‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 29 sur 127 · I9É EN · texte numérisé non relu

I9É EN

LEVAYER (François dk la Moths) , né à Paris, tirait son origine d'une famille du Mans, distinguée par le mérite et les emplois. Il fut, IttHnème, comme son père, substitut du procureur-général au parlement (le Paris. L^application quMl donna à Tétude des lois ne Tempécha pas de se livrer aux autres sciences. Nourri de la lecture des anciens , il n'y eut aucune nation connue dont il n*entreprit d*étudier le génie, les mceurs et les coutumes. Pour se livrer tout entier à ses études, il K démit des pesantes dignités de la magistrature* Il avait un rang si distingué parmi les savants qu'il fut admis à PAcadémie française en 1639. Le cardinal de Richelieu, qui connaissait son mérite , voulait qu'il fit l'éducation du dauphin , qui fut depuis Louis XIV ; mais la non de ce ministre lui fit perdre son protecteur le plus puissant L^abbé de Beaumont fut nommé précepteur du jeune roi. Levayer fut un peu plus tard chargé de Tinstruction du frère cadet de Louis XIV, depuis duc d'Orléans, néenl6&0.

Levayer a laissé un grand nombre d'ouvrages qui roulent tous sur des sujets d'histoire ou de philosophie pratique.

Il est mort en 1672, âgé de quatre-vingt-cinq ans.

De la modération d'esprit.

Tous les philosophes conviennent qu'il n'y a point de temps dé la vie qui nous doive être plus suspect que celui où toutes choses nous rient , et où il semble que nous soyons dans une [Kufaite tranquillité ; parce que la tempête n'est pas si ordinale après les grandes bonaces* de la mer, que les revers de fcAtune sont certains quand elle a pris longtemps plaisir à noDs caresser. Lorsque cette aveugle a retiré le bras, et qu'il semble qu'elle nous ait voulu , je ne dirai pas obliger, mais seulement éparçner, c'est alors qu'il faut être le plus sur ses

i* Calme, beau temps.

gardes , et tenir pour assuré qu'elle a dessein de nous tirer quelque coup dangereux. Mais à quoi est-ce nous réduire , si nous sommes obligés à» mus^ iaq^lor, même dans les plus grandes prospérités, par la crainte de Favenir? N'est-ce pas nous condamner à une eontmiii^e perplexité durant tout le cours de notre vie? En vérité, ce serait s'imposer de trop dures loi», se rendre malheiH^eiix de peur de le devenir, et pratiquer une phik)so{^îe dont les voies nous éloignerai^t de sa fin principale, qui ne peut être que notre félicité.

La raison doit modérer paisiblement nos défiajices; et, quoique nous prévoyions tous les mauvais tours.de la forûioe, convertir h netre usage ce qu'elle bous of&e d'agréaUe et é'i^e.

Présentent^t il ki&t que te sage soit disposé à tout; qu'il vole du même œil les faveurs et les disgrâces de la fortune ; qu'a se prête aux choses et qu'il ne s'y donne pas; enfin qjm^ dans tout ce qpi'il peut essuyer de bien et de mai » il CQQ$i»*¥e son âtme daas ime assiette égale et trai^[uilte :

Mqavua mémento rehus in arduis Serrarementem'*

C'est le souverain bien de l'homme que cette égalité d'humeur. Mais qui peut se flatter de se posséder toujours assez pour n'y point porter atteinte? qui peut se vanter de se maintenir toujours si supérieur aux choses qu'fl ne ravale ^ jamais son âme à ressentir leurs impressions? U faut se conduire de manière que nous prenions tout ce qu'une aventure a d'agréable , et que nous passions vite sur ce qu'elle peut nous offrir de disgracieux.

Divers auteurs parlent d'une montagne d'Afrique qu'il faut passer en sautant et en dansant, parce qu'autrement on ne manquerait pas d'être saisi de la fièvre, £n vérité, il en est de même de beaucoup de mauvais pas de la vie, où notre esprit succomberait sous le faix de l'adversité , s'il ne savait pas

1. Souviens-toi , dans les circon- galité de Tâme. HeiiA«B, Oies, H, 3. stances difficiles , de consenrer Té- 2. QuMl n^abaisse.

USfVAYBR. 23

s'étoQiâiiv s'taaivrer presque ée h réiaÎDisccttce d*itn plaisir passé, et se Hirr^ mBn à Feqi^^aBQ» flatteuse que se& œaia finirait bientôt.

Il est bcm ëe ^'af^liqu^ à tirer profit, v^&a seul^neot de ce que la fortune nous préseiKte à souffiir, mais même de ce qu'elle £adt endurer de fâcheux: aux autres^ £n quelque état que nous soy(»is« il est difiStik que nous ne voyions pas des persoimes plus mifceufeuses que nou6, et c'est sur celles-là que nous âe?otts jet^ le& yaix, pour y trouT^ de» raisons de nous consoler» plutii que sinr d'autres qui sont plmgées dans l'aiflaiice. Socrate est «issi grand par la ma* oière dont il a su si]^piarler les inîures et s'aecommoder à l'humeur aigre de sa Xantippe S que par tous les préceptes de phiesoidiie qu'il a donnés. Il est plus aisé de discouru* sur la modâraÂiim que d'être modéré et de se contenir, Qudqp'uii dit à Diogène qu'un autre se moquait de lui. « £t moi,. cËt-^il» je ne me tiens pas pour moqué. » Un homme moins philosophe s'en serait fâché.

Je ne sais qui était celui qui, sur le rapport de certains propos qu'on avait tenus de lui, repartit qu'il n'en savait point mauvais gré au détracteur, parce qu'il l'avait pris pour un autre, et qu'il n'était pas si fou de s'emporter pour une chose qui ne le regardait pas : Non in me dixit , sed iri eum quem me esseputabat ^.

Périclès fut surtout admirable pour la puissance que son âme sut toujours conserver sur ses sens. Il fut une fois persécuté tout un jour par un insolent qui le suivit jusqu'au soir en l'injuriant; arrivé chez lui, pour toute marque de ressentiment, il commanda qu'on prît un flambeau et qu'on reconduisît cet homme tranquillement à son logis.

Permettez qu'à cet exemple j'y joigne celui de deux homme» de notre siècle, qui peuvent être nommés après Périclès.

La Noue, aussi célèbre par ses actions que par ses Commen-

Page 1