‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 16 sur 265 · LIVRK VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRK VI. — LES SPECTACLES

plus marquants, ce qui les faisait réserver pour le couronnement de toute fête populaire. Vers la tin de la république, les combats de gladiateurs, dans lesquels on déployait, alors déjà, une magnificence et une prodigalité sans bornes, étaient le plus en faveur auprès de la multitude'. Mais quand, au plus tard dans les commencements de l'env pire, l'organisation des partis du cirque fut devenue complète, l'inlérôt qu'on prit à leur rivalité acquit la prédominance sur tous les autres. Les jeux de la scène, bien qu'ils eussent également conservé beaucoup d'attrait sous l'empire, ne venaient cependant qu'en troisième ligne, après les précédents et ceux de l'amphithéâtre. De même que le peuple, les empereurs ont, évidemment et sans contredit , attaché le plus d'importance aux deux premiers genres de spectacles, dans lesquels on employait des moyens si prodigieux pour le divertissement des masses. On en trouve la preuve dans les médailles, que l'on peut envisager comme une espèce de documents empreints d'un caractère public , lesquels, à défaut d'autres événements dignes d'être enregistrés, perpétuent très-souvent le souvenir de pareils actes de la munificence impériale. On y voit indiqués ou rappelés des [ travaux de construction et des jeux de l'amphithéâtre et du \ cirque, jamais des constructions de théâtres, ni des repré- j sentations scéniques. Aux jeux séculaires, celles-ci atti- ' raient les spectateurs, au Champ de Mars, pendant trois

1 Cicéron, Pro Sejct., 50, 106 : Tribus locis maxime significari populi Romani judicium ac volunlas potest, concione, comitiis ludorum gladiatorumque consessu. — Ibtd., 59 : Equidem existimo nullum tempus esse frequentioris populi quam illud gladiatorum, neque concionis uUius, neque vero ullorum comitiorum. — Enfin, Ibid.f 58, 124 : Id autem spectaculi genus quod omni frequenlia aique omni génère hominum celebralur, quo muilitudo maxime delectatur.

28 >:OEURS ROMAINES.

jours et trois nuits; cependant les médailles frappées, sous l'empereur Philippe, en commémoration du jubilé millénaire de Rome, n'y font pas la moindre allusion, tandis qu'un lion , un hippopotame et diverses espèces de gibier rappellent les chasses qui eurent lieu à celte occasion.

Indépendamment de ces trois principaux genres de spectacles, les luttes d'athlètes et des représentations musicales s'étaient, déjà sous la république, introduites de la Grèce à Rome. Elles étaient tantôt mises en scène dans des fêtes périodiques spéciales, dont il sera question plus loin, tantôt unies à d'autres spectacles. Dans les grandes fêtes magnifiquement dotées, on avait soin de pourvoir encore à plus de variété par divers moyens subsidiaires, tels que des feux d'artifice, les exercices des danseurs de corde, des jongleurs, des équilibristes, et d'autres semblables. Les exemples témoignant de l'usage fait, aux jeux, de ces divertissements accessoires ne manquent pas^ Une célébration des jeux romains, sous Carin et Numérien, fit grande sensation , par la multitude de scèneries toutes nouvelles qui y trouvèrent place et que l'on vit, plus tard, reproduites en image, sous le portique d'une écurie au mont Palatin. Elles peuvent donner une idée de la variété de ces divertissements extraordinaires offerts au public comme hors d'œuvre. Un baladin dansait, chaussé de cothurnes, sur une corde si fine qu'il n'en paraissait absolument

1 Unde et pueri quos in ludis videmus ea parte qua cernunt stantes, cernui vocantur-, ut etiam Varro in ludis theatralibus docet. (Serv. jE,, X, 894.) — Nos quoque vidimus Athanatum nomine, prodigiosae ostentationis , quingenario thprace plumbeo indutum cothurnisque quingentum pondo calciatum per scenam ingredi. (Pline, Hist. nat., VII, 83.)

