IPHIGÉNIE , AGAMEMNON , CLYTEMNESTRE
ægine."
Clytemnestre, à Iphigcne ,
ez , venez , ma fille ; on n’attend plus que vous. Venez remercier un pcrc qui vous aime,
Et qui veut à l’Autel vous conduire lui- même.
TRAGÉDIE. fj,
AGAMEMNON, rt part.
( Iphigénie . )
Que vois-je î quel discours.... Ma fille, vous plcursz. Et baissez devant moi vos yeux mal assurés.
( A part. )
Quel trouble!.. Mais tout pleure, et la fille et la mere... Ah! malheureux Areas, tu m’as trahi!
Iphigénie.
Mon pere,
Cessez de vous troubler: vous n’êtes point trahi ;
Quand vous commanderez, vous serez obéi.
Ma vie est votre bien » vous voulez le reprendre:
Vos ordres, sans détours, pouvoient se faire entendre. D’un ceil aussi content, d’un cœur aussi soumis Que j’acceptois l’époux que vous m’aviez promis»
Je saurai , s’il le faut , victime obéissante ,
Tendre au fer de Calchas une tête innocente;
Et, respectant le coup par vous même ordonné ,
Vous rendre tout le sang que vous m’avez donné.
Si pourtant ce respect, si cette obéissance Paroît digne à vos yeux d’une autre récompense;
Si d’une mere en pleurs vous plaignez les ennuis»
J’ose vous dire ici qu’en l’état où je suis.
Peut-être assez d’honneurs environnoient ma vie Pour ne pas souhaiter qu’elle me fut ravie ,
Ni qu’en me l’arrachant un sévere destin,
Si près de ma naissaince, en eût marqué la fin.
Pille d’Agamcmnon , c’est moi qui la première. Seigneur , vous appelai de ce doux nom de pere.
C’est moi qui , si long-tcms le plaisir de vos yeux.
<?o IPHIGÉNIE,
Vous ai ^ait de ce nom remercier les Dieux ,
Et pour qui tant de fois , prodiguant vos caresses.
Vous n'avez point du sang dédaigné les foiblesses.
Hélas ! avec plaiiir je me faisois conter
Tous les noms des pays que vous allez dompter.
Et déjà d’tlion présageant la conquête.
D’un triomphe si beau je préparois la fccc.
3c ne m’attendois pas que , pour le commencer, Mon.sang fût le premier que vous dussiez verser!.,. Non que la peur du coup dont je suis menacée Me fasse rappeler votre bonté passée.
Ne craignez rien : mon cœur, de votre honneur jaloux , Ne fera point rougir un pcrc tel que vous,
Et si je n’avois eu que ma vie i défendre ,
J’aurois su renfermer un souvenir si tendre ;
Mais à mon triste sort, vous le savez. Seigneur,
Une mere, un amant attachoient leur bonheur.
Un Koi digne de vous a cru voir la journée .
Qui devoit éclairer notre illustre hyménéc.
Déjà sûr de mon cœur , à sa flamme promis ,
J1 s’estimoit heureux.... Vous me l’aviez permis.
31 sait votre dessein : jugez de ses alarmes !
Ma merc est devant vous, et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux eflForrs que je viens de tenter Tour prévenir les pleurs que je leur rais coûter!
Ma fille, il est trop vrai. J’ignore pour quel crime la colcrc des Dieux demande une victime ;
Mais ils vous ont nommée. Un oracle cruel Vciitqu’ici votre sang coule jur un Autel,
Pour
Pour défendre vos jours de leurs lùix meurtrières»
Mon amour n’avoit pas attendu vos prières.
Je ne vous dirai point combien j’ai résisté.
Croycz-cn cet amour , par vous-même attesté! •
Cette nuit même encore , on a pu vous le dire,
J’avois révoqué l’ordre où l’on me fit souscrire.
Sur l’intérêt des Grecs vous Paviez, emporté :
Je vous sacrifiois mon rang, ma sûreté.
Areas alloit du camp vous défendre l’entrée $
Les Dieux n’ont pas voulu qu’il vous ait rencontrée.
Ils ont trompé les soins d’un perc infortuné.
Qui protégeoit , en vain , ce qu’ils ont condamne*
Ne vous assurez poiftt sur ma foible puissance:
Quel frein pourrait d’un peuple arrêter la licence. Quand les Dieux, nous livrant à son zeîe indiscret » L’affranchissent d’un joug qu’il portoit à regret?
