RAFFINÉE
Un beau soir, à Luchon, la grande tragédienne Eut ce caprice étrange et digne assurément D'une reine, d'offrir à quelqu'obscur amant De la rue une fête adorable et païenne.
« Je veux qu'un homme, un rustre, à jamais se souvienne
« De l'odeur de ma peau, de mon enlacement...
« Et garde de ma chair un éternel tourment,
« Comme un mortel, aimé jadis d'une Olympienne. »
Dit-elle, et de sa main savante et raffinée,
La séance d'amour fut bientôt combinée.
Un guide, un Toulousain au front stupide et doux Sous d'épais cheveux bruns, de noirs devenus roux Au grand soleil, l'avait conduite Tavant-veille Au Crabioul, un pic hautain, une merveille ; Et la dame, au-dessus du gouffre en entonnoir. Où le torrent d'enfer mugit, blanche fournaise D'écume, avait dans Tair, odorant de mélèze Et de pins, remarqué cette brute à l'œil noir. Le guide au rendez-vous fut amené le soir.