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ZÉLANDE ET ZÉLANDAIS

En Zélande, le costume, les mœurs, tout cela est discipline et réglementé.

Dès que les enfants savent courir, ils sont vêtus comme le père et la mère.

Le costume des fillettes ressemble à celui de leurs mères dans les plus petits détails. Les galons de fil roide {siijve langetten); le petit bonnet, la forme et Tétofle du corsage, Icf tablier et les jupons ; les bas, les souliers de velours à boucles d'argent ou argentées ; la plaque ciselée placée sur le front (Iwofdnaald), les pendants d'oreilles accrochés à des tire-bouchons dorés {krullenne-bellekens) ^ le collier de corail ou de grenat à fermoir d'or, tout enfin est semblable.

Les paysans portent les cheveux longs sur la nuque, un peu plus bas que les oreilles, et formant au-dessus du collet du vêtement un demi-cercle parfaitement horizontal. Les cheveux retombant sur le front sont coupés avec la même régularité à un ou deux centimètres au-dessus des sourcils. Les paysans sont très-attachés à leurs longs cheveux, signe de liberté. Ils ont sans doute de ce fait un vague souvenir. La perte de ses longs cheveux est pour le conscrit le premier signe de la « servitude militaire ».

La mode n'exerce aucune influence sur leur costume. Les prêtres catholiques essayent toutefois de faire abandonner par les paysans leurs pourpoints aux couleurs éclatantes; les dominés protestants ouvrent la même campagne contre les vingt boutons î\ filigrane d'argent. De leur côté, les filles laissent croître leurs cheveux au bord de leur coiffe, au haut du front, et se moquent de l'offensante et grossière qualification donnée aux boucles brunes ou blondes qui osent se montrer au grand jour.

Ces insurgées préparent une révolution dans le costume, en attendant qu'elle se produise dans les mœurs.

Nous sommes loin du temps où des prêtres calvinistes montaient en chaire avec des ciseaux et des rasoirs, en menaçant de tailler ou de raser les moustaches des hommes et la chevelure des femmes.

Les filles de la bourgeoisie portent les cheveux tombant sur le dos; les dames montrent leur chevelure quand elles en ont, ou empruntent celle qu'elles n'ont pas. Certaines filles du peuple, les dimanches notamment, n'osent pas montrer toute leur chevelure, mais, désobéissantes aux rigoureuses prescriptions du calvinisme, laissent, comme les paysannes, se montrer au bord de la coiffe, au-dessus du front, des boucles révolutionnaires.

Le paysan tient fortement à ses usages ; il faudra vingt-cinq ou cinquante ans pour modifier son costume, et un siècle au moins pour transformer ses mœurs.

Charles de Coster, la Zélande (Tour du monde).

i08 L'EUROPE ET LES EUROPÉENS.

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