FONCIER
{Ces deux personnages entrent dans f enceinte de la Bourse par les deux grilles opposées et se di- ^ rigent vers Fescalier avec une certaine vivacité. Ils paraissent préoccupés l*un et Vautre. )
LE GEiDii: NOBiLiBi^, à part.
PI9S qae jamais je persiste dans mon sentiment : j'ai besoin d'une affaire? Où trouver une affaire?
LB GBIÎDIT FONGIBR, à part.
J'y ai bien réflédii et c'est Hion dernier mot : il fiittt que je me renforce 1 il fa«t que je me renforce I ( Ils gravissent 1$$ marchés en déerivant un angk qui doit les mettre nécessairement en contact. Au sommet du perron , ils se rencontrent. ) LU GRBDiT MOBILIER y s*arrétant»
Tiens , c'est vous? Vous ici !
LE CRÉDIT voHGiER, Vimitont.
Gomme vous voyesl Et vous donc?
lli LES DEUX CRÉDITS.
LE CRÉDIT MOBILIER
{A part.) fortune y voilà ma combinaison!
(Haut. ) Enchanté de vous voir.
LE CRÉDIT FONCIER
(A part.) Dieu de hasard « voici mon homme!
(Haut. ) Enchanté aussi.
LE CRÉDIT MOBILIER
( A part. ) Rompons les chiens d'abord ; il ferait le renchéri. (Haut.) Quel rude temps! Brrrrrl
LE CRÉDIT FONCIER
(A part.) Ne nous livrons pas; il serait intraitable. {Haut. ) Très-rude 1 Brrrrr I
LE CRÉDIT HOBiLERy gaiement.
Eh I eh ! il me semble que je vous ai vu ailleurs qu*ici et sous un autre équipement. C'était le temps des beaux discours , et comme vous parliez alors de la Pologne ! Belle cause 1 c'est dommage qu'elle ait fait le plongeon 1
LE CRÉDIT FONCIER
(Sombre jusqu'aux larmes.) Ne m'en parlez pas ; elle a mon cœur pour tombeau. ( D\n ton enjoué.) Mais, vous, non plus, vous n'avez pas toujours porté ce costume? Je vous ai connu sous
l'habit bleu-barbeau des saint-simoniens ! Charmant négligé I En contiez-vous alors des drôleries ! Doctrine aimable , ma foi ! C'est dommage qu'elle ait coulé si promptement I
LE CRÉDIT MOBILIER
A qui le dites-vous I Mous vivons dans un temps où rien ne dure i L'essentiel est de saisir les choses à leur heure et de les lâcher à propos ! Vous n'êtes point étranger à cet art.
LE CRÉDIT FONCIER
(Haut,) C'est me flatter : un maître comme vous! [A part.) Décidément il n*est pas à ce qu'il me dit ; son esprit bat la campagne.
LE CREDIT MOBILIER
[A part.) Il me tâte, c'est évident! Où veut-il en venir ? Comme son œil plonge par-dessus ses lunettes !
[Un moment de silence où ils s'observent avec opiniâtreté. Enfin , quand ils se sont bien mesurés et reconnus de force égale , ils s*abando7inent à un de ces rires que les augures devaient échanger en se rencontrant.)
LE CRÉDIT MOBILIER
Allons , voyons, accouchez, Polonais.
tu i£S DEUX CRÉDITS.
LB CRÉDIT FONCIBE.
Et VOUS donc, saint-simonien?
LB CRÉDIT XOBILIBR«
Peste 1 rien ne sert d'y mettre de la finesse avec vousl
LB CRÉDIT FONCIBR*
Pas plus qu'avec vous ; c'est du temps perdu.
LB CRÉDIT MOBILIER
Mieux vaut aller rondement, n'est-ce pas?
LE CRÉDIT FONCIER
Comme vous dites, rondement : marchez.
LE CRÉDIT MOBILIER
£h bien! en deux mots, j'ai besoin d'une affaire, d'une grande affaire.
LE CRÉDIT FONCIER
Je Tai. Et moi, j'ai besoin d'un bomme fort, très-fort, d'un homme en crédit.
LE CRÉDIT MOBILIER
Je suis cet homme et disposé à vous servir.
Quelle est votre affaire?
LE CRÉDIT FONCIER
Cent millions d'Obligations.