‹ Mme de StaëlChapitre 88 sur 112 · SIEYES · texte numérisé non relu

SIEYES

Au premier rang du côté populaire, on remarquait l'abbé Sieyès, isolé par son caractère, bien qu'entouré des admirateurs de son esprit. Il avait mené, jusqu'à quarante ans, une vie soli- 1 aire, réfléchissant sur les questions politiques, et portant une grande force d'abstraction dans cette étude; mais il était peu fait pour communiquer avec les autres hommes, tant il s'irritait Mciil de leurs travers, et tant il les blessait par les siens! Toutefois, comme il avait un esprit supérieur et des façons de s'exprimer laconiques et tranchantes, c'était la mode dans l'Assemblée de lui montrer un rjsspecl presque superstitieux Mirabeau ne demandait pas mieux que d'accorder au silence

de l'abbé Sieyès le pas sur sa propre éloquence, car ce genre de rivalité n'est pas redoutable. On croyait à Sieyès, à cet homme mystérieux, des secrets sur les constitutions, dont on espérait toujours des effets étonnants, quand il les révélerait. Quelques jeunes gens, et même des esprits d'une grande force, professaient la plus haute admiration pour lui, et on s'accordait à le louer aux dépens de tout autre, parce qu'il ne se faisait jamais juger en entier dans aucune circonstance.

Ce qu'on savait avec certitude, c'est qu'il détestait les distinctions nobiliaires ; et cependant il avait conservé de son état de prêtre un attachement au clergé, qui se manifesta le plus clairement du monde lors de la suppression des dîmes. Ils veulent être litres et ne savent pas être justes, disait-il à cette occasion; et toutes les fautes de l'Assemblée étaient renfermées dans ces paroles. Mais il fallait les appliquer également aux diverses classes de la société qui avaient droit à des dédommagements pécuniaires. L'attachement de l'abbé Sieyès pour le dergé aurait perdu tout autre homme auprès du parti populaire ; mais, en considération de sa haine contre les nobles, les montagnards lui pardonnèrent son faible pour les prêtres. (IIe partie, chap. vil)

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