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dans l'épiscopat, ne leur témoigna pas moins dtstinie et de bienveillance.
Ce prélat, dans un ouvrage où il expose l'état de l'Église en la Nouvelle-France, s'exprime ainsi : « Le supérieur de la Mission est à présent le P. d'Ablon , homme de mérite et d'une expérience consommée : plus on le voit, plus on l'estime... » Et parlant ensuite des missionnaires : « 11 faut avouer, poursuil-il, que parmi ces Pères de la Nouvelle- France, il y a un certain air de sainteté si sensible et si éclatant que je ne sais s'il peut y avoir quelque chose de plus en aucun autre endroit du monde où la Compagnie de Jésus soit établie. J'ai parlé à ceux qui sont à Québec, et j'ai reçu des lettres de ceux qui sont en Mission : tous m'ont paru d'une vertu et d'une soumission dont je suis encore plus édifié que je ne suis satisfait de leurs talents, et je ne puis, sans injustice, supprimer le témoignage que je rends ici en leur faveur ^ »
La première supérieure des Ursulines de Québec, la Vénérable Mère Marie de llncarnalion, que Rossuet appelle la Thérèse du Canada, a laissé, dans ses lettres sirirituclles et historiques, de nombreux témoignages de la vénération qu'elle portait aux hommes apostoliques qui évangélis aient les Sauvages de la Nouvelle-France. « C'est une chose ravist^ante, écrivait-elle à la supérieure des Ursulines de Tours, de voir tous nos Révérends Pères prodiguer leur vie pour attirer tous ces peuples au troupeau de Jésus-Christ; c'est à qui ira aux lieux les plus éloignes et les plus dangereux , et où il n'y a aucun secours humain... Dieu ayant permis que leur maison et leur église de Québec aient été entièrement brûlées avec tous leurs meubles et ceux qui dévoient être envoyés dans les autres maisons, en sorte qu'il ne lem* est reste que ce qu'ils avaient sur eux, c'est-à-dii'e des habits d'été fort simples et usés. Ils regardaient ce désastre sans s'émouvoir, disant qu'ils en ressembloient mieux à Jésus- Christ d'êti'B ainsi dépourvus de tout. Ne sont-ce pas là en
1. Etat présent de l'Eglise de In Nouvel le- France, par M. l'évêquc de Québec, in-8°, Paris, 1088, pp. 16 et 17.
LES .MISSIO.NXAIRES AU l'OlM DE VLE RELKUELX. 337
eflct de vrais imitateurs de ce divin Maître. Je ne vous puis exprimer leur charité en notre endroit, tant au spirituel qu"au temporel, non plus qu'au regard de tout le Canada, où il n'y a personne qui ne se ressente de leurs bienfaits*. «
Dans une autre lettre, elle se plait à raconter ce qu'elle appelle, et à juste titre, les actions héroïques des missionnaires, ces adtnirables ouvriers de VÉramjile. « Je ne crois pas, dit-elle, que la terre porte des hommes plus dégagés de la créature que les Pères de cette Mission. On n'y remarque aucun sentiment de la nature ; ils ne cherchent qu'à souffrir pour Jésus-Christ et à lui gagner des âmes. » — Et après avoir raconté quelques traits de ce courage surhumain, elle conclut : « Nous voyons tous les jours de semblables actions de vertu, qui montrent combien ces hommes apostoliques sont ennemis d'eux-mêmes et de leur repos pour le service de leur Maître'*. « Enfin, dans une lettre adressée à son fils, religieux bénédictin, elle écrivait : « Le Père supérieur des Missions va passer en France C'est le père
des pauvres, tant Français que Sauvages ; c'est le zélateur de l'Église... Enfin, c'est le plus saint homme que j'aie connu depuis que je suis au monde. Et n'estimez pas que ce soit l'an'ection que j'ai pour ces RR. Pères qui me fasse vous en dire des louanges; non, je n'exagère rien; mais plutôt je vous assure que je ne dis encore rien qui approche de l'excellence de leurs vertus et de leurs mérites *. »
11 ne faut pas oublier que la Vénérable Marie de l'Incarnation n'était pas une femme ordinaire; que c'était une âme très-élevée, un esprit distingué et nourri dans la spiritualité la plus sûre comme la plus sublime. Elle était donc bien en état de discerner la vraie et solide sainteté. On remarquera, en outre, que les éloges dont elle comble les missionnaires autorisent en même temps qu'ils confirment le jugement favorable que le P. Dablon portait de ces mêmes Pères, qui travaillaient sous sa conduite au salut et à la conversion des Sauvages.