‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 39 sur 107 · AGAMEMNON, ULYSSE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ULYSSE

Ulysse.

Seigneur, vous entendez? Quelque prix qu’il en coûte ,

Il veut voler à Troie et poursuivre sa route.

Nous craignions son amour ; et lui-même aujourd’hui. Par une heureuse erreur » nous arme contre lui.

Agamemnon.

Hélas !

Ulysse.

De ce soupir que faut-il que j’augure ?

Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure? Croirat-je qu’une nuit a pu vous ébranler?

ïst-cc donc votre cœur qui vient de nous parler? Songcz-y •, vous devez votre hile 4 la Grèce.

Vou* nous Tarez promise , et , sur cette promesse, Calchas , par tous les Grecs consulté chaque jour , Leur a prédit des vents l’infaillible retour.

A scs prédictions si l’effet est contraire ,

Pensez-vous que Calchas continue à se taire?

Que ses plaintes, qu’en vain vous voudrez apaiser , Laissent mentir les Dieux , sans vous en accuser?

Eh ! qui sait ce qu’aux Grecs, frustiés de leur victime. Peut permettre un courroux qu’ils croiront légitime? Gardez-vous de réduire un peuple furieux,

Seigneur , à prononcer entre vous et les Dieux ! N’est-ce pas vous, enfin , de qui la voix pressante Nous» tous appelés aux campagnes du Xanthe,

Et qui , de ville en ville , attestiez les sermens.

Que d’Hélene autrefois firent tous les amant. Quand presque tous les Grecs , rivaux de votre frere, La demandoient en foule à Tyndare son pere?

De quelque heureux époux que Ton dût faire choix. Nous jurâmes , dès-lors , de défendre scs droits »

Et si quelque insolent lui voloit sa conquête.

Nos mains du ravisseur lui promirent la tête.

Mais sans vous ce serment, que l’amour a dicté , Libres de cet amour, Taurions-nous respecté?

Vous seul , nous arrachant à de nouvelles flammes , Nous avez fait laisser nos enfans et nos femmes ;

Et quand , de toutes parts , assemblés en ces lieux , L’honneur de vous venger brille seul à nos yeux , Quand la Grece , déjà vous donnant son suffrage , Vous rcconnoît l’auteur de ce fameux ouvrage. Que tes Rois , qui pouvoient vous disputer ce rang %

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Sont prêts , pour vous servir , à verser tout leur sang » Le seul Agamemnon , refusant la victoire ,

N’ose d’un peu de sang acheter tant de gloire ,

Et, dès le premier pas, se laissant effrayer.

Ne commande les Grecs que pour les renvoyer ? Agamemnon.

Ah ! Seigneur , qu’éloigné du malheur qui m’opprime Votre cœur aisément se montre magnanime !

Mais que , si vous voyiez ceint du bandeau mortel Votre fils Télémaque approcher de l’Autel,

Nous vous verrions , troublé de cette affreuse image , Changer bientôt en pleurs ce superbe langage , Éprouver la douleur que j’éprouve auiourd’hui St courir vous jerter entre Calchas et lui I Seigneur, vous le savez, j’ai donné ma paroles Et si ma fille vient, je consens qu’on l’immole.

Mais , malgré tous mes soins , si son heureux destin.

La retient dans Argos, ou l'arrête en chemin. Souffrez que , sans presser ce barbare spectacle ,

En faveur de mon sang j’explique cet obstacle ;

Que j’ose pour ma fille accepter le secours De quelque Dieu plus doux qui veille sur scs jours.

Vos conseils sur mon cœur n’ont eu que trop d’ empires Et je rougis.,,,

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