‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 102 sur 107 · HIPPOLYTE, A R I C I F. , ISMÈNE. * II · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE, A R I C I F. , ISMÈNE. * II

Aricii, à Hippolyte. js

! vous pouvez vous taire en ce péril extrême ? J

Vous laissez dans l’erreur un pere qui vous aime ? S

Cruel J si de mes pleurs méprisant le pouvoir , C

Vous consentez sans peine à ne me plus revoir, /

Partez, séparez-vous de la triste Aride? ç

Mais , du moins , en partant , assurez votre vie. \

Défendez votre honneur d’un reproche honteux , I

It forcez votre pere à révoquer ses voeux, 3

Il en est tems encor. Pourquoi , par quel caprice Laissez-vous le champ libre à votre accusatrice ? Éclaircissez Thésée.

Hippolytï.

Eh 1 que n’ai-je point dit?

Ai-je dû mettre au jour l’opprobre de son lit ? Dcvois-je , en lui faisant un récit trop sincere’. D’une indigne rougeur couvrir le front d’un pere i

TRAGÉDIE. Vf

Vous seul» avez percé ce mystère odieux.

Mon cœur, pours’épancher , n’a que vous et les Dieux. Je n’ai pu vous cacher, jugez si je vous aime !

Tous ce que je voulois me cacher à moi-même.

Mais songez sous quel sceau je vous l’ai révélé.

Oubliez > s’il se peut, que je vous ai parlé ,

Madame ; et que larrais une bouche si pure Ne s’ouvre pour conter cette horrible aventure.

Sur l’équité des Dieux osons nous confier:

Ils ont trop d’intérêt à me justifier-,

Et Phedre , tôt ou tard , de son crime punie,

N’en sauroit éviter ia juste ignominie.

C’est l’unique respect que j’exige de vous.

Je permets tout le reste à mon libre courroux.

Sortez de l’esclavage où vous êtes réduite;

Osez me suivie , osez accompagner ma fuite.

Arrachez-vous d’un lieu funeste et profané,

OÙ la vertu respire un air empoisonné.

Profitez , pour cacher votre prompte retraite.

De la confusion que ma disgrâce y jette.

Je vous puis de la fuite assurer les moyens.

Vous n’avez jusqu’ici de gardes que les miens.

De puissans défenseurs prendront notre querelle.

Argos nous tend les bras , et Sparte nous appelle.

A nos amis communs po r tons nos justes cris.

Ne souffrons pas que Phedre, assemblant nos débris.

Du trône paternel nous chasse l’un et l’autre.

Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre. L’occasion est belle; il la faut embrasser....

Quelle peur vous retient i vous scmblez balancer?

6* PHEDRE

Votre seul intérêt m’inspire cette audace.

Quand je suis to ut de feu , d’où vient donc cette glace i Sur les pas d’un banni craignez-vous de marcher?

Hélas! qu’un tel exil, Seigneur, me seroit chéri Dans quels ravissemens, à votre sort liée »

Du reste des mortels je vivrois oubliée!...

Mais , n’étant point unis par un lien si doux.

Me puis- je, avec honneur, dérober avec vous?

Je sais que , sans blesser l’honneur le plus sévère.

Je me puis affranchir des mains de votre pere.

Ce n’est point m’arracher du sein de mes parens ;

Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans....

Mais vous m’aimez. Seigneur; et ma gloire alarmée....

Hippoiiti, l’interrompant.

Non , non , j’ai trop de soin de votre renommée!

Un plus noble dessein m’amene devant vous.

Fuyez vos ennemis, et suivez votre époux.

Libres dans nos malheurs , puisque le Ciel l’ordonne.

Le don de notre foi ne dépend de personne.

L’hymen n'est point toujours entouré de flambeaux. Aux portes de Trézcnc., et parmi ces tombeaux Des Princes de ma race antiques sépultures,

Ist un Temple sacré , formidable aux parjures.

C’est-là que les mortels n’osent jurer en vain.

Le perfide y reçoit un châtiment soudain;

Et , craignant d’y trouver la mort inévitable.

Le mensonge n’a point de frein plus redoutable.

Là , si vous m’en croyez , d’un amour éternel

Nous

TRAGÉDIE. i*

Nous irons confirmer le serment solcmnel.

Nous prendrons à témoin le Dieu qu’on y révéré.

Nous le prirons tous deux de nous servir de pere.

Des Dieux les plus sacrés j’attesterai le nom.

Et la chaste Diane et l’auguste J unon ,

Et tous les Dieux , enfin , témoins de mes tendresses. Garantiront la foi de mes saintes promesses.

te Roi vient.... Fuyez, Prince, et partez promptement. Pour cacher mon départ, je demeure un moment. Allez; et laissez-moi quelque fidele guide Qui conduise vers vous ma démarche timide.

{ Hippolyte sort . )

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