‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 25 sur 107 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

MITHRÎDATE, GARDES, dans le fond.

Mithridats, à part.

Ïls s’aiment!... C’en ainsi qu’on se iouoit de nous !... Ah ! fils ingrat ! tu vas me répondre pour tous}

Tu périra». *.. Je sais combien ta renommée Et tes fausses vertus ont séduit mon armée.

Perfide ! je te veux porter des coups certains.

Il faut , pour te mieux perdre , écarter les mutins;

Et , faisant à mes veux partir les plus rebelles ,

Ne garder près de moi que des troupes fidelles.... Allons.... mais , sans montrer un visage offensé. Dissimulons encor , comme j’ai commencé.

Fin du troisième Acte .

Et quand de toi peut-être un pere se défie....

Que dis je ? quand , peut-être, il y va de ta vie.

Je parle -, et trop facile à me laisser tromper.

Je lui marque le cœur où sa main doit frapper !

l'HUDIMI.

Ah! traiter-le. Madame, avec plus de justice!

Un grand Roi dçscend-iî jusqu’à cct artifice !

A prendre ce détour qui l’auroit pu forcer ?

Sans murmure , à l’Autel vous l’alliez devancer. Vouloit-îl perdre un fils qu’il aime avec tendresse î Jusqu’ici les effets secondent sa promesse ,

Madame: il vous disoit qu’un important dessein , Malgré lui , le forçoit à vous quitter demain.

Ce seul dessein l’occupe ; et , hâtant son voyage , Lui-même ordonne tout , présent sur le rivage.

Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats.

Et par-tout Xipharès accompagne ses pas.

D’un rival en fureur cst-cc là la conduite?

Es voit-on scs discours démentis par la suite? M'ohimi.

Pharnacc , cependant , par son ordre arrêté ,

Trouve en lui d’un rival toute la dureté.

Thocdime , à Xiphatès fera-t-il plus de grâce?

Phxdiui.

C’est l’ami des Pomains qu’il punit en Pharnace; L’amour a peu de part i ses justes soupçons.

Autant que je le puis , je ccde à tes raisons}

Elles calment un peu l’ennui qui me dévore-...

Mais pourtant Xipharès ne paroit point encore.

TRAGÉDIE. S9

XlPHARÈS.

Oui , Madame , et pour toute ma vie!

Qu'cntcnds-jc ?... On me disoit.... Hélas ' ils m’ont trahie! *

XlPHARÈS.

Madame , je ne sais quel ennemi couvert ,

Révélant nos secrets , vous trahit et me perd ;

Mais le Roi , qui tantôt n’en croyoit point Pharnace, Maintenant dans nos coeurs sait tout ce qui sc passe.

Il feint, il me caresse et cache son dessein;

Mais moi qui , dès l’enfance élevé dans son sein,

De tous scs mouvemens ai trop d’intelligence,

J’ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.

Il presse , il fait partir tous ceux dont mon malheur Pourrait à la révolte exciter la douleur.

De scs fausses bontés j’ai connu la contrainte.

Un mot même d’Arbatc a confirmé ma crainte.

Il a su m’aborder; et, les larmes aux yeux:

j> On sait tout , m’a-t-il dit, sauvez-vous de ces lieux.... il

Ce mot m’a fait frémir du péril de ma Reine;

Et ce cher intérêt est le seul qui m’amene.

I e vous crains pour vous-même , et je viens , à genoux ,

( II se jette à ses pieds. )

Vous prier, ma Princesse, et vous fléchir pour vous! Vous dépendez ici d’une main violente ,

Que le sang le plus cher rarement épouvante;

Et je n’ose vous dire à quelle cruauté Mithridatc jaloux s’est souvent emporté.

Peut-être , c’est moi seul que sa fureur mçnacej

Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grac*. Daignez , au nom des Dieux ! daignez en profiter î Par de nouveaux refus n’aüez point l’irriter.

Moins vous l’aimez, et plus tâchez de lui complaire. Feignez ; efforcez-vous. Songez qu’il est mon pere. Vivez ; et permettez que , dans tous mes malheurs , le puisse à votre amour ne coûter que des pleurs i

M o N I MK.

Ah! je vous ai perdu!

Généreuse Monime,

Ne vous imputez point le malheur qui m’opprime» Votre seule bonté n’est point ce qui me nuit :

Je suis un malheureux que le destin poursuit.

Celui qui m’a ravi l’amitié de mon pere.

Qui le fit mon rival , qui révolta ma mere Et vient de susciter, dans ce moment affreux.

Un secret ennemi pour nous trahir tous deux,...

Monime, l’interrompant.

Bh ! quoi , cet ennemi vous l’ignorez encore?

X i P H A R £ s , se relevant .

Pour surcroît de douleur , Madame , je l’ignore. Heureux si ie pouvois , avant que m’immoler „

Percer le traître coeur qui m’a pu décéler !

Monime.

Bh ! bien , Seigneur , il faut vous le faire connoître.

Ne cherchez point ailleurs cet ennemi , ce traîne i Frappez. Aucun respect ne vous doit retenir, î’ai tout fait , et c’est moi que vous devez punir.

XlPKAittl,

TRAGÉDIE. <î*

Vous !

Mohimi,

Ah ! si vous saviez , Prince , avec quelle adresse l.e cruel est venu surprendre ma tendresse !

Quelle amitié sincère il afFectoit pour vous!

Content, s’il vous voyoit devenir mon époux....

Qui n’auroit cru?... Mais, non , mon amour plus timide ,

Devoir moins vous livrer à sa bonté perfide.

Les Dieux qui m’inspiroient, et que j’ai mal suivis, M’ont fait taire trois fois, par de sectcts avis.

J’ai dû continuer ... j’ai dû dans tout le reste....

Que sais- je, enfin ? j’ai dû vous être moins funeste. J’ai dû craindre du Boi les dons empoisonnés.

Et je m’en punirai, si vous me pardonnez.

Xipharès.

Quoi ! Madame , c’est vous , c’est l’amour qui m’expose?

Mon malheur est parti d’une si belle cause?

Trop d’amour a trahi nos secrets amoureux ?

Et vous vous excusez de m’avoir fait heureax î Que voudrais- je. de plus? Cloricux et fidele ,

Je meurs.... Un autre sort au trône vous appelle : Conscntez-y, Madame; et, sans plus résister.

Achevez un hymen qui vous y fait monter.

Quoi ! vous me demandez que j’épouse un barbare. Dont l’ odieux amour pour jamais nous sépare ?

g» MITHRIDATE,

XlPHARÈS.

Songex que, ce matin, soumise à ses souhaits»

Vous deviex l’épouser , et ne me voir jamais.

Mokimi.

Eh ! connoissois-je alors toute sa barbarie?

Ne voudriex-vous point qu’approuvant sa furie»

Après vous avoir vu tout percé de ses coups, le suivisse à l’Autel un tyrannique époux;

Et que, dans une main de votre sang fumante 3’allasse mettre , hélas ! la main de votre amante?

Allcx ; de ses fureurs songex à vous garder.

Sans perdre ici le tems à me persuader.

Le Ciel m’inspirera quel parti je dois prendre....

Que scroic-ce , grands Dieux 1 s’il venoit vous surprendre?...

Que dis-je? on vient.... Allex; courex.... vivex, enfin; Et du moins attendez quel sera mon destin.

( Xtpharis sort. )

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