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LES PRIX LITTÉRAIRES

J'ai réservé pour la fin le plus considérable de nos prix directs, le prix Née, accordé à l'auteur des Souvenirs Entomologiques, M. Jean-Henri Fabre. Ce n'est pas à lui qu'on pourrait reprocher d'indiscrètes sollicitations.

Dans son ermitage de Sérignan, où il poursuit une longue vie de travail, vie si modeste qu'en dépit de merveilleuses découvertes elle est demeurée longtemps obscure, M. Fabre ne pensait pas à l'Académie Française. Celle-ci a été d'autant plus heureuse de lui montrer qu'elle pensait à lui. Elle n'a certes pas la prétention de rien ajouter à la gloire, maintenant universellement reconnue, du savant naturaliste, de celui que Darwin nommait c l'observateur inimitable >, qui est à l'œuvre depuis presque un siècle, — il a quatre-vingt-sept ans, et sa vocation date de sa septième année, — admirable patience qui eût mérité d'inspirer à M. de Buffon sa définition du génie. Ce que l'Académie française se croit autorisée ï récompenser, c'est l'œuvre littéraire de l'homme qui, à cinquantesix ans, s'est mis en tête de nous raconter comment, durant tant d'années, tantôt dans son jardin brûlé du soleil, tantôt devant des laboratoires aussi ingénieux que rustiques, plus souvent par les champs et les routes de Provence, il a regardé vivre les insectes et a fini par surprendre les secrets les plus cachés de leur existence, qui nous a fait assister aux émotions de ses recherches, aux joies de ses découvertes, qui fait revivre devant nous les drames, les comédies, les romans, les épopées de ce monde minuscule et éphémère, et qui, pour nos délices, à nous autres profanes, a écrit ainsi dix volumes de Souvenirs.

A tous, fût-ce aux hommes qui se croient les moins curieux des i:hoses de l'histoire naturelle, je ne me lasserai pas de dire :

Lisez ces récits, vous en goûterez le charme, la bonhomie, la sim licite, la vie, vous vous passionnerez à cette science aimable qui se fa au jour le jour, dans les belles heures de l'été, « au chant des cigales », à cette science qui n'a rien de germanique, oh non ! qui est bien atine, virgilienne par moments, qui donne la main à la poésie, qui .est, enfin, si pénétrée d'amour qu'il semble, parfois, que de ces humbles souvenirs entomologiques, s'élève une strophe du Cantique des Créatures.

Paul THUREAU-DANGIN.

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