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LA ORANDB ATBNTURB DB BABT
Le jour suivant, Tofflcier du Star se promit, à son petit lever, que le soleil ne se coucherait pas sans qu*il eût pénétré le secret du jardin et complété sa mystérieuse découverte. L'idée lui en
souriait, on le voyait à ses allures. Il foulait la terre d'un pied plus fier, et portait sa tête avec plus d'aplomb; toute sa personne respirait des airs de conquéte/empruntés aux meilleures traditions. Quand vint le moment de sa toilette , il s*y montra d'une exigence à lasser le valet de chambre le plus patient. Rien n'était assez raffiné, assez recherché pour lui ; les parfums étaient trop grossiers, les essences trop vulgaires; le peigne, à l'entendre, ne tirait pas de ses cheveux tout le parti qu'il aurait pu en tirer, et les cosmétiques n'adoucissaient pas suffisamment les ardentes couleurs de son visage. Assurément la nature avait beaucoup fait pour lui ; mais il voulait que l'art y ajoutât ses ressources. A tout prix il fallait réussir.
Quand il s'agit du choix d'un costume, cette préoccupation s'éleva au plus haut degré. 11 ne trouvait rien à son gré, rien d'assez beau, d'assez riche ^ d'assez éblouissant ; ses gens de service en perdaient la tète. On alla chercher, dans la garderobe de David , ce qu'il y avait de mieux en fait de coupe et d'étoffes ; cela ne suffit pas. Il fallut mettre en réquisition le tailleur de la cour, qui fournit
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enfin quelque chose de convenable et d'un goût entièrement nouveau. C'était un vêtement qu1l venait de composer pour un jeune et magnifique seigneur, lequel ne voulait rien porter comme les autrès, et quittait une mode dès qu*il la voyait adopter autour de lui. Le fond de la robe était aurore, lamé d'argent ; Vécrevisse, brodée au plumetis, se composait d*un mélange d*or et de soie du plus merveilleux effet : jamais la forme et la àiatière n'avaient été mieux combinées. Si difficile que Mt Baby, il se rendit au premier coup d'œil; ses hésitations cessèrent; il prit le costume aurore, avec l'assortiment. Là-dessous il avait un éclat exltraor* dinaire ; le soleil dut en être jaloux.
Pour que rien ne vînt contrarier l'exécution de ses desseins, Baby avait pris toutes les précautions imaginables. Au dehors il avait fait annoncer que ce jour-là il ne sortirait pas, et à l'intérieur il avait donné l'ordre de ne laisser pénétrer personne jusqu'à lui. II voulait être seul, avait-il dit, fibre, solitaire, afin de se recueillir et de se livrer pendant vingt-quatre heures à la méditation. Les consignes comprenaient tout le monde, les grands personna-
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ges comme le gros des curieux , les fournisseurs, les gens de service et jusqu'à David. Point d'importun, à quelque titre que ce pût être. Quand il se fut ainsi retranché dans son pavillon , Baby attendit l'heure propice, celle qu'une forme de langage attribue aux bergers, et qui n'est pas l'apanage exclusif de cette classe de citoyens. L'heure propice, c'était midi : par suite d'un usage , commun aux pays chauds , il se faisait alors une sorte de trêve dans le travail de la journée ; maîtres et gens goûtaient un peu de repos et se dérobaient ainsi aux ardeurs de la saison.
Dès que le soleil eut touché au méridien , Baby prêta l'oreille ; les bruits du dehors, ceux du dedans, s'éteignirent peu à peu ; la ville tomba dans l'assoupissement. Cependant il ne quitta son pavillon qu'avec une précaution extrême , examina de tous cAtéss'il ne restait pas du monde sur pied , et ne s'engagea dans le jardin qu'après s'être assuré qu'aucun œil indiscret ne l'avait aperçu. Une fois sous la feuillée, il choisit de préférence les endroits les plus écartés, les labyrinthes les plus touffus, les fourrés les plus épais , afln de dérober sa marche à
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toute espèce d'investigations. Un criminel n*y eât pas mis plus de soin , ni apporté plus de prudence. C'est que Baby était déjà criminel dans le fond de rame ; c'est que d'avance il s'était promis, dans les élans d'une passion déréglée, de pousser les choses jusqu'au bout, dût-il violer ce qu'il y a de plus digne de respect ici-bas, les devoirs de l'hospitalité.
