qui nous virent embarquer, nous donnant toutes les marques qu'ils pouvaient de la joie que notre visite leur avait causée. Je m'engageai en mon particulier, en leur disant adieu, que je viendrais l'an prochain demeurer avec eux pour les instruire. Mais avant de quitter le pays des Illinois, il est bon que je rapporte ce que j'ai reconnu de leurs coutumes et façons de faire.
SECTION YI
Du naturel des Illinois; de leurs mœurs et de leurs coutumes; de l'estime qu'ils ont pour le calumet ou pipe à prendre du tabac, et de la danse qu'ils font en son honneur.
Qui dit Illinois, c'est comme qui dirait, en leur langue, les hommes, comme si les autres Sauvages, auprès d'eux, ne passaient que pour des hèles ; aussi faut-il avouer qu'ils ont un air d'humanité que nous n'avons pas remarqué dans les autres nations que nous avons vues sur notre route. Le peu de séjour
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que j'ai fait parmi eux ne m'a pas permis de prendre toutes les connaissances que j'aurais souhaitées , de toutes leurs façons de faire ; voici ce que j'en ai remarqué.
Ils sont divisés en plusieurs bourgades, dont quelques-unes sont assez éloignées de celle dont nous parlons, qui s'appelle Peoûarea. C'est ce qui met de la différence en leur langue , laquelle universellement tient de l'Algonquin, de sorte que nous nous entendions facilement les uns les autres. Leur naturel est doux et Iraitable, nous l'avons expérimenté dans la réception qu'ils nous ont faite. Ils ont plusieurs femmes dont ils sont extrêmement jaloux. Ils les veillent avec un grand soin, et ils leurs coupent le nez ou les oreilles quand elles ne sont pas sages. J'en ai vu plusieurs qui portaient les marques de leurs désordres. Ils ont le corps bien fait , ils sont lestes et fort adroits à tirer de l'arc et de la flèche, ils se servent aussi des fusils qu'ils achètent des Sauvages nos alliés , qui ont commerce avec nos Français. Ils en usent particulièrement pour donner l'épouvante par le bruit et par la fumée à leurs ennemis, qui n'en ont point l'usage, et n'en ont jamais vu, pour être trop éloignés vers le couchant. Ils sont belliqueux et se rendent redoutables aux peuples éloignés du sud et de l'ouest, où ils vont faire des esclaves , desquels ils se servent pour traGquer, les vendant chèrement à d'autres nations pour d'autres
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marchandises. Ces Sauvages si éloignés chez qui ils vont en guerre n'ont aucune connaissance d'Européens; ils ne savent ce que c'est ni de fer ni de cuivre, et n'ont que des couteaux de pierre. Quand les Illinois partent pour aller en guerre , il faut que tout le bourg en soit averti par le grand cri qu'ils font h. la porte de leurs cabanes, le soir et le matin, avant que de partir. Les capitaines se distinguent des soldais par des écharpes rouges qu'ils portent. Elles sont faites de crin d'ours , et du poil de bœufs sauvages, avec assez d'industrie ; ils se peignent le visage d'un rouge de sanguine, dont il y a grande quantité à quelques journées du bourg. Us vivent de chasse, qui est abondante en ce pays, et de blé d'Inde dont ils font toujours une bonne récolte ; aussi n'ont-ils jamais souffert de famine ; ils sèment aussi des fèves et des melons qui sont excellents, surtout ceux qui ont la graine rouge. Leurs citrouilles ne sont pas des meilleures; ils les font sécher au soleil pour les manger pendant l'hiver et le printemps ; leurs cabanes sont fort grandes ; elles sont couvertes et pavées de nattes faites de joncs ; ils trouvent toutes leurs vaisselles dans le bois, et leurs cuillers dans la tète des bœufs, dont ils savent si bien accommoder le crâne, qu'ils s'en servent pour manger aisément leur sagamité.
