‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 15 sur 70 · SES · texte numérisé non relu

SES

Fe ‘ = 4 " e * RÉPUBLIQUE EN L’AN IL.

ve NOEL TA

ment; mais Talleyrand jugea plus prudent, avant de

rentrer à Paris, de reprendre terre à Hambourg et ’

d’y attendre les événements.

Mme de Staël observait les hommes, suivait les

affaires, fréquentait l'Assemblée. Elle à gardé des

séances d'alors des souvenirs très vivants.

« Les apoilogies de ceux qui avaient pris part à la

Terreur étäient vraiment la plus incroyable école de.

sophisme à laquelle on pût assister... Lebon, Car-

rier, ete., se faisaient presque tous remarquer par

le même genre de physionomie. On les voyait lire

leur plaidoyer avec une figure pâle et nerveuse, allant d’un côté à l’autre de la tribuñe de la Convention, comme un animal féroce dans une cage ; étaient-

ils assis, ils se balançaient, sans se lever ni changer de

place, avec une sorte d’agitation stationnaire qui sem-

blait indiquer seulement l'impossibilité du repos. à

même pour le reste de sa vie. Mme de Staël obtint … de la Convention le rappel du décret de bannisse-

FT

Cependant elle poursuivait son dessein d'orga-

. niser la république française sur le modèle des Etats-

Unis, comme elle avait essayé autrefois de trans-

former la vieille monarchie selon le système anglais. C'était, au fond, le même gouvernement qu'elle avait en vue, avec les deux chambres, et une aristocratie

intellectuelle qui se substituerait à l'aristocratie de naissance : une république dont Lafayette, délivré, aurait pu être le président. Le vœu secret de Mme de Staël é rit de ramener au pouvoir, par ce dé-

tour, les monaichistes convertis ou résignés. « Que

“f de.

MOT NRE k à .

u C dr:

PME TÉL it *

la constitution soit entre les mains des honnêtes gens, et cette constitution sera reconnue ce qu’elle est, la

. . . , L 3-44 plus raisonnable de l'univers », disait-elle à Rœderer.

Pour y attirer ceux qu’elle appelait les « honnêtes gens », c’est-à-dire ses anciens amis de 1789-1791,

elle composa son second écrit politique : Réflexions sur la paix intérieure. I] parut dans l'été de 1795. La république, disait-elle, est le seul gouvernement possible : il faut s’y rallier et la gouverner pour y introduire la liberté que tout le monde désire. C’est Je courant de l’opinion : on suit ces courants-là, on

ne les décide pas. « Les hommes de génie paraissent créer la nature des choses; mais ils ont seulement l'art de s’en emparer les premiers. » Rien ne sépare, æ en réalité, les républicains amis de l’ordre des monarchistes amis de la liberté. Si les monarckistes persistent à vouloir restaurer la monarchie, les émigrés seuls en profiteront; d’ailleurs une restauration ne se (era que par un coup d'État et par la force. « La France peut s’arrêter dans la république; mais pour arriver à la monarchie mixte, il faut passer par le gouvernement militaire. » | Il devait advenir de cette république sans républicains ce qui était advenu de la royauté sans royalistes de 1791. Ceux qui y étaient conviés ne l'acceptaient qu'à titre d'étape : ils y entraient comme au cabaret ou à l'auberge : ils n’en faisaient point A leur demeure d'élection. Ceux qu'on en voulait = exclure, au contraire, estimaient que la maison leur appartenait et refusaient d’en sortir : c'étaient les

‘hommes qui luttaient ne trois ans pour la répu- blique et qui s ‘étaient donnés eux-mêmes èn gage à la Révolution. Les constitutionnels coalisèrent natu- rellement contre eux et l'aristocratie des émigrés, qui ne songeait qu’à reprendre le pouvoir, et ce qu'ils appelaient « l'aristocratie des régicides », qui

ne pensait qu'à le garder. Mme de Staël avait beau, dans ses discours, protester de ses sentiments répu- E blicains, ainsi qu’elle protestait naguère de ses senù timents monarchiques; elle eut beau même pousser la conviction jusqu’à défendre les fameux décrets sur le maintien des deux tiers de la Convention, elle ne

convainquit personne. Les conventionnels lui repro- chäient de ne point aimer les républicains, comme la e cour lui avait reproché de ne pas aimer les royalistes. Le fait est que, dans son intimité, ses préfé- rences demeuraient à ses anciens amis, et que la e plupart d’entre eux conspiraient ouvertement la: chute des républicains, sinon la destruction même de la République. Les froissements de l’amour-propre __envenimèrent encore les soupçons politiques. Républicaine avec les aristocrates, Mme de Staël demeu- rait par vaillance, autant que par esprit de justice ct que par goût, aristocrate avec les républicains. Le . Comité de Salut public l’accusa de jouer double jeu et de favoriser les intrigues, voire les complots des royalistes. C'était l’éternelle contrariété de sa vie : elle aspirait à Paris pour y retrouver son salon, et son Ron à ne: rouvert, 1 rendait impossible

È ss é :

ÉMAN

la dénonçait secrètement. Le ci-devant boucher Legendre, qui avait dés raisons personnelles de ne point aimer « les salons dorés », la dénonça en è public. Staël fut invité par le gouvernement à éloigner Sa femme de Paris, Il montra une fermeté qui n'était que de la bienséance, Le Comité sentit le ridicule de la mesure et la rapporta. Mme de Staël.

comprit que l'on avait trop parlé de ses amis, de

son cercle et de sa politique. Il ne pouvait entrer dans sa pensée de se faire oublier : elle entreprit une diversion, et s’occupa de se présenter au monde sous un autre personnage. Elle parut, pour un temps, se consacrer à la littérature.

Elle réunit des nouvelles qu'elle avait écrites dans sa jeunesse. Elle y joignit une Æpitre au malheur où Adèle et Edouard, en vers d’une parfaite banalité, | et. un fragment, Zulma, « épisode destiné à tenir Vi . lieu du chapitre de l'amour dans un ouvrage sur l'influence des passions ». Zulma se rattachait à “ce livre des Passions commencé à Londres, comme Atala allait se rattacher, dans l'imagination de Cha-. teaubriand, au Génie du Christianisme ; mais, bien que la scène de Zulma se passe « chez les sauvages qui habitent les bords de l'Orénoque », il n'y a pas d'autre similitude entre les deux ouvrages. Zulma ressemble beaucoup plus à une suivante vieillotte et fardée des Zncas de Marmontel qu'à une devan- 4 cière des Natchez, Le tout était accompagné d'un “ai Essai sur les fictions, supérieur aux nouvelles et aux se] épisodes. Cet essai présente la première ébauche 8

Fi,

NPC

dre

= du livre sur la tin Ds encore sous le.coup de la crise que la France vient de subir, 2} essaie d’en dégager une poétique. Elle juge que les réalités de la Révolution ont dépassé en horreur tra:

Fe we

Page 1