UN ANNIVERSAIRE
[A J7"IC de Criynan] Paris, 20 janvier \(j~,l.
A Sainte-Marie du Faubourg, vendredi 29 janvier 1672, jour de Saint-François de Sales, et jour que vous fûtes mariée. Voilà ma première radoterie : c'est que je f5is des boulsde-l*an de tout.
Me voici dans un lieu, ma fille, qui est le lieu du monde où j'ai pleuré, le jour de votre départ, le plus abondamment et le plus amèrement: la pensée m'en fait encore tressaillir. Il y a une bonne heure que je me promène toute seule dans le jardin: toutes nos sœurs sont à vêpres, embarrassées d'une méchante musique; et moi, j'ai eu l'esprit de m'en dispenser. Ma chère enfant, je n'en puis plus ; votre souvenir me tue en mille occasions : j'ai pensé mourir dans ce
jardin, où je vous ai vue si souvent1. Je ne veux point vous dire en quel état je suis: vous avez une vertu sévère, qui n'entre point dans la faiblesse humaine. Il y a des jours, des heures, des moments où je ne suis pas la maîtresse ; je suis faible et ne me pique point de ne l'être pas. Tant y a, je n'en puis plus....