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LES ALLEMANDS ET LE CARACTÈRE OERMANIQUE (CITATIONS DIVERSES

Pour bien comprendi^e le génie allemand, il faut parcourir les sentiers des antiques forêts, analyser les jeux de la lumière et de l'ombre réparties sans ordre et sans gradation, coupant des perspectives bornées et étroites, donnante un objet restreint un éclat qui contraste avec l'obscurité voisine. Il faut, sous les arbres séculaires, écouter les sons répercutés par mille échos, se divisant et mourant dans les taillis, changés en frissonnements dans les feuilles du tremble, en soupirs dans les rameaux de sapin, en murmures harmonieux dans les ruisselets qui courent eolre une double rangée d'iris et de salicaires. Il faut encore respirer l'acre parfum des feuilles tombées ou l'arôme enivrant des merisiers en fleur. Alors on comprend le culte de la nature et l'espèce de druidisme qui se maintiennent dans la littérature allemande ; on comprend la passion de Gœthe pour l'histoire naturelle ; on entrevoit une signification aupoëme de Faust; on s'imprègne de mélancolie, on devient ami de ce qui est doux, triste, mystérieux, fantastique, irrégulier et original.

Ainsi rapproché de la nature, l'Allemand est naïf et primitif; il a rintuilion de l'enfance des choses. Il sait remonter au passé et retrouver les premiers âges; il n'a pas la prescience de l'avenir, il résiste au progrès. S'il marche vers l'égalité et vers l'unité, c'est sous l'impulsion de l'idéal des Latins. En lui se trouve une résistance qui tient à sa nature patiente et froide. Ses actes s'opèrent avec lenteur. Sa langue est à peine formée ; sa littérature, débordant d'imagination, manque d'élégance et de pureté : elle n'est pas mûre pour la prose, elle ne sait pas faire un livre.

Les arls plastiques de l'Allemagne possèdent aussi la naïveté et la variété, fruits de l'imagination; mais ils ignorent la proportion, la pureté du style et l'élégance ; ils ne savent coordonner ni les lignes ni les couleurs; souvent ils tournent au grotesque ou sont imprégnés de lourdeur et de pédanterie ; on sent qu'ils ne procèdent pas des fils du soleil.

Les Allemands ont une oreille merveilleuse pour apprécier les sons et traduire en mélodies les mouvements fugitifs de l'âme.

Celui qui possède une constitution forte et tenace doit à ses moyens d'action l'énergie et la volonté. Ses projets ne sont pas conçus à la légère ; ils ne sont pas abandonnés sans de graves motifs ; ils sont souvent poursuivis à travers mille obstacles. De là cette activité patiente et continue de l'Allemagne, qui réussit dans toutes les industries, malgré son morcellement et les empêchements résultant de sa constitution politique.

Où les hommes sont laborieux, patients et économes, on doit s'attendre à voir la famille s'organiser et prendre son influence décisive sur les mœurs nationales.

h"^ Clavel, Les races humaines et leur part dans la civilisation.

Il est fecile de porter un jugement sévère sur un peuple, quel qu'il soit, quand on l'étudié dans ses relations d'intérêts, dans ses passions et ses plaisirs; mais il est plus équitable de le juger en prenant comme types du caractèi'e national les hommes qui savent échapper à la médiocrité du milieu pour développer leur force native et révéler en eux les vertus restées latentes chez leurs voisins. Il est certain qu'en se plaçant à ce point de vue, on doit accorder au peuple allemand un sens profond de la nature, un rare instinct poétique, une grande force de volonté, une singulière persévérance, un dévouement naïf et sincère à la cause embrassée. Mais il se laisse facilement entraîner vers les extrêmes ; son amour peutsechangerenmysticisme,lesentimentdevenirchez lui sensiblerie, la politesse se transformer en règles d'étiquette, la

joie de vivre dégénérer en arrogance, la colère s'amasser en fureur, le ressentiment se perpétuer en rancune. Avec toute sa volonté, sa ténacité, sa force, l'Allemand a moins de personnalité que le Français, l'Italien ou l'Anglais ; il se laisse plus facilement influencer par les mouvements d'opinion et les alternatives dès événements; il aime à se mouvoir par grandes masses, il se plaît à suivre la méthode, même dans les folies, et la discipline lui est facile. En aucun pays du monde le devoir n'est aussi fréquemment confondu avec la consigne.

Elisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle.

Depuis quarante années, les Allemands ont ce que j'appellerais la maladie du « cosmos ». Ils veulent tout expliquer, à commencer par l'inexplicable ; tout comprendre, même l'incompréhensible ; tout saisir, tout étreindre,même l'infini. Chaque année, il se publie à Leipzig douze histoires universelles, quand la France n'en a pas encore, et vingt traités ontologiques, lorsque nous n'en écrivons plus. Ils vous rendent compte de Dieu, de la création et de l'âme, de l'absolu, de l'être et du devenir, sans plus hésiter que si tout cela ils l'avaient vu et touché, pesé dans leurs balances, soumis au scalpel et au microscope. C'est une très-noble tendance, mais fort téméraire et du reste sans grandes conséquences. Qu'y a gagné l'Allemagne? Une mêlée furieuse de systèmes qui, semblables aux vases de terre de Gédéon et de ses trois cents braves, se sont heurtés et brisés les uns contre les autres, avec celte différence que la lumière n'élait pas au fond et n'a point jailli pour éclairer le monde.

Les peintres allemands sont aussi atteints de ce mal du a cosmos ». Leurs tableaux sont bien plus chargés d'idées que de couleurs. A force d'analyser un sujet, ils l'épuisent. Ils ne mettent pas plus de perspective dans leur pensée qu'il n'y en a quelquefois dans leur dessin. Ils n'ont ni des idées ni des scènes de premier, de second et de troisième plan. L'unité manque comme la clarté, et regarder ces tableaux est rarement un plaisir, parce que c'est

toujours une étude laborieuse. Voulant peindre des abstractions, il leur faut recourir aux symboles, et ils reprennent dans l'art ce que nous sommes si heureux d'avoir chassé de la poésie, l'allégorie, toujours si froide.

Avec la philosophie, l'érudition, ces artistes ont une science désespérante : leurs tableaux sont d'excellents manuels d'archéologie.

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