Ma fille , il faut céder; votre heure est arrivée.
Songez bien dans quel rang vous êtes élevée.
Je vous donne un conseil qu’à peine je reçoi;
Du coup qui vous attend vous mourrez* moins que moi» Montrez, en expirant , de qui vous êtes née.
Faites rougir ces Dieux qui vous ont condaVnnée: Allez; et que les Grecs qui vont vous immoler Keconnoissent mon sang en le voyant couler.
Clytemnestre.
Vous ne démentez point une race funeste :
Oui, vous ctes le sang d’Atrée et de Thyeste. Bourreau de votre fille , il ne vous reste enfin Que d’en faire à sa merc un horrible festin.
Barbare! c’est donc là cet heureux sacrifice
<i IPHIGÉNIE^
Que vos soins préparoient avec tant d’artifice ?
Quoi ! l’horreur de souscrire à cet ordre inhumain N’a pas, en le traçant, arrêté votre main?
Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse; Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ?
Où sont-ils- ces combats que vous avez rendus ?
Quels flots de sang pour elle avez vous répandus? Quel debris parle ici de votre résistance?
Quel champ couvert de morts me condamne au silence ? Voilà par quels témoins il falloitme prouver.
Cruel ! que votre amour a voulu la sauver.
Un oracle fatal ordonne qu’elle expire :
Un oracle dit-il tout ce qu’il semble dire?
Le Ciel , le juste Ciel , par le meurtre honoré.
Du sang de l’innocence est-il donc altéré?
Si du crime d’Hélene on punit sa famille,
Faites chercher à Sparte Hcrmione sa fille.
Laissez à Ménélas racheter d’un tel prix Sa coupable moitié, dont il est trop épris.
Mais , vous , quelles fureurs vous rendent sa victime? Pourquoi vous imposer la peine de son crime?
Pourquoi, moi-même, enfin, me déchirant le flanc. Payer sa folle amour du plus pur de mon sang ?...
Que dis-je ? cet objet de tant ae jalousie ,
Cette Hélène , qui trouble et l'Europe & l’Asie,
Vous semble t-elle un prix digne de vos exploits? Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois? Avant qu’un nœud fatal l’unît à votre fircre,
Thésée avoit osé l’enlever à son pere.
Vous savez, et Calchas mille fois vous l’a dit.
TRAGÉDIE. €i
Qu'un hymen clandestin mit ce Prince en son Ht ;
Et qu’il en eut pour gage une jeune Princesse,
Que sa mere a cachée au reste de la Grece....
Mais , non, l’amour d’un frere et son honneur blessé Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé.
Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre* L’orgueil de voir vingt Bois vous servir <Sc vous craindre» Tous les droits de l’Empire en vos mains confiés,
Cruel ! c’est à ces Dieux que vous sacrifiez ;
Et loin de repousser le coup qu’on vous prépare.
Vous voulez vous en faire un mérite barbare.
Trop jaloux d’un pouvoir qu’on peut vous envier.
De votre propre sang vous courez le payer.
Et voulez , par ce prix , épouvanter l’audace De quiconque vous peut disputer votre place.
Est-ce donc être pere ? Ah 1 toute ma raison Ccde à la cruauté de cette trahison !
Un Prêtre, environné d’une foule cruelle.
Portera sur ma fille une main criminelle!
Déchirera son sein ! et, d’un œil curieux, ,
Dans son cœur palpitant consultera les Dieux!
Et moi , qui l’amenai triomphante , adorée, •
Je m’en retournerai seule et désespérée!
Je verrai les chemins encor tout parfumés Des fleurs, dont sous scs pas on les avoit semés!
Non , je ne l’aurai point amenée au supplice ,
Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.
Ni crainte, ni respect ne m’en peut détacher»
De mes bras tout sanglans il faudra l’arracher! • Aussi barbare époux qu’impitoyable pere,
Venez , si vous l’osez , la ravit à sa mere....
( A Iphigenie. )
Et vous , rentrez » ma fille , et, du moins , à mes loi* Obéissez encor pour la dernière fois.
( Elle s’en va , avec Iphigénie. )
AGAMEMNQN, seul.
.A. de moindres fureurs je n’ai pas dû m’attendre. Voilà , voilà les cris que je craignois d’entendre. Heureux si , dans le trouble où flottent mes esprits.
Je n’avois toutefois à craindre que ses cris J...
Hélas! en m’imposant une loi si sévere,
Grands Dieux! me deviez-vous laissor un coeur de perei