FÉTICHES ET FÉTICHEUR8, AU OABON
Fétiches et féticheurs sont deux mots qui reviennent à chaque instant à la bouche du Gabonais. Tout est fétiche pour lui. a Moondahy » le mot qui exprime cette idée, semble, comme le tabou des Taïtiens, être le fond de sa langue. Le petit ornement en griffes de tigre que ses femmes portent au cou est moondah ; moondah encore l'herbe élégante et finement découpée dont il a bien soin d'orner ses instruments de pêche avant de les jeter à l'eau ; moondah aussi le morceau de cervelle de léopard calcinée que le guerrier cache sous son pagne et qu'il caresse au moment du combat pour se donner du cœur. C'est là un grand fétiche; mais il y en a un autre plus puissant encore : c'est la cendre que produit la calcination des chairs ou des os d'un blanc; c'est un talisman infaillible à la guerre.
Mais ce ne sont là que des amulettes, des grigris. Les vrais dieux sont des représentations plus ou moins grotesques de la forme humaine. Ces idoles ont souvent la prétention de reproduire les traits de l'Européen, son nez aquilin, ses lèvres minces, son visage coloré. Est-ce une simple fantaisie? Est-ce une sorte d'hommage rendu à la supériorité de l'homme blanc? Je ne sais. En tout cas, il n'y a pas lieu, je crois, d'admettre l'opinion d'un voyageur du siècle dernier, qui, ayant fait la môme remarque au Congo et tenant compte du courant d'émigration qui attire vers la côte les peuples de l'intérieur, pensait que cette forme et cette couleur des idoles indiquaient peut-être l'existence d'une race blanche au centre du continent africain.
On voit quelquefois ces fétiches dans l'intérieur des habitations, surtout dans celles des chefs, où ils jouent le rôle tutélaire des dieux lares du paganisme; mais ce n'est pas l'ordinaire. Dans tout village, une petite case leur est spécialement affeclée, modeste temple où parfois l'adorateur ne saurait entrer qu'en rampant, mais qui, dans les grands villages, a des proportions plus en rapport avec l'importance des hôtes auxquels il est destiné. Les indigènes ne laissent pas volontiers les Européens visiter la case fétiche.
Griffon du Bellay, Le Gabon {Tour du Monde).
AFRIQUE CEMBO-AUSTtlAI.E.
LES OUANYAMOUtZI
Los Oiiaiiynmout'zi, proprié laires du sol, iotluslrieiix el actifs, onl sur feiifs voisins une supériorité léelle et roimcnt le type des hnbilanls de celle région. Leur peau, d'iia brua de sépia foncé a,
des t'filuves qui établissent leur parenté avec le nègre ; ils ont les rhcveux crépus, les divisent en nombreux tire-bouchons, cl les font retomber autour de la tête, comme les anciens Égypiiens ; leur barbe est courte et rare, et la plupart d'entre eux s'arrachent
les cils. D'une taille élevée, ils sont bien faits et leurs membres annoncent la vigueur; on ne voit de maigres, dans la tribu, que les adolescents, les affamés et les malades; enfin ils passent pour être braves et pour vivre longtemps. Leur marque nationale consiste en une double rangée de cicatrices linéaires, allant du bord externe des sourcils jusqu'au milieu des joues, et qui parfois descendent jusqu'à la mâchoire inférieure; chez quelques-uns, une troisième ligne part du sommet du front et s'arrête à la naissance du ne/. Ce tatouage est fait en noir chez les hommes, en bleu chez les femmes; quelques élégantes y ajoutent de petites raies perpendiculaires, placées au-dessous des yeux; toutes s'arrachent deux incisives de la mâchoire inférieure ; le sexe fort se contente d'enlever le coin des deux médianes supérieures. Hommes et femmes se distendent les oreilles par le poids des objets qu'ils y insèrent. Quant au costume, les riches ont des vêtements d'étoffe, les autres sont couverts de pelleteries. Les femmes à qui [eur fortune le permet portent la longue tunique de la côte, le plus souvent attachée à la taille; celles des classes pauvres ont sur la poitrine un plastron de cuir assoupli, et leur jupe, également en cuir, s'arrête au-dessus du genou; chez les jeunes filles, la poitrine est toujours découverte, et il est rare que les enfants ne soient pas entièrement nus. Des colliers nombreux, des fragments de coquillages, et des croissants d'ivoire d'hippopotame qui ornent la poitrine, des perles mi-parties, des grains de verre rouge enfilés dans la barbe (quand elle est assez longue pour cela), des anneaux d'airain massif, des bracelets de fil de laiton, de petites clochettes en fer, des étuis d'ivoire, forment les divers compléments de la toilette et sont quelquefois réunis chez les merveilleux. En voyage, on porte une corne à bouquin en bandoulière; au logis, un petit cornet la remplace et contient des talismans consacrés par le mgango.
Capitaine Hvnio^, Voyage aux grands lacs de C Afrique orientale.
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AFRIQl'E CENTRO-AUSTRALE. 273