ULYSSE , CLYTEMNESTRE , ARCAS , ÆGINE
GARDES
Uitssi, à Clytemnestre.
on t Madame, clic vit et les Dieux sont contenu Rassurez-vous; le Ciel a voulu vous la rendre.
Clytemnestre.
Elle vit! et c’est vous qui venez me l’apprendre ?-
Ulysse.
Oui , c’est moi qui , long - teins contre elle et contre vous ,
Ai cru devoir , Madame . affermir votre époux j Moi qui, jaloux tantôt de l’honneur de nos armes.
Par d’ausreres conseils ai fait couler vos larmes »
Et qui viens , puisqu’enfin le Ciel est apaisé.
Réparer tout l’ennui que je vous ai causé î Clytemnestre,
Ma fille!... Ah! Prince!... O Ciel !... Je demeure éper» due....
Quel miracle , Seigneur , quel Dieu me l’a rendue ?
Ulysse.
Vous m’en voyez, moi-même , en cet heureux moment*. Saisi d’horreur, de joie et de ravissement.
Jamais jour n’a paru si mortel à la Grèce.
Déjà de tout le camp la discorde maîtresse
Î6 IPHIGENIE,
Avoit sur tous les yeux mis son bandeau fatal,
It donné du combat le funeste signal.
De ce spectacle affreux votre fille alarmée,
Voyoit pour elle Achille, et contre elle l'armée»
Mais , quoique seul pour elle, Achille furieux i pouvantoit l’armée et partageoit les Dieux.]
Déjà de traits en l’air s’élevoit un nuage;
Déjà couloit le sang , prémices du carnage.
Intrë les deux partis Calchas s’est avancé.
L’œil farouche , l’air sombre et le poil hérissé , Terrible, et plein du Dieu qui l’agitoit, sans doute;
«.< Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs, qu’on, m’écoute.
jj Le Dieu qui maintenant vous parle par ma voix, jj M’explique son oracle et m’instruit de son choix. jj Un autre sang d’Hclene , une autre Iphigénie jj Sur ce bord immolée y doit laisser sa vie. a» Thésée avec Hélene uni secrètement, jj Fit succéder l’hymen à son enlèvement.
jj Une fille en sortit, que sa mere a celée; sa Du nom d’Iphigénie elle fut appelée.
sj Je vis moi-même alors ce fruit de leurs amours : jj D’un sinijtrc avenir je menaçai ses jours. jj Sous un nom emprunté , sa noire destinée jj Et ses propres fureurs ici l’ont amenée.
» Elle me voit, m’entend : elle est devant vos yeux; jj Et c’est elle, en un mot, que demandent les Dieux. j> Ainsi parle Calchas. Tout le camp immobile L’écoute avec frayeur et regarde Ériphilc.
Elle étoit à l’Autel j et , peut-être, en son cœur
Du fatal sacrifice accusoit la lenteur.
Elle-même tantôt , d’une course subite,
Etoit venue aux Grecs annoncer votre fuite.
On admire , en secret , sa naissance et son sort.... Mais, puisque Troie enfin est le prix de sa more. L’armée , à haute voix, se déclare contre elle.
Et prononce à Calchas sa sentence mortelle.
Déjà pour la saisir, Calchas Ieve le bras.
« Arrête, a-t-elle dit, et ne m’approche pas. y> Le sang de ces Héros dont tu me fais descendre, . « Sans tes profanes mains saura bien se répandre. Furieuse, elle vole; et, sur l’Autel prochain. Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein.
A peine son sang coule et fait rougir la terre ,
Les Dieux font sur l’Autel entendre le tonnerre. Les vents agitent l’air d’heureux frémissemens ,
Et la mer leur répond par ses mugissemens.
La rive au loin gémit, blanchissante d’écume;
La flamme du bûcher d’elle-même s’allume.
Le Ciel brille d’éclairs, s’entrouvre, et parmi nous Jette une sainte horreur qui nous rassure tous.
Le soldat étonné dit que , dans une nue,
Jusques sur le bûcher Diane est descendue.
Et croit que, s’élevant aux travers de scs feux. Elle portoit au Ciel notre encens et nos vœux. Tout s’empresse , tout part. La seule Iphigénie Dans ce commun bonheur pleure son ennemie.
Des mains d’Agamcmnon venez la recevoir; Venci. Achille et lui, brûlant de vous revoir.