PITHOU
cheval et de chien, et bien heureux qui a toujours eu du pain d'avoine, et s'est passé de bouillie de son vendue au coin des rues, aux lieux qu'on vendait < jadis les friandises de langues, caillettes et pieds de mouton ! £t n'a pas tenu à monsieur le l^t, et à l'ambassadeur Mendosse que n'ayons mangé les os de nos pères, comme font les sauvages de la nouvelle Espagne. Peut-on se souvenir de toutes ces choses, sans larmes et sans horreur ? et ceux qui en leur conscience savent bien qu'ils en sont cause , peuvent-ils en ouir parler sans rougir, et sans appréhender la punition que Dieu leur réserve pour tant de maux dont ils sont auteurs? mémement > quand ils se représenteront les images de tant de pauvres bourgeois, qu'ils ont vus par les rues tomber tout raides morts de faim; les petits enfants mourir à la mamelle de leurs mères allangouries, tirant pour néant ^et ne trouvant que sucer; les meilleurs habitants et les soldats marcher par la ville appuyés d'un bâton , pâles, faibles , plus blancs et plus ternis qu'images de pierre , ressemblant plus des fantômes * que des hommes, et l'inhumaine réponse d'aucuns s, même des ecclésiastiques qui les accusaient et menaçaient au lieu de les secourir ou consoler? Fut-il jamais barbarie ou cruauté pareille à celle que nous avons vue et endurée? Fut-il jamais tyrannie et domination pareille à celle que nous voyons et endurons?
(Satin Minippée )