Archives de la marine, année
LES MlSSlO-X.XAlRErf AL" POINT DE VUE rOLlTIOlE. 3oo
la Cour ne prouvaient que le mauvais vouloir et l'impuissance des ennemis de ces pieux missionnaires.
Un homme dun grand mérite, et auquel le P. de Charlevoix s'est plu à rendre justice, M. de Frontenac s'imaginant, quoique à tort, que les Jésuites lui étaient contraires', essaya plus d'une fois de faire partager ses préventions aux ministres du roi; mais il nobtint en dernier résultat que des reproches sévères et des recommandations très-expresses d'accorder aux missionnaires toute la liberté que demandaient les fonctions de leur apostolat. Exposons quelques-unes des plaintes que le gouverneiu' du Canada fait des Jésuites auprès du ministre. D"abord il trouve mauvais que leurs missionnaires entreprennent des courses parmi les Sauvages sans prendre de passe-port. A ce sujet il se plaint du P. de Crépicul; « ayant fait connaître, dit-il, au supérieur que cela nétait pas dans l'ordre, il me renvoya aussitôt ce Père. Je crois que vous approuverez que j'en ai agi de la sorte et qu'il est bon d'empêcher qu'ils ne s'attribuent quelques privilèges particuliers*. » Quelle fut en cette occurrence la conduite des Jésuites? On exigeait d'eux ce qu'on n'avait jamais demandé, ils se soumettent sur-le-champ et sans mot dire. Le supérieur envoie aussitôt le P. de Crépieul; celui-ci prend un passe-port. Et comme pour témoigner qu'il n'en éprouvait aucune peine ni aucun ressentiment , le pieux missionnaire ayant usé du passe-port pour faire une course lointaine sur les terres du Mistassins et des Papinachois, ramenait l'année suivante une dépulation nombreuse de de ces peuples sauvages qui venaient de la part de leurs compatriotes rendre leurs hommages au gouverneur de la Nouvelle-France ^.
D'un autre côté quelle fut la réponse du ministre ou plutôt
1. Une autre raison du mauvais vouloir de M. Frontenac à l'égard des Jésuites était que ces religieux , à la suite de leur pieux évèque , ne toléraient pas la vente des boissons enivrantes. (Voir VAcant- Propos.)
2. Lettre de M. de Frontenac à M. Colbcit, novembre 1672 (,•!/■chives cIps Colonies).