‹ ModernitésChapitre 14 sur 65 · COQUINES · texte numérisé non relu

COQUINES

A Ch, Willette.

Avec des gestes de coquines Les petites femmes des bars Tersent aux snobs des boulevards Des poisons verts dans des chopines.

En jerseys collants, en basquines, Deux grands yeux fous, comme hagards, Souô des frisons d'or clair épars, Ce sont les sveltes arlequines

Des longs Pierrots en habit noir, Qu'avec des gestes de coquines Ces chattes blanches et taquines Attirent près de leur comptoir.

Leurs mains perversement câlines En servant ont d'heureux hasards Et leurs bouches rouges de fards Ont.des paroles si félines,

Qu'on est fou de ces libertines Qui, raillant dans le chaud boudoir L'entreteneur en habit noir.

Une fois seules, les coquines, S*entre-baisent en colombines, Les seins nus devant leur miroir.

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MONDAINS

Charmant, en habit rouge et le clair bas de soie Bien tiré, le vicomte, à sa glace attardé, Sourit et l'œil brillant, légèrement fardé, Tend sous le gilet blanc Tépais plastron qui ploie.

Héros, il met ce soir le Royal-Club en joie, Car Gom-Gom a trahi le secret demandé, Et chacun sait ici qu'au souper commandé Chez Bignon cette nuit, s'offrant vivante proie, La belle madame Erns, la femme du banquier, Pour lui plaire habillée en garçon pâtissier. Servira le dessert...

Un caprice du maître.

Et lui, qui sait la dame amoureuse à lier, Vient d'écrire au mari :

« Veuillez faire remettre « Cinq cents louis au porteur et gardez à souper « Cette nuit madame Erns, qui va se compromettre. »

Le pied nu sur le bord du tub, où gît l'éponge, Debout, son torse blanc drapé dans un peignoir, Gaston dllarbloy s'oublie à palper au fermoir L'écrin de sa maîtresse HoUy Rodays...

Il songe... »

Il songe qu'il en est à son dernier mensonge... Qu'il est fini, vidé, trop lâche pour vouloir Tenter encor la chance et que dans son ciel noir, Seul astre de sàlut, l'écrin tentant s'allonge.

Voleur!...

Elle, après tout, l'a-t-elle assez volé ?

Jeune, beau, riche et noble, et blond comme le blé, Cette femme a tout pris, santé, force et jeunesse.

La carte biseautée et le collier pipé Se valent en honneur et, jusqu'alors dupé, Il dupera, le drôle, à son tour la drôlesse ; Et l'écrin entr'ouvert roule à ses pieds...

« Trompé! »

MONDAINS 27

Et la belle, en entrant rose et poudrerisée, Sourit, et, le fixant de son regard mauvais, « Vendus! »

Et comme il tremble.

a Hé, oui, je le savais ! »

Dit-elle en ramassant la monture brisée.

a J'ai liquidé : tu sais, la ferme Saint-Gervaîs « OU nous avons passé l'été dans la rosée « Et lès foins? J*en ai fait l'achat, bien avisée, « Puisque, sans mon notaire, ami, tu me volais! »

Cette femme, il la hait, lourde, épaisse et commune, Le trompant avec tous, même avec son valet.

Son groom, et Fécrasant, lui, maigre et gringalet, De sa grosse beauté de forte flUe brune.

Il sait jusqu'au surnom: « le baron Clair-de-lune » Qu'elle lui décerne^ elle, à lui chétif et laid. Elle, dont la main rouge a tenu le balai ; Et cependant pour elle, il mange sa fortune.

C'est que, faible et trahi par un sang trop ancien. L'homme, en lui réputé don Juan et vaurien Dangereux aux maris et cher aux grandes dames, Sait qu'épuisé de vice il ne peut plus rien... rien! Malgré sa main fébrile et son regard de flammes; Et cette flUe aux bras épais, qui le sait bien. Lâchée, irait conter demain son cas aux femmes.

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