Regislre des dépèches, année
LES MiSslU.N.NAIKES AU rOl.NT HE VLE rOLlTlQlE. 357
Sauvages, nous en avons l'expérience plus que tout autre... Nous avons eu des Huronnes, des Altonquines, des Iroquoses ; celles-ci sont les plus jolies et les plus dociles de toutes. Je ne sais si elles seront plus capables d'être civilisées que les autres; je n'attends pas cola d'elles, car elles sont Sauvages, et cela suffit pour ne pas l'espérer'. » Dans une autre lettre à son fils, du '26 octobre de la même année, elle lui mandait : « Monseigneur notre prélat entretient en sa maison un certain nombre de jeunes garçons Sauvages et autant de Français, afin qu'étant élevés et nourris ensemble, les premiers prennent les mœurs des autres et se francisent. Les Révérends Pères font de même; messieurs du séminaire de Montréal vont imiter. Et quant aux filles, nous en avons aussi de Sauvages avec nos pensionnaires françaises pour la même fin. Je ne sais à quoi tout cela se terminera, car, pour vous parler franchement, cela me paroit très-difficile. Depuis tant d'années que nous sommes établies en ce pays, nous n'en avons pu civiliser que sept ou huit qui aient été francisées; les autres, qui sont en grand noml)re, sont toutes retournées chez leurs parents, quoique très-bonnes chrétiennes. La vie sauvage leur est si charmante, à cause de sa liberté, que c'est un miracle de les pouvoir captiver aux façons d'agir des Français, qu'ils estiment indignes d'eux, qui font gloire de ne point travailler qu'à la chasse, ou à la navigation ou à la guerre... Tout autre ouvrage leur paroit bas et indigne d'eux. Les enfants apprennent tout cela quasi dès la naissance. Les femmes et les filles canotent comme les honnnes. Jugez de cela s'il est aisé de les changer, après des habitudes qu'ils contractent dès l'enfance et qui leur sont comme naturelles ^. »
Un autre empêchement à la civilisation des Sauvages, le plus grand et le pins insurmontable, se trou\ait précisément dans leur communication avec les Français. Au lieu d'apprendre à leur école à devenir des hommes, ils n'y apprenaient tout au contraire qu'à devenir des furieux ou des brutes.