LES CAFÉS
Les cafés à Paris sont devenus tellement nombreux depuis quelques années , on y a déployé un luxe si prodigieux , que la menuiserie n’est plus que la manière la plus simple qu’on emploie pour leur décoration.
Le bronze, les marbres, les stucs et la dorure, les glaces sur-tout et même le ferblanc moiré , en ont exilé les bois plus ou moins précieux dont se formaient autrefois leurs lambris. On n’a donc pas pu rapporter dans cette circonstance les plus beaux, ni les plus riches de la capitale, mais seulement ceux qui sont encore décorés à l’ancienne manière , c’est-à-dire de menuiserie ; on a tâché cependant de choisir ces exemples tels, qu’ils pussent donner une idée du bon style et du goût qu’on y voit régner habituellement.
Le premier est au Palais-Pioyal : c’est le café Lemblin, qui fut fait, il y a quelques années, sur les dessins de M. Alavoine, architecte. L’ordre est un corinthien trèsléger, dontlcs colonnes sont toutes engagées à moitié dans des glaces, de manière qu’elles semblent entières et isolées. Il y a, outre cela, de distance en distance des médaillons en camées blancs sur fond rouge, ornés avec élégance ; les moulures des corniches sont dorées sur lond blanc , et les piédestaux des petites colonnes sont garnis, dans l’intervalle qui les sépare, d’une grille qui défend les glaces. L’effet de ce café est brillant et gracieux , et tous les détails en sont bien ajustés et étudiés avec soin. Le plan est au bas, pour donner une idée de la disposition générale.
Le second, qu’on voit sur la même planche, n’est qu’un échantillon de décor. Le café auquel il appartient est au coin de la place du pont St. -Michel : les détails en
sont riches et de bon goût. Son principal ornement consiste dans de grandes glaces encadrées par des moulures dorées, avec des pilastres et quelques ornemens en relief, aussi peints et dorés. La frise du haut contient des masques avec des guix'landes, et la cornicfie principale est riche et garnie de modillons. Le tout pose sur un soubassement en bois, mais peint couleur de marbre. Le dessin suffira pour donner une idée de toutes ces parties.
Planche 5a.
Le café qui est en têLe de celte planche se compose de plusieurs piliers en quinconces , ainsi que l’indique le plan au-dessous. Chacun des carrés de ce quinconce est recouvert par un plafond, avec des retombées ornées de couronnes et de guirlandes dorées sur fond blanc. Les arabesques des piliers sont aussi en or, sur fond blanc, et ont une saillie de bas-relief. Toutes les portes du pourtour se répètent de la même manière, les unes en glace, et les autres réelles, donnent plusieurs entrées à ce café, qui est situé à l’angle de la rue des Fossés-Montmartre et de la place des Victoires. Au milieu est un poêle en forme de piédestal, qui porte une figure en marbre, d’une bonne sculpture, représentant un faune. Le sol étant plus élevé que celui de la rue, on y monte par des escaliers, mais qui ne gênent en rien la circulation.
L’autre est un café de la rue du Coq. Quoiqu’on n’en ait pas donné le plan, on sentira aisément par la coupe, qu’on entre d’abord dans une espèce de vestibule, où est le comptoir, que ce vestibule débouche par des arcs ou des piliers sur les salles adjacentes. Sa décoration est simple et modeste ; elle se compose de glaces et d’attributs en bas-reliefs de plâtre, sur un fond gris.
Planche 53.
Ce café, dont la disposition est convenable et théâtrale, est sur le boulevard St. -Martin. Par la coupe et le plan qu’on en a donné, on peut prendre une idée de sa distribution. Le rcz-dc-cliausséc est divisé par un quinconce de piliers, et porte une terrasse. Un escalier, placé au milieu , conduit à la salle principale , où est le comptoir. Sur le côte est une tabagie, qui n’a pas de communication avec le café proprement dit, mais qui a la jouissance de la terrasse recouverte par une banne. Au fond sont les salles de billards et autres dépendances. La décoration de ce café est très-simple, mais sa distribution est ingénieuse, et fait beaucoup d’effet, en ce que ceux qui passent sur le boulevard peuvent apercevoir le comptoir en entier et une partie de l’intérieur. L’escalier est couvert d’une toiture vitrée, qui s’ouvre ou se ferme à volonté, suivant les saisons.
Ce café est situé rue Neuve de Seine. Comme c’est un des plus complets et des plus réguliers, on l’a dessiné sous toutes ses faces, et on en a fait un plan, une coupe et une élévation. Les trois arcades de la façade se répètent dans l’intérieur, ainsi que dans les bouts, et le comptoir se trouve placé sous un de ces arcs porté sur des colonnes isolées. Tous les entre-deux des pilastres sont garnis de glaces ainsi que les parties ceintrées. Cette décoration est simple et élégante , et , quoique moins riche que beaucoup d’autres, elle peut servir de modèle.
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