‹ Moeurs et portraits du tempsChapitre 26 sur 80 · FONCIER · texte numérisé non relu

FONCIER

{Ces deux personnages entrent dans f enceinte de la Bourse par les deux grilles opposées et se di- ^ rigent vers Fescalier avec une certaine vivacité. Ils paraissent préoccupés l*un et Vautre. )

LE GEiDii: NOBiLiBi^, à part.

PI9S qae jamais je persiste dans mon sentiment : j'ai besoin d'une affaire? Où trouver une affaire?

LB GBIÎDIT FONGIBR, à part.

J'y ai bien réflédii et c'est Hion dernier mot : il fiittt que je me renforce 1 il fa«t que je me renforce I ( Ils gravissent 1$$ marchés en déerivant un angk qui doit les mettre nécessairement en contact. Au sommet du perron , ils se rencontrent. ) LU GRBDiT MOBILIER y s*arrétant»

Tiens , c'est vous? Vous ici !

LE CRÉDIT voHGiER, Vimitont.

Gomme vous voyesl Et vous donc?

lli LES DEUX CRÉDITS.

LE CRÉDIT MOBILIER

{A part.) fortune y voilà ma combinaison!

(Haut. ) Enchanté de vous voir.

LE CRÉDIT FONCIER

(A part.) Dieu de hasard « voici mon homme!

(Haut. ) Enchanté aussi.

LE CRÉDIT MOBILIER

( A part. ) Rompons les chiens d'abord ; il ferait le renchéri. (Haut.) Quel rude temps! Brrrrrl

LE CRÉDIT FONCIER

(A part.) Ne nous livrons pas; il serait intraitable. {Haut. ) Très-rude 1 Brrrrr I

LE CRÉDIT HOBiLERy gaiement.

Eh I eh ! il me semble que je vous ai vu ailleurs qu*ici et sous un autre équipement. C'était le temps des beaux discours , et comme vous parliez alors de la Pologne ! Belle cause 1 c'est dommage qu'elle ait fait le plongeon 1

LE CRÉDIT FONCIER

(Sombre jusqu'aux larmes.) Ne m'en parlez pas ; elle a mon cœur pour tombeau. ( D\n ton enjoué.) Mais, vous, non plus, vous n'avez pas toujours porté ce costume? Je vous ai connu sous

l'habit bleu-barbeau des saint-simoniens ! Charmant négligé I En contiez-vous alors des drôleries ! Doctrine aimable , ma foi ! C'est dommage qu'elle ait coulé si promptement I

LE CRÉDIT MOBILIER

A qui le dites-vous I Mous vivons dans un temps où rien ne dure i L'essentiel est de saisir les choses à leur heure et de les lâcher à propos ! Vous n'êtes point étranger à cet art.

LE CRÉDIT FONCIER

(Haut,) C'est me flatter : un maître comme vous! [A part.) Décidément il n*est pas à ce qu'il me dit ; son esprit bat la campagne.

LE CREDIT MOBILIER

[A part.) Il me tâte, c'est évident! Où veut-il en venir ? Comme son œil plonge par-dessus ses lunettes !

[Un moment de silence où ils s'observent avec opiniâtreté. Enfin , quand ils se sont bien mesurés et reconnus de force égale , ils s*abando7inent à un de ces rires que les augures devaient échanger en se rencontrant.)

LE CRÉDIT MOBILIER

Allons , voyons, accouchez, Polonais.

tu i£S DEUX CRÉDITS.

LB CRÉDIT FONCIBE.

Et VOUS donc, saint-simonien?

LB CRÉDIT XOBILIBR«

Peste 1 rien ne sert d'y mettre de la finesse avec vousl

LB CRÉDIT FONCIBR*

Pas plus qu'avec vous ; c'est du temps perdu.

LB CRÉDIT MOBILIER

Mieux vaut aller rondement, n'est-ce pas?

LE CRÉDIT FONCIER

Comme vous dites, rondement : marchez.

LE CRÉDIT MOBILIER

£h bien! en deux mots, j'ai besoin d'une affaire, d'une grande affaire.

LE CRÉDIT FONCIER

Je Tai. Et moi, j'ai besoin d'un bomme fort, très-fort, d'un homme en crédit.

LE CRÉDIT MOBILIER

Je suis cet homme et disposé à vous servir.

Quelle est votre affaire?

LE CRÉDIT FONCIER

Cent millions d'Obligations.

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