rien dans l'air; un acrobate escaladait un mur à pic , en se sauvant devant un ours, excité par ses taquineries; des ours figuraient comme acteurs dans une pièce; cent trompettes exécutaient une fanfare et des bandes de cent musiciens chacune jouaient sur différentes espèces de flïites ; mille pantomimes et athlètes produisaient leurs talents. La scène était artistement pourvue de tous les appareils et engins nécessaires pour opérer des changements à vue et produire des effets pyrotechniques, sans parler de divers autres spectacles, qui ajoutaient encore à cette variété ^ De même, à la fête du consul Flavius Mallius Théodore, chantée parClaudien, on vit, indépendamment de courses de chars, de combats d'athlètes, de chasses aux bêtes, de pièces de théâtres et de représentations lyriques de divers genres, des jongleurs qui s'élevaient dans les airs, comme des oiseaux, et y formaient entre eux des pyramides, au sommet desquelles se balançait un jeune garçon; puis des changements à vue artificiellement ménagés sur la scène, un feu d'artifice brûlant sans rien endommager et une régate sur l'eau ^.

Des illuminations splendides faisaient aussi très-souvent partie du programme des fêtes, ce qui n'a rien d'étonnant, puisque l'usage des lumières, des lampes et des torches, dans les solennités religieuses et autres, n'avait rien d'insolite à Rome, ni dans l'antiquité en généraP. Très-anciennement déjà, lors des spectacles, le Forum et le comice avaient été illuminés avec des lampes en plein

1 Preller, Mythologie des Romains, p. 415 de l'original allemantt, dont une traduction française vient de paraître toutefois.

2 Vie de Carin, chap. xix.

3 Claudien, De FI. Mail. Theod. cons., 279, etc.

jour, sans préjudice des décorations d'un auU'c genres L'usage de laisser les fêtes se prolonger dans la nuit, moyennant un éclairage artificiel, ne s'est, selon toute probabilité, établi que postérieurement, d'abord pour la fête de Flore, dont les extravagances devaient cadrer le mieux avec une fête de nuit^. Lors des jeux floraux de l'an 32 après J.-C, le préteur L. Séjan fit reconduire ihez eux les spectateurs par cinq mille esclaves, chargés d'éclairer leur chemina Les jeux séculaires, qu'Auguste rétablit en l'an 17 avant J.-C, duraient aussi toute la nuit, suivant l'antique usage. Auguste défendit à la jeunesse des deux sexes d'assister à ces spectacles nocturnes autrement qu'en compagnie de personnes d'un âge plus mûr*; et, pendant le jubilé millénaire de Rome, en l'an 248, le peuple resta, suivant le rapport des chroniqueurs, trois nuits de suite sans prendre de repos ^. Il se pourrait aussi que l'on eût l'habitude d'illuminer lors des saturnales, pendant lesquelles l'usage des lumières, qui, vers l'époque du solstice d'hiver, comme de nos jours à la fête de Noël, avait le caractère symbolique d'une célébration du jour qui reprend , était général. A la fête des saturnales de l'an 90, ordonnée par Domitien, on fit descendre, à la nuit tombante, au milieu de l'amphithéâtre un cercle de flammes, dont la vive clarté permit de continuer les jeux ^. La fêle quatriennale introduite, en l'an 60, par Néron, paraît avoir été, dès l'origine, pareillement étendue aux

^ Romanis ludis forus olim ornatu' liicernis. (Lucilius, Sat., I, 23.) ~ Voir aussi Cicéron, Veri\, II, 1, 22, 58; Ihid.., 54, 141. - Ovide, Fastes, V, 361, etc.

'■'' Dion Cassius, LVIII, 19.

'* Suétone, Auguste, cliap. xxxi.

'' S. Jérôme, Chron.

^ Stace, Silves, I, 6, 85, etc.

Page 1