‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 12 sur 107 · MONIME , MITHRIDATE , GARDES · texte numérisé non relu

MONIME , MITHRIDATE , GARDES

Mjthridate.

M AD-AME, enfin, le Ciel près de vous me rappelle» Et, secondant, du moins, mes plus tendres souhaits» Vous rend à mon amour plus belle que ïamais.

3e ne m’attendois pas que de notre hvménée Je dusse voir si tard arriver la journée ,

Ni qu’en vous retrouvant mon funeste retour Fît voir mon infomme et non pas notre amour.

C’est pourtant cer amour qui de tant de retraites Ne me laisse choisir que les lieux où vous êtes;

Et les plus grands malheurs pourront me sembler doux Si ma présence ici n’en est point un pour vous.

C’est vous en dire assez , si vous voulcï m’entendre. Vous deve! à ce jour , dès long-rems , vous attendre»

Et vous portez , Madame, un gage de ma foi Qui vous dit tous les jours que vous êtes à moi. Allons donc assurer cette foi mutuelle.

Ma gloire lain d’ici vous et moi nous appelle i.

Et sans perdre un moment pour ce noble dessein. Aujourd'hui votre époux , il faut partir demain.

Seigneur, vous pouvez tout. Ceux par qui je respire Vous ont cédé sur moi leur souverain empire ;

Et quand vous userez de ce droit tout puissant,!

Je ne vous répondrai qu’en vous obéissant.

Ainsi , prête à subir un joug qui vous opprime Vous n’alîez A l’Autel que comme une victime;

Ee moi , tyran d’un cœur qui se refuse au mien ,

Meme en vous possédant, je ne vous devrai rien.

Ah 1 Madame , est-ce-là de quoi me satisfaire ?

Faut- il que désormais, renonçant à vous plaire,- Je ne prétende plus qu’à vous tyranniser?

Aies malheurs; en un mot, me font-ils mépriser?

Ah ! pour tenter encor de nouvelles conquêtes. Quand je ne verrois pas dos routes toutes prêtes , Quand le sort ennemi m’aaroic jetté plus bas , Vaincu, persécuté, sans secours , sans États,

Errant de mers en mers , et moins Roi que Pirate, Conservant pour tous biens le nom de Mithridate , Apprenez que , suivi d’un nom si glorieux ,

Par tout de l'univers j’attachcrois les yeux ,

Et qu’il n’est point de Rois , s’ils sont dignes de l’être. Qui, sur le trône assis , n’enviassent, peut-être. Au-dessus de leur gloire , un naufrage élevé ,

Que Rome, et quarante ans ont à peine achevé. Vous-même, d’un aptreoeil me verriez-vous. Madame, Si ces Grecs , vos ayeux, revivoient dans votre arae ?

C iij

Et, puisqu’il faut enfin que ie sois votre époux» Eî’étoit-il pas plus noble et plus digne de vous De joindre à ce devoir votre propre suffrage ,

D’opposer votre estime au destin qui m’outrage >,

Et de me rassurer, en flattant ma douleur ,

Contre la défiance attachée au malheur ?

Eh I quoi ! n’avezvous rien , Madame, à me répondre.? Tout mon empressement ne sert qu’à vous confondre. Vous demeurc7 muette ; et loin de me parler ,

Je vois , malgré vos soins, vos pleurs prêts à couler. Monime.

Moi , Seigneur ? je n’ai point de larmes à répandre. J’obéis : n’est-ce pas assez me faire entendre?

Et ne suffit-il pas ?. ..

. MlTHRIDATE, V interrompant .

Non, ce n’est pas assez.

Je vous entends ici mieux que vous ne pensez.

Je vois qu’on m’a dit vrai. Ma juste jalousie Par vos propres discours est trop bien éclaircie*

Je vois qu’un fils perfide , épris de vos beauté»-. Vous a parlé d’amour , et que vous l’écoutez...

Je, vous jette pour lui dans des craintes nouvelles* Mais il jouira peu de vos pleurs infidèles ,

Madame, et désormais tout est sourd à mes loix ,

Ou bien vous l'avez vu pour la dernicrc fois....

( Aux Gardes. )

Appeliez Xip hatès,

( 17» Garde son . >

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