DILETTANTISME
A Georges Rochegrosse.
Un rouge chapeau Directoire, Dont Tombre avivait ses yeux bleus D'une adorable estompe noire, Encadrait l'or de ses cheveux;
Et de ses coudes nus d'ivoire Plaquant contre ses reins nerveux Un étroit mantelet de moire.
Doublé de surah couleur feux.
Elle avait l'air fine et câline Dans sa robe de mousseline D'une maîtresse à Talleyrand.
Elle était moderne et divine.
Et son long regard attirant Disait la femme qui raffine.
FLBURS DB BOUE 71
Assise au bord de la terrasse, Son un proûl au vent de mer, L*œil distrait, un griffon de race Blotti sur ses bas couleur chair^
Elle souriait un peu lasse, Avec un petit rire amer.
Aux boursiers entouran sa place.
Haut cravatés^ gantés de clair*
Son chien ayant r\)mpu sa laisse, Un matin, timide, implorant, De Taborder j'eus la faiblesse.
Mais elle, d*un ton de tyran,
« Le paradis n*a plus de pommes,
« Monsieur, je n'aime pas les hommes ! »
IDYLLE
Toutes les deux^ les mains errantes A la nuque ou dans les cheveux, Sous' leurs ombrelles éclairantes D'Andrinople à larges bords bleus,
Elles allaient, la taille prise Dans Tétroite blouse en foulard Sur la jupe de toile grise.
De Fécamp à Saiiit-Léonard.
Elles allaient dans une ferme Consoler un vieux désespoir, Une vieille amie avant terme Morte au monde et toujours en noir.
Les yeux gros de sommeil encore Et, sentant la fraîcheur de Teau, Leurs cheveux de chanvre et d'aurore Bien serrés sous leur grand chapeau^
IDYLLE
Elles gravissaient, côte à côte^ Dans Tair clair et bleu des matins, L'étroit raidillon de la côte Avec des rires argentins.
L'horizon des mers autour d^elle, Troué de vols de goélands, Nimbait d'éclairs et de coup d'ailes Leurs cous minces et lelirs fronts blancs.
Au milieu de la calme houle Des blés et des lins jaunissants, Dont Fombre murmurante roule Des fleurs et des odeurs d'encens.
Elles allaient dans la rosée, Et le velouté de leur chair, Dans le bleu du ciel enchâssée, Fleurissait au bord de la mer.
On arrivait à la masure.
Contre les vieux pommiers sans fleurs Chacune essuyait sa chaussure, Aux cris des diûdons querelleurs.
7é MODERNITÉS
On entrait. Auprès d*une table La vieille amie en cheveux blancs, Les yeux tristes, Tair respectable, Cousait avec des*doigts tremblants.
La joue usée aux lèvres fraîches S'offrait. Deux maternels baisers Effleuraient à peine les pêches Des fronts unis et reposés...
Puis de rhumble salle, embellie De lys dans des vases de grés, La vieille heureuse, recueillie, Leur faisait gravir les degrés.
Là c'étaient toujours des surprises De l'aïeule aux deux jeunes sœurs, C'étaient en juillet des cerises.
Des gâteaux poivrés, des douceurs.
C'était bourgeois, touchant, honnête.
Coppée aurait fait un sonnet Du verger, de la maisonnette, De la dame et de son bonnet.
IDYLLE 75
J'avais pris la douce habitude D'aller les attendre en chemin, Des pinceaux, une ancienne étude,..
L'ombre d*un prétexte à la main.
Assis au tournant des trois routes Dans rôpre et bonne odeur du foin.
J'épiais, le cœur aux écoutes, Leurs pas rythmés sonnant au loin.
L'attente était délicieuse :
Sous le ciel implacable et pur La campagne silencieuse Roulait ses vagues de blé mûr.
Mais cette attente était un crime Qu'un mot m'a fait payer bien cher.
Pourquoi l'azur est-il abîme, Pourquoi la fleur a-t-elle un ver?
Vautré parmi les épis grêles, Un matin, qu'invisible, heureux, J'écoutais mes deux tourterelles Passer au fond d'un chemin creux.
J'entendis (d'année en année, Ce qu'on entend vous rend songeur) La plus jeune dire à l'aînée, En l'étreignant d'un bras rageur :
— Ué, part à deux, mon petit homme, « Te voir, masser, c'est enrageant, « La vieille, à la fin nous assomme, a Elle en a trop pour son argent. »