MITHRIDATE, A R B A T E , GARDES
Miihridate.
Enfin » après un an , tu me revois , Arbate :
Non plus, comme autrefois, cet heureux Mithridate* Qui de Rome toujours balançant le destin ,
Tenoit entre elle et lui l’univers incertain.
Je suis vaincu. Pompée a saisi l'avantage D’une nuit qui laissoit peu de place au courage.
Mes soldats presque nuds, dans l’ombre intimidés ,
T.es rangs , de routes parts , mal pris et mal gardés.
Le désordre par-tout redoublant les alarmes , Nous-mëmes , contre nous, tournant nos propres armes» Les cris que les rochers renvoyoient plus affreux;
Enfin, toute l’horreur d’un combat ténébreux:
Que pouvoit la valeur dans ce trouble funeste 2 Les uns sont morts, la fuite a sauvé tout le reste;
Et je ne dois la vie, en ce commun effroi,
Qu’au bruit de mon trépas que je laisse après moi. Quelque tems inconnu, j’ai traversé le Phase;
Et, de là , pénétrant jusqu’aux pieds du Caucase, Bientôt dans des vaisseaux sur l’Euxin préparés.
J’ai rejoint de mon camp les restes séparés.
Voilà par quels malheurs poussé dans le Bosphore,
J’y trouve des malheurs qui m’attendoient encore.
Toujours
Toujours du même amour tu me vois enflammé.
Ce coeur, nourii de sang et de guerre, affamé ,
Malgré le faix de; ans et du sort qui m’opprime , Traîne par-tout l’amour qui l’attache à Monime,
Et n’a point d’ennemis qui lui soient odieux ,
Plus que deux fils ingrats que je trouve en ces lieux.
Deux fils. Seigneur?
Mit H RIDAT*.
Ecoute. A travers ma colcre Je veux bien distinguer Xipharès de son frere.
Je sais que, de tout tenu à mes ordres soumis.
Il hait autant que moi nos communs ennemis;
Et j’ai vu sa valeur , à me p;airc attachée ,
Justifier pour lui ma tendresse cachée Je sais même, je sais avec quel désespoir,
A tout autre interet préférant son devoir,
Il courut démentir une mere infidclle ,
Er tira de son crime une gloire nouvelle;
Et je ne puis encor, ni n’osctois penser Q uc ce fils si fidcle ait voulu m'offenser.
Mais tous deux en ces lieux que pouvoient-ils attendre? L’un et l’autre à la Beinc ont-ils osé prétendre?
Avec qui semble- t-elle en secret s'accorder?
Moi-même , de quel cril dois- je ici l’aborder?
Parie Quelque désir qui m’entraîne auprès d’elle,
Il me faut de leurs cœurs rendre un compte fidcle. Qu’cst-ce qui s’est passé i qu’as-tu vu ? que sais-tu ? Depuis quel tejus , pourquoi, comment t’es-tu rendu?.
ARBATE.
Seigneur , depuis huit jours l’impatient Pharnace Aborda le premier au pied de cette Place?
Et de votre trépas autorisant le bruit.
Dans ces murs aussi-tôt voulut erre introduit»
Je ne m’arrêtai point à ce bruir téméraire;
Et ie n’écoutois rien , si le Prince son frere.
Bien moins par ses discours. Seigneur, que par scs pleurs ,
Ne m’eût, en arrivant, confirmé vos malheurs.