Le but de ses recherches était cet asile retiré qu'il avait aperçu une première fois. Pour le retrouver, il s'aida des observations et des indices gravés dans sa mémoire ; la forme d'un arbre, d'une pièce d'eau, d'une statue, la qualité des essences, leur port, leur hauteur, les perspectives qui y étaient ménagées, enfin les détails qui frappent et dont l'œil se ressouvient. Faut-il le dire? La science de Baby se trouva en défaut; il n'avait pas assez calculé les effets de lumière. Vus de jour, les objets n'avaient ni les mêmes teintes, ni les mêmes dimensions; ils changeaient d'aspect et de rapports entre eux ; ils étaient tout autres. Par moments, notre héros se sentait mattre du terrain , il se reconnaissait à de certains signes; mais, quelques pas plus loin , il retombait dans le doute et les ta-
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toiinements. Cette poursuite se prolongea au milieu de ces alternatives de clarté et d'ombre , sans qu'aucun résultat positif vint récompenser un effort si soutenu. Tout ce que Baby y gagna , ce fut de compromettre plus d'une fois son costume aurore en l'exposant aux outrages des arbustes épineux.
Il est inutile de le dissimuler, les flammes de notre héros s'étaient singulièrement amorties dans cette première déconvenue; il en était arrivé à cette période de découragement qui suit un échec caractérisé. Tant de^ frais pour rien I cette pensée le navrait. Une toilette si irrésistible I un vêtement si glorieux! Mais qu'y faire? La fatalité s'en mêlait. Assis sur un banc de gazon , il en était à se remettre de cette course effarée et songeait même à battre en retraite vers son pavillon, afin d'y goûter un repos dont il avait grand besoin , lorsqu'une circonstance imprévue rendit à son cœur un peu d'espoir et à son corps quelque vigueur. Des sons d'une pureté et d'une douceur extrêmes venaient de frapper l'air ; il prêta l'oreille .-.c'était une voix humaine qu'accompagnait un instrument; l'instru-
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ment et la voix se mariaient si Uien qu'à peine pouvait-on distinguer Tun de l'autre. Ce que c'est que les impressions I et qu'il faut peu de chose pour les transformer! Le ciel se fût ouvert devant Baby, qu'il n'eût pas éprouvé une joie plus grande; il lui semblait renaître ; il respirait avec plus d'aisance, et envoyait un sourire reconnaissant aux objets dont il était environné.
Ce sentiment fut si vif, que notre héros demeura quelque temps immobile afin d'en mieux jouir; il avait peur qu'au moindre bruit le chant ne cessât , et ne le laiss&t de nouveau livré à lui-même. Enfin la curiosité reprit le dessus; il se leva pour aller du cûté de la voix , en retenant son souffle et amortissant le bruR de ses pas. A l'aide d'un sentier sinueux et en gardant l'abri du feuillage « il parvint à un point du parc d'où il pouvait découvrir l'apparition. Ses pr^sentiments ne l'avaient pas trompé : c'était une femme ; elle reposait sur un hamac en fil d'aloôs, ayant dans ses mains un instrument qui, par sa forme, rappelait l'accordéon, et s'en servant pour accompagner le chant le plus doux et le |4us mélancolique du monde.
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Vêtue de mousseline blanche, elle ressemblait à une colombe dans son nid; des fleurs naturelles sortaient de ses cheveux comme d'une corbeille et se répandaient autour d'elle en grappes de mille couleurs.
A cette vue, Baby resta plongé dans une longue extase ; il croyait rêver.
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LIS TiMiRITiS D'UM OFFIGIBR DB MARIH
L'endroit où reposait cette fenune était des plus discrets et des plus riants que Ton pût voir. On y avait réuni à dessein toute une collection de plantes grimpantes, lierres, chèvrefeuilles, liserons, vignes vierges , lianes d'Amérique , qui s'y enlaçaient et mariaient au hasard , et prenant pour support les branches et les troncs des arbres , élevaient dans les airs et à une grande hauteur, un dôme épais de verdure. A dessein , aucune gêne n'avait été imposée à Fessor de ces tiges; elles s'étaient développées librement , et sans que la main
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de l'homme leur imprimât une direction. De là un aspect irrégulier et sauvage qui ajoutait au charme du décor; les lianes surtout s*en allaient follement dans l'espace, décrivant mille courbes de l'effet le plus hardi, des festons , des spirales , des ellipses, ou bien descendant en longues touffes , semblables à une chevelure dénouée , et qui se balançaient mollement au gré de la brise.
C'est à Tombre de ce feuillage vigoureux et sous ces tentures d'un vçrt d'émeraude qu'était suspendu le 'hamac. Quelques bancs rustiques dessinaient une enceinte h demi envahie par les liserons, el dans la perspective régnait une volière où les oiseaux les plus rares étalaient leurs plumages éclatants. Aucun site ne pouvait être mieux assorti à la physionomie de celle qui en semblait être la reine. H y avait sur ses traits quelque chose de mutin et de Ger qui se mettait en harmonie avec cette nature agreste; ses yeux de jais, ses sourcils arqués, son visage d'un teint mat et d'un ovale parfait, ses lèvres où la grâce s'alliait au dédain, tout en faisait une de ces créatures piquantes qui captivent et tourmentent les cœurs, et les font
passer, à leur gré , par toutes les ivresses et toutes les angoisses.
