‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 192 sur 241 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE, i · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE, i

fussent toujours propres, afin que leurs condisciples eussent du plaisir à les voir, et le maître n'a pas dédaigné d'entrer dans les particularités que comprend le soin du corps, celui que l'on doit prendre de se moucher, de se laver les pieds, d'essuyer les sueurs et de se curer les dents. Et pourquoi tout cela? pour que vous soyez un homme, non pas comme une brute ou un pourceau^ ! Cette sollicitude allant du plus grand au plus petit^ et qui pénétrait jusqu'au fond de la vie privée, il paraît que les philosophes rétendaient même aux personnes de la famille de leurs disciples, sans s'attirer le reproche d'indiscrétion. Ainsi Favorin reçoit un jour la nouvelle que la femme d'un de ses auditeurs, d'un homme de condition sénatoriale et de grande famille, vient d'accoucher d'un fils : aussitôt il se rend, accompagné de tous ses auditeurs présents, auprès du jeune père, le félicite, puis exprime l'espoir que l'accouchée ne manquera pas de nourrir ellemême son enfant. La mère de celle-ci s'étant déclarée contraire à cet avis, Favorin ne manqua pas de faire à ce sujet un long discours, qu'Aulu-Gelle se nota et fit passer ensuite dans ses Nuits Âttiques (XII, 1). On comprend que les philosophes, prodigues de leurs conseils même dans des circonstances pareilles, fussent consultés par leurs disciples toutes les fois qu'il venait à ceux-ci des scrupules de conscience, ainsi que dans toutes les situalions difficiles de la vie. Aulu-Gelle, nommé juge trèsjeune, mais n'ayant pourtant pas moins de vingt-cinq ans, et ne parvenant, dans un procès, à se décider pour aucune des parties, n'eut, après les avoir ajournées, rien de plus })ressé que de se rendre chez Favorin, auquel il s'e'Mait

' ÉpictHe, Di.w., I, 16, 9; ÏII, I ; IV, 11.

attaché de préférence, pour le prier de lui dire comment lui-même jugerait, dans le cas donné, ainsi que de lui tracer des règles de conduite pour l'office de juge en général \ Selon toute apparence, les philosophes avaient plutôt à se plaindre d'être trop consultés que de ne pas l'être assez. On leur demandait, comme dit Épictète, des instructions pour se guider dans des affaires d'intérêt pratique, comme on demande à un cordonnier ou à un tailleur de sa marchandise, sans prendre personnellement la peine de s'approprier, par le travail et l'étude, les principes de morale desquels doivent être déduites les décisions de tous les cas particuliers \

Généralement les philosophes, abstraction faite de leur intervention accidentelle dans d'autres cas encore, déployaient une activité pratique et, par là, exerçaient une influence immédiate sur l'éducation morale de leurs contemporains, dans trois conditions différentes : comme instituteurs et conseillers permanents de telles ou telles personnes en particulier, comme professeurs de morale dans les chaires des écoles publiques, enfin comme missionnaires et prédicateurs populaires. Ce dernier champ, sur lequel les cyniques avaient jeté leur dévolu, resta presque exclusivement abandonné à cette secte. Toutes ces formes de l'activité professionnelle des philosophes sont assez souvent mentionnées, par les philosophes eux-mêmes comme

1 Aulu-Gelle, XIV, 2.

2 Épictète, Dissert., III, 9.

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