LE COMMIS
 peu près tous, Monsieur; on en est aux derniers envois.
LE CRÉDIT MOBILIER
C*est bien, et continuez à suivre mes instructions; disséminez et éloignez les titres. Envoyezen dans toute T Europe, en Amérique aussi : il
est bon d*avoir les distances pour soi. Que Paris se dégage, voilà i^essentiel : autrement nous serions envahis dès le premier jour ; il y a tant de gens qui ne peuvent pas attendre !
( Les commis continuent leur travail et le Crédit Mobilier s'isole de nouveau de ce bruit pour s*éiever à une méditation générale et à une vue d'ensemble,)
LE CRÉDIT MOBILIER, à part.
C'est demain! Demain? Il me semble que j'y suis déjèl Au fait, on peut dire que c^est comme si j'y étais! Tout n*est-il pas prévu, réglé, arrêté? Est-ce que d'avance je ne sais pas comment les choses se passeront? Des capitaines d'aventure peuvent laisser quelque prise au hasard; mais nous? Nous, jamais! [Avec une pointe d'ironie.) Le hasard, voilà un mot dont on a singulièrement abusé. Un événement imprévu , une révolution, une guerre, passe, c'est du liasard, je l'admets , et nous y sommes tous sujets , petits ou grands, comme à la mort; mais, hors de là, le hasard est un esclave qui doit travailler au profit de ses maîtres, et, s'il résiste, être rudement
châtié. Ainsi mené, il marche. (Sur un (on moins philosophique.) Ah! çà, voyons, n'y manque-t-ii rien? Sommes-nous bien armés, bien cuirassés? Si on allait faire une trouée dans notre corps de bataille? Non, non, impossible : les dispositions sont trop savantes pour cela; elles défient les ennemis et les amis. Tantôt encore j'ai vérifié les souches; beaucoup de titres au loin, d'autres ici en bonnes mains, quelques-uns distribués à l'aventure, c'est la part du feu. Ainsi, au comptant, rien à craindre, et en forçant les livraisons le jeu est maîtrisé. Que reste-t-il? Quelques étourneaux, quelques- besogneux, soit; ils se hâteront de vendre et la hausse se fera par eux et à peu de frais. Nous sommes là, nos agents aussi. Confiance donc, et en avant : nous irons aux nues et même plus haut. Déjà, à la Bourse, il y a eu un mouvement pour nous; on nous y demande, quoique nous n'eiistions pas; c'est une simple effervescence aujourd'hui, demain ce sera une
révolution
( Un grand bruit se fait entendre à la porte du
cabinet; des voix confuses s' élève ni ^ er, dans
5i LES DEUX CRÉDITS.
le nombre, celles des employés, gui semblent opposer une vigoureuse résistance. )