Au moment où Baby arriva à l'endroit d*oà il pouvait la découvrir , cette femme avait dégagé un de ses pieds, et prenant la terre pour point d'appui, elle imprimait à son hamac un petit balancement semblable à celui d'un berceau. Se croyant seule , elle n'avait pas songé aux perfections que ce mou^ vement pouvait trahir, et sa jambe était livrée sans défense aux yeux indiscrets. Cette circonstance déjoua les combinaisons de Baby ; son admiration ne put se contenir, et un bruit de feuilles dénonça sa présence. En vain reprit-il une immobilité complète ; c'en était fait, on l'avait apperçu. Non, rien ne saurait rendre l'expression de colère et de dépit qui éclata alors sur le visage de la beauté surprise. Diane à la vue d'Actéon ne dut pas prendre des airs plus courroucés, ni jeter sur le coupable un regard plus foudroyant. Et cependant la déesse avait livré à cet infortuné chasseur de bien autres secrets que ceux de sa jambe. Il est vrai qu'en mythologie ces préjugés ne sont pas sérieux, et qu'il faut toujours y faire la part de la fable.
Mais, chez la dame au hamac , l'indigoation fat de bon aloi, ou du moins y en eut-elle les apparences. Rien ne sert d'approfondir ce point. D'un accent qu'une reine n'eût pas désavoué et qu'accompagnait un geste impérieux,
— Monsieur, s'écria-t-elle, qui êtes-vous et que faites-vous ici?
Baby, on le sait, était fortement trempé ; il avait vu et affronté, sans en être ému, des périls de plus d'un genre ; même sur les colères des femmes, il en savait aussi long que qui ce fût. Eh bien, pour la première fois, le cœur lui battit violenunent , il se sentit troublé.
— Qui étes-vous, Monsieur î répéta la voix.
Sur une interpellation aussi formelle, il était impossible de reculer; d'ailleurs Baby n'en avait pas le désir ; l'aventure se dessinait trop bien. Recomposant son maintien du mieux qu'il le put, il s'avança vers la fée du lieu, et de l'air le plus contrit et le plus humble, il répondit :
— Je suis un grand coupable , Madame, puisque j'ai eu le malheur de vous déplaire.
— Mais qui encore 7 qui? Point de faux-fuyants.
Tous savez bien que ce parc est à nous et qu'aucun homme ne doit y mettre les pieds.
Le ton, le geste étaient assortis au langage: cependant Baby essuya ce choc avec plus de fermeté ; disons mieux , il y prit goût : ces airs de démon étaient adorables.
— En vérité. Madame! dit-il avec un parfait, aplomb et une apparente candeur.
— Sous peine d'être pendu , Monsieur.
— Pendu? Mais vous avez le droitde faire grâce, Madame.
— Non, Monsieur; tout au plus un droit de sursis.
— Je l'invoque pour me défendre : écoutez^ moi. Vous me dites que cette portion des jardins est interdite aux hommes. Je Fignorais.
— Vous n'êtes donc pas de l'hôtel, Monsieur? ^ y en suis seulement Thôte, Madame, ThAte
indigne, je le vois. Je suis un étranger, arrivé d'hier dans l'tle, et qui met à vos pieds ses hommages et ses regrets.
Baby dut se féliciter d'avoir donné à sa pensée une forme aussi heureuse , lorsqu'il s'aperçut du
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changement que sa dernière phrase opéra sur la physionomie de celle qui l'interrogeait. Un coup de théâtre n'est ni plus prompt ni plus décisif. Le nuage disparut de dessus le front, et la lèvre s'anima d'un sourire.
— Un étranger? dit-elle. Vous êtes un étranger, Monsieur?
—Tout ce qu'il y a de plus étranger, Madame, et en même temps de plus empressé à vous servir, répliqua Tofficier qui était en veine de galanterie.
La dame se releva sur son coude, regarda fixement son interlocuteur, l'examina avec attention; et comme si elle eût trouvé le mot de Ténigme qu'elle cherchait :
— Alors, dit-elle, vous êtes le lieutenant Baby. Quel succès pour notre héros ! D'emblée et sans
hésiter, on venait de le nommer sur son seul aspect. Il fallait donc que ce fût un visage à bien grand caractère que le sien. Et d'où lui venait cet honneur? de la plus ravissante créature qu'il eût rencontrée dans ses voyages. Rien n'était à lui comparer, ni les beautés de TAsie, de tout temps célèbres, ni les nymphes d'Amérique et d'Europe
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dont il connaissait les dangereuses faveurs, ni les femmes de l'archipel du Sud, qui mangent au besoin les gens qu'elles ont aimé. Aucune analogie n'était possible , aucun rapprochement permis. Plus il examinait le détail de ses charmes, plus il en était émerveillé et plus il se sentait enhardi : la crise approchait.
