CHAPITRE II
Voyag^es de terre ferme, hôtellerie§, douanes et brig^andage.
Manières de voyager, avec simplicité ou fastueusement. — Hôtelleries. — Raison pour laquelle on y était mal. — Hôtels nombreux. — Enseignes. — Auberges communes. — Aubergistes, douaniers et brigands en Italie.
Des mentions éparses nous apprennent comment on s'organisait pour les voyages de terre. Tels faisaient route simplement à pied, les vêtements bien troussés, ou bien avec un faible bagage, modestement à dos de mule, ou bien à cheval, garantis de la pluie par un manteau; mais les moins aisés même manquaient rarement de se faire accompagner, quand ils le pouvaient, d'un ou de plusieurs esclaves, à moins d'être dans le cas de Dion Chrysostome, obligé de voyager tout seul, comme il nous l'apprend luimême ^ .
Quand on voulait voyager vite, on préférait naturellement le cheval à la voiture-. Dans les voyages en voiture
1 Orat. 40, p. 486 M.
2 Apulée, Florida, IV, 21. — Voir aussi Horace, Satires, I, 6, 105, et le voyageur à cheval sur le bas-relief d'Esernie {Bull. nap..\I, tav. I, no 4).
d'une cerlaine durée, les esclaves, suivant leur maître, étaient ordinairement aussi en voiture. Sénèque eut une fois l'idée de voyager tout à fait sans façon ^ Il monta donc dans une voiture avec son ami Maxime, sans autre bagage que ce qu'ils portaient sur eux , et avec si peu de domestiques que tous trouvèrent place dans une autre voiture. Pour son coucher, on étendait un matelas sur la dure, avec deux manteaux, contre la pluie, servant l'un de drap, l'autre de couverture. Le repas était aussi frugal que possible; il ne fallait pas plus d'une heure pour l'apprêter; des figues sèches et les tablettes où le philosophe prenait note de ses observations et de ses pensées , n'y manquaient jamais. La voiture était un chariot de paysan , le pas des mules si tranquille qu'elles paraissaient tout juste donner signe de vie; le conducteur, pieds-nus, et cela non-seulement à cause des chaleurs de l'été. Sénèque avait passé ainsi deux jours de bonheur. Ce voyage lui avait appris combien il est dans la vie de choses superflues dont on peut se séparer sans aucun regret. Cependant il ne pouvait se défendre d'un sentiment de malaise, quand il rencontrait sur son chemin quelque brillant équipage de route; il ne pouvait alors se mettre au-dessus d'une fausse honte, s'enhardir à désirer que l'on prît cette méchante voilure pour la sienne. Avec cette manière bizarre de voyager, chez un homme de son âge, un personnage consulaire, énormément riche, il n'y avait pas, d'ailleurs, à s'étonner d'un pareil sentiment, car les gens de quaUté, de son temps, ne se décidaient pas facilement à voyager sans une ou plusieurs personnes de compagnie, une nombreuse domesticité et de gros bagages. Tel était déjà l'usage sous la répu-
1 Sénèque, Lettres, 87.