‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 194 sur 241 · LIVRE XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

des désagréments et des affronts de toute sorte, que l'on ne croyait pas avoir à ménager à l'esprit si endurant des Grecs \ Puis, quand ils étaient usés ou que l'on était las de leur compagnie, on profitait du premier prétexte venu, d'un grief improvisé, pour les mettre à la porte sans la moindre explication, par une nuit de brouillard, sans ressources et dénués de tout ^

A la cour, la position des philosophes était encore bien plus difficile que dans les grandes maisons, et plus inconciliable avec les tendances idéales de la philosophie. Dans l'opinion de bien des gens, un philosophe était même aussi déplacé à la cour qu'au cabaret ^ Plutarque a cherché-à prouver, dans un écrit spécial, que le sage, malgré toutes les difficultés et tous les périls, ne pouvait pas, dans certaines circonstances, refuser même une position pareille, par la raison qu'il trouve l'occasion d'y faire beaucoup plus de bien que dans toute autre. Le philosophe, selon lui, prendra d'autant plus volontiers charge d'une âme dont la sphère d'activité, de sagesse et de justice embrasse le règlement du sort d'un grand nombre, qu'il pourra ainsi se rendre utile au grand nombre, par son influence sur la personne dirigeante, ainsi qu'avaient fait Anaxagore, Platon et Pythagore, comme amis et conseillers : le premier, de Périclès, le second, de Dion, et le troisième, des hommes d'État d'Italie.

Les philosophes qui se vouent à l'éducation morale de particuliers, n'affranchissent que ces personnes seules de leurs faiblesses et de leurs passions, tandis que l'homme travaillant à ennoblir le caractère d'un souverain, pousse

' L,ucieu, De inerc. cond., 2ï et 40.

' Ibidem, 39.

^ Séoèque, Lettres^ 21),>.

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fiu\ améliorations et au progrès dans l'État tout entier. Au prix de tels avantages on peut se résigner à se laisser, parfois, appeler courtisan et valet. Si même le philosophe qui s'abstient, par principe, de l'exercice d'une activité pratique, n'évite pas d'entrer en relation avec des princes d'un esprit cultivé et de noble caractère, celui qui croit devoir s'intéresser à la marche des affaires publiques leur portera plus d'intérêt encore, sans importunité bien entendu; sans les ennuyer mal à propos de sermons sophistiques, il sera toujours prêt à répondre à leur désir d'avoir son conseil et son assistance \

Des mentions fortuites de la présence de philosophes aux cours d'Auguste, de Néron, de Trajan, d'Adrien et de^ Julie Domna, ainsi que de pseudophilosophes à celle d'Héliogabale % il semble résulter que les professeurs de philosophie, comme d'autres savants, avaient, sinon toujours, au moins très-souvent, leur place marquée dans Fentourage des empereurs, à titre de compagnons ( aujAêiwTai); et ces positions aussi étaient en partie salariées. Lucien dit que, des philosophes les plus considérés de son temps, il y en avait un qui se faisait payer par l'empereur, pour lui tenir compagnie, mais que celte condition l'obligeait aussi à suivre, quoique âgé, le souverain dans tous ses voyages, comme un laquais indien ou scythe ^ Il dé* pendait naturellement de la personnalité des empereurs et du ton régnant à leur cour que la position des philosophes y fût digne ou indigne de ceux-ci. Sénèque, dans son épître de consolations à Marcie , rappelle comment la

1 Plutarque, Cons.princip. philosoph. esse, c, u, 12-14 et ailleurs.

2 Vita Elagabali, U.

^ Lucien, Parasit.y 52.

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