LE CARACTÈRE FRANÇAIS (CITATIONS DIVERSES
Voyagez beaucoup et vous ne trouverez pas de peuple aussi -doux, aussi affable, aussi franc, aussi spirituel que le Français. Il s'affecte avec vivacité et promptitude, et quelquefois pour des choses frivoles, tandis que les objets impoi'tants le touchent peu ou n'excitent que sa plaisanterie. Le ridicule est son arme favo-
rite el la plus redoutable pour les autres et pour lui-même. Il passe rapidement du plaisir à la peine et de la peine au plaisir. Le même bonheur le fatigue : il s'engoue, mais il n'est ni intolérant ni enthousiaste. 11 a le tact exquis, le goût très-fin. Il est brave. Il est plutôt indiscret que confiant, el plus libertin que vohiptueut. La sociabilité qui le rassemble en cercles nombreux et qui le promène en un jour dans vingt cercles différents, use tout pour lui, en un clin d'œil, ouvrages, nouvelles, modes, vices, vertus. La France est la contrée où il est le plus facile de faire parler de soi et le plus difficile d'en faire parler longtemps. Le Français aime les talents en tous genres, et c'est moins pour les récompenses du gouvernement que par la considération populaire qu'ils se soutiennent dans son pays. Il honore le génie ; il est plus fait pour l'amusement que pour l'amitié. Il a des connaissances sans nombre, et souvent il meurt seul. C'est l'être de la Terre qui a le plus de jouissances et le moins de regrets. Le Français mûr, instruit et sage, qui a conservé les agréments de sa jeunesse, est l'homme aimable et estimable de tous les pays.
Raynal, Histoire philosophique.
Dans toutes les classes, en France, on sentie besoin de causer : la parole n'y est pas comme ailleurs un moyen de se communiquer ses idées, ses sentiments, ses affaires; mais c'est un instrument dont on aime à jouer et qui ranime les esprits, comme la musique chez quelques peuples.
M"« DE Staël.
Chez nous, toute partie de la population aspire à une fonction publique, pour en tirer vanité et pour en vivre commodément; c'est une fièvre endémique qu'on nommerait à bon droit le mal français. La belle éducation qu'à cet égard les pères donnent à leurs fils ne manque pas de porter ses fruits. A vingt-cinq ans l'aspirant fonctionnaire est vieux déjà de circonspection et de tactique. Il sonde prudemment le terrain sur lequel il marche ; il sait les hommes qui, de près ou de loin, levier ou échelon, peu-
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vent le servir ou le faire arriver. Il a étudié les mœurs des animaux qui vivent de leur chasse, et il a appris d'eux à ruser, patienter longtemps, à endurer beaucoup de choses. Il s'est fait à enfin à son usage personnel des axiomes de morale mitigée, ceux-ci notamment : « Se bien garder d'avoir quelque chose, un caractère, une conviction, un culte de l'ûme et des règles fixes, pour juger la conduite des hommes publics. — Tenir toujours pour certain que la bonne cause est celle qui a réussi. — Ignorer les pouvoirs déchus, les hommes tombés, et ne les renier que dans les cas pressants. » Les jeunes gens de cette école ont les plus belles chances d'avenir.
Hyacinthe Corne.
Peuple de beaux instincts, mais de peu de moralité politique, toujours enivré de lui-même, enivrant les autres peuples de son génie et de son exemple ; mais ne tenant pas plus à ses vérités qu'à ses rêves, et créé pour lancer le monde plutôt que pour lo diriger vers le bien.
Lamartine.
C'est le seul peuple dont les mœurs peuvent se dépraver sans que le fond du cœur se corrompe ni que le courage s'altère; il allie les qualités héroïques avec le plaisir, le luxe et la mollesse ; ses vertus ont peu de consistance, ses vices n'ont point de racines.