SCENE V
ÀGAMEMNON, ULYSSE.
Agamemnon, à part.
J u ste Ciel ! c’est ainsi qu’assurant ta vengeance ,
Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence !
Encor si je pouvois > libre dans mon malheur ,
Par des larmes , au moins , soulager ma douleur ! Triste destin des Rois !... Esclaves que nous sommes.
Et des rigueurs du sort et des discours des hommes Nous nous voyons, sans cesse , assiégés de témoins, - Et les plus malheureux osent pleurer le moins ! Ulysse.
Je suis pere. Seigneur, et foible covnme un autre. Mon coeur se met , sans peine , en la place du vôtre ï.
Et , frémissant du coup qui vous fait soupirer ,
Loin de blâmer vos pleurs, je suis près de pleurer...*
TRAGÉDIE. tu
Mats votre amour n’a plus d’excuse légitime.
Les Dieux ont à Caichas amené leur victime.
Il le sait, il l’attend j et, s’il la voit tarder.
Lui même, à haute voix , viendra la demander.
Nous sommes seuls encor. Hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre. Pleurez ce sang, pleurez; ou plutôt, sans pâlir, Considérez l’honneur qui doit en réjaillir.
Voyez tout PHellespont blanchissant sous nos rames »
Et la perfide Troie abandonnée aux flammes.
Scs peuples dans vos fers , Priam à vos genoux , Hélene, par vos mains, rendue à son epoux.
Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées ,
Dans cette même Aulide ^vce nous retournées,
Et ce triomphe heureux , qui s’en va devenir L’éternel entretien des siècles i venir i
Seigneur , de mes efforts je connois l’impuissance.
Je cedc , et laisse aux Dieux opprimer l’innocence*
La victime bientôt marchera sur vos pas ;
Allez... Mais, cependant, faites taire Gaichasj Et , m’aidant à cacher ce funeste mystère Laisscz-moi de l’Autel écarter une mere.
Fin du premier Acte •
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