Ils sont libéraux dans leurs maladies, et croient que les médicaments qu'on leur donne opèrent à
proportion des présents qu'ils auront faits au médecin. Ils n'ont que des peaux pour habits; les femmes sont toujours vêtues fort modestement, et dans une grande bienséance, au lieu que les hommes ne se mettent pas en peine de se couvrir. Je ne sais par quelle superstition quelques Illinois, aussi bien que quelques Nadouessis, étant encore jeunes, prennent l'habit des femmes qu'ils gardent toute leur vie. Il y a du mystère; car ils ne se marient jamais, et font gloire de s'abaisser à faire tout ce que font les femmes. Us vont pourtant en guerre, mais ils ne peuvent se servir que de la massue, et non pas de l'arc ni de la flèche qui sont les armes propres des hommes. Us assistent à toutes les jongleries et aux danses solennelles qui se font à l'honneur du calumet. Ils y chantent, mais ils n'y peuvent pas danser. Ils sont appelés aux conseils, où l'on ne peut rien décider sans leurs avis. Enfin par la profession qu'ils font d'une vie extraordinaire, ils passent pour des manitous, c'est-à-dire pour des génies ou des personnes de conséquence.
Il ne reste plus qu'à parler du calumet; il n'est rien parmi eux ni de plus mystérieux ni de plus recommandable. On ne rend pas tant d'honneur aux couronnes et aux sceptres des rois qu'ils lui en rendent. Il semble être le dieu de la paix et de la guerre, l'arbitre de la vie et de la mort. C'est assez de le porter sur soi et de le faire voir pour marcher en assu-
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rance au milieu des ennemis, qui, dans le fort du combat, mettent bas les armes quand on le montre. C'est pour cela que les Illinois m'en donnèrent un pour me servir de sauvegarde parmi toutes les nations par lesquelles je devais passer dans mon voyage. 11 y a un calumet pour la paix et un pour la guerre, qui ne sont distingués que par la couleur des plumages dont ils sont ornés; le rouge est marque de guerre. Ils s'en servent encore pour terminer leur différends, pour affermir leurs alliances, et pour parler aux étrangers.
Il est composé d'une pierre rouge, polie comme du marbre, et percée d'une telle façon qu'un bout sert à recevoir le tabac et l'autre s'enclave dans le manche, qui est un bâton de deux pieds de long, gros comme une canne ordinaire, et percé par le milieu. Il est embelli de la tête et du cou de divers oiseaux, dont le plumage est très-beau ; ils y ajoutent aussi de grandes plumes rouges, vertes et d'autres couleurs, dont il est tout empanaché. Us en font état particulièrement, parce qu'ils le regardent comme le calumet du soleil ; et de fait, ils le lui présentent pour fumer quand ils veulent obtenir du calme, ou de la pluie, ou du beau temps. Ils font scrupule de se baigner au commencement de l'été, ou de manger des fruits nouveaux , qu'après l'avoir dansé. En voici la façon.
La danse du calumet, qui est fort célèbre parmi ces peuples, ne se fait que pour des sujets considé-
rables; quelquefois c'est pour affermir la paix, ou se réunir pour quelque grande guerre; c'est d'autres fois pour une réjouissance publique : tantôt on en fait honneur à une nation qu'on invite d'y assister, tantôt ils s'en servent à la réception de quelque personne considérable, comme s'ils voulaient lui donner le divertissement du bal ou de la comédie. L'hiver, la cérémonie se fait dans une cabane ; l'été, c'est en rase campagne. La place étant choisie, on l'environne tout à l'enlour d'arbres pour mettre tout lé monde à l'ombre de leurs feuillages, pour se défendre ' des chaleurs du soleil. On étend une grande natte de joncs, peinte de diverses couleurs, au milieu de la place; elle sert comme de tapis pour mettre dessus avec honneur le dieu de celui qui fait la danse; car chacun a le sien, qu'ils appellent leur manitou : c'est un serpent ou un oiseau, ou une pierre, ou chose semblable, qu'ils ont rêvé en dormant, et en qui ils mettent toute leur confiance pour le succès de leur guerre, de leur pêche et de leur chasse; près de ce manitou, et à sa droite, on met le calumet en l'honneur de qui se fait la fête, et tout à l'entour on fait comme un trophée, et on étend les armes dont se servent les guerriers de ces nations, savoir la massue, la hache d'armes, l'arc, le carquois et les flèches. Les choses étant ainsi disposées et l'heure de la