‹ ModernitésChapitre 5 sur 65 · A LA LUTTE · texte numérisé non relu

A LA LUTTE

« A Cythère, à Lesbos, c'est la fête des fêtes Celle où d*un rêve impur les sens hallucinés Mêlent aux bruns lutteurs les blonds efféminés Et les jokeys d'un club au clan des bleus poètes.

Tribuns blasphémateurs, doux chanteurs d'odelettes, Dévotes de Sapho, rêveurs illuminés De Pathmos, grands seigneurs, marions et raffinés Font autour des tréteaux un océan de têtes.

Et le fifre fait rage et « Zim-Boum », la cymbale

Tonitrue, et la foule horrible et triomphale

Mêle au bruit des baisers l'aigre son des louis d'or.

« A la lutte, à la lutte, ohé, génie et gloire, a: Voici les fils publics et les montreurs de foire Et Paris proxénète est au fond du décor.

Modernité, Modernité!

A travers les cris, les huées Llmpudeur des prostituées Resplendit dans l'éternité.

Gomme autant de roses mousseuses, Les folles jupes des danseuses, Étoiles des ciels étoiles.

Ondoient, leurs crins d*or emmêlés Aux rousses perruques fantasques Des clowns au long rictus de masques, Dont les méplats enfarinés Ont un papillon sur le nez.

Modernité, Modernité!

Sous réclatant maillot de soie, Mettant les yeux de femme en joie, Les reins vigoureux des lutteurs Confondent leurs acres senteurs Avec les parfums de vanille, Montant des seins nus de la fille , Qui songe, accoudant au rebord Des loges son bras cerclé d*or.

Modernité, Modernité !

A travers les cris, les huées, Limpudeur des prostituées Resplendit dans Tétemité.

Triomphantes d'être enfin nues.

Surgissez, épaules connues Sous le blême et limpide éclair Des joyaux, et vous, fleurs de chair, Gonzesses aux gros chignons rouges, Qui dansez dans l'ombre des bouges Aux bras suants des gars nerveux, Éparpillez vos clairs cheveux;

Allumez le ciel qui s'enflamme.

Emplissez-le de chairs de femme, Soyez les astres et l'enfer Des firmaments des nuits d'hiver,

Et du coin de vos genoux roses, Montrés dans d'énervantes poses, Fouaillez du désir qui mord Le boucher et le ûls de lord.

Modernité, Modernité!

A travers les cris, les huées, Llmpudeur des prostituées Resplendit dans Tétemité.

Auprès de vos amants en blouses, Dont les copailles^ sont jalouses.

De Saint-Lazare aux abattoirs Fleurissez, roses des trottoirs, Et, filles de luxe ou faunesses, Marchandant ferme vos jeunesses Aux vieux, qu*a grisés votre odeur.

Enthousiasmez Paris rôdeur.

Modernité, Modernité!

Roulant de chutes en culbutes Des hauteurs de Montmartre aux Buttes Chaumont, où dorment les voyous.

Au rude vent de vos crins roux Faites tourner Taile squelette

* En argot, troisième sexe.

Du vieux moulin de la Galette, Tombeau de vos virginités ; Et, rieuses Modernités,

Sous vos rapides pirouettes Balayant, vagues silhouettes, Le groom en culotte de peau Et le vieux monsieur en chapeau Gris souris des Champs-Elysées, Le nez rose et poudrerisées, Passez, trombe et troupeau vainqueur, Sur le fumier de notre cœur.

Modernité, Modernité!

 travers les cris, les huées Limpudeur des prostituées Resplendit dans l'éternité.

MMMM^^MMM^

Page 1