— Lui-même « Madame, le lieutenant Baby de Savannah, dit-il en essayant de s'emparer de sa main. D'oà le connaissez-vous?
— Le lieutenant Baby, reprit-elle en se refusant à cette marque de familiarité, qui ne le connaît pas? qui ne l'a pas entendu nommer? Parle-t-on d'autre chose dans ce pays-ci? Est-il roi, empereur qui fasse autant de bruit? Quelque part qu'on aille, c'est de lui qu'il s'agit. Baby, par-ci, Baby, par-là, toujours Baby, partout Baby. Ah 1 c'est vous, Monsieur? ajouta-t-elle en l'enveloppant de nouveau d'un regard curieux.
— Moi-même, Madame, répliqua l'ofBcier qui se rengorgea involontairement.
— Eh bien, je ne m'en cache pas, je suis enchantée de vous voir.
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Ces derniers mots eurent nn effet désastreux ; ils furent pour le cœur inflanunable de Baby,ce qu*est la mèche soufrée en contact avec une tratnée de poudre.
*-* Décidément je la subjugue, se dit-il à part lui; oui, je la subjugue ;mon costume aurore lui donne dans Toeil. Il est vrai qu'on n'est pas accoutumé, dans ces parages, à des garçons tournés comme moi. Allons, Baby, un peu de confiance ; elle sied aux gens de votre valeur. G*est Tinstant de déployer tous vos moyens.
Il ouvrit donc Tassant, commença par les petits manèges et essaya de passer aux grands. Hais il put bientôt voir à qui il avait affaire ; à chacune de ses manœuvres on opposa une manœuvre plus savante encore ; ses plus ingénieuses combinaisons furent déjouées avant même qu'elles eussent atteint un développement complet. Les plaisanteries, passe; mais rien au delà. Le pauvre Baby suait sang et eau, et se retranchait derrière le sentiment après avoir voulu conduire les choses à la houssarde. Alors des rires éclataient, des rires intarissables, à morfondre l'homme le plus entreprenant
Décidément la veine n'était pas heureuse, et si tristes qu'eussent été ses campagnes passées, celleci les dépassait toutes en incidents malencontreux. Il était tombé entre les mains d'une luronne qui connaissait Fart de défendre les places, mieux qu'il ne connaissait celui de les attaquer, avait sur tous les points la riposte prompte, et ne livrait que ce qu'elle voulait livrer. La déroute fut donc générale et sans espoir de revanche.
Quand Baby en eut acquis la conviction et compris l'inutilité de ses efforts, il essaya de se rabattre sur un chapitre moins délicat et où la pudeur n'eût pas de motif de s'effaroucher. Ce qui lui importait en l'état des choses, c'était de se ménager une retraite honorable et de sauver l'honneur du drapeau. Il s'en tira en tacticien consommé. Même dans ses poursuites les plus folâtres, il ne perdait pas de vue l'intéressant problème dont il était préoccupé et qu'à tout prix il voulait résoudre. L'un des deux sexes lui avait fait défaut; il s'agissait de savoir s'il y avait plus à attendre de l'autre. Que les hommes n'eussent pas la parole libre sur un point déterminé, on pouvait le comprendre ; mais que les femmes
eussent laissé enchaîner leur langue à propos de quoi que ce soit, c'est ce qui ne s'était jamais vu ni dans aucun temps, ni dans aucune civilisation. Les chances étaient donc bonnes pour obtenir un éclaircissement définitif.
Dès que Baby se fut arrêté à ce dessein, il changea à l'instant de manières. Les airs conquérants seyaient mal à un homme profond. Puis, lorsqu'il crut la transition suffisamment ménagée , il entra hardiment dans le vif des choses, et posa son éternelle question :
— Madame, dit-il, sans être indiscret, peut-on vous demander sous quel gouvernement vous avez le bonheur de vivre?
La phrase n'était pas achevée, que deux coups secs retentissaient sous les voûtes du bois ; Baby venait de recevoir la plus magnifique paire de soufflets que jamais main de femme eût administrée, li en eut toute sorte d*éblouissements. En même temps, un homme déboucha d'une allée voisine et vint se mêler à cette scène, où le lieutenant avait joué un rôle peu avantageux.
— Madame David, madame David , dit-il, est-ce
ainsi que vous traitez mes hôtes? Peste! comme vous y allez! ^
Ainsi Baby avait à la fois deux soufflets sur les joues et une grande noirceur sur la conscience. Il n'était pas plus avancé dans le problème qull poursuivait, et s'était attaqué à la femme même de celui qui Tavait accueilli sous son toit. Quel criminel ! et pour comble d'infortune, il ne l'était que d'intention.