LA MORT
et la mère reposent à côté l’un de l’autre. La matinée était magnifique et les chants joyeux des oiseaux contrastaient avec la solennité du cortège; les hommes noirs semblaient des ombres venues de l’autre monde dans l'épaisseur du bois. Le cercueil frôlait les feuilles des arbres... »
Ses enfants lui rendirent ce dernier hommage de publier son mariage avec Rocca et d'accueillir en frère l’enfant qui en était né. Get acte de piété filiale défraya quelques jours la chronique du monde et réveilla l'attention du public. Mme de Staël avait fatigué les salons de son génie, de son éloquence et du fracas de ses disgrâces. Ils avaient hâte de secouer son prestige importun, et de l'oublier. Mais cet oubli même d’un monde qui avait été son idolätrie, fournit à ses railleurs posthumes l’occasion d'une dernière piqûre. « Le jour des louanges a été déplacé pour elle; elle en avait reçu dans sa vie, il n’y en a point eu au delà, écrivait Joubert. Sans les journaux, la fin d’une vie qui a été si tumultueuse n'aurait pas fait le moindre bruit. » « Elle m'inspirait », écrit une femme qui avait suivi dans la politique des voies très opposées, « cette sorte de pitié que m'inspire le récit des agitations de certaines devineresses chez les anciens ou de nos convulsionnaires.... Elle m'a donné l’idée de l’hermaphrodisme moral. »
Cette disparition de la figure mondaine de Mme de Staël, ses enfants ne la regrettaient point. Ils au- “aient même voulu effacer cette figure, parce qu’il
aan de at,
m'était Let ün seul dés jugemerits du mondé qui ñe les froissit dans leur culte. Let mèré, pen- saient-ils, n'appartenait plus qu’à eux ; lé moridé ne
leur avait, durant sa vie, que trop dérobé de sa pef- >, sonne et de son cœur. Mais en la rameñant däns “leur temple domestique, ils entendaient dresser une statue de marbre sur son tombeaü. C’est äinsi É qu'ils publièrent en 1818 et en 1821 les manuscrits
qu’elle leur avait laissés : les Considérations sur la
Révolution française ét Dix Années d'exil. Le livre des Considérations est; avec celui de l'Allémagne, la partie essentielle de l'œuvre de Mme dé Staël. En le publiant, ses enfants rie lui firent pas seulement, süi-
publiques funérailles »; ils la consäcrèrent à la postérité. « Pourquoi, disait un jour à Sainte-Beuve la duchesse de Broglie, voulez-vous vous occuper dé ma mère? Ce qu'on a écrit sur elle ne vous paraît-il pas suffisant? » Pourquoi? Parce qu'elle est l’autéur de ces deux livres, qu’elle a ouvert sur les plus grandes affaires du siècle des vues qui ont porté loin
le patrimoine des gloires françaises.
“ vant le mot d’un contemporain, « de brillantes et.
dans le siècle, et qu’elle est entrée tout entière däns :
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