LIVRE Yll. — LES VOYAGES
nement avec lequel on s'appliquait à y joindre d'autres commodités, témoignent assez, d'ailleurs, du grand usage qu'on en faisait. On pouvait non-seulement y lire, mais encore y écrire^ Il parait même qu'il y avait des livres d'un petit format spécial, pour la commodité de la lecture en route 2. Il existait des voitures disposées de manière à ce que l'on y pût dormir^. Cependant les femmes faisaient aussi grand usage de litières, en voyage'*. Claude, qui aimait beaucoup jouer aux dés, avait des voitures munies de planches bien fixées, pour faire sa partie en route ^. Commode en avait avec des sièges tournants, pour échapper à l'ardeur des rayons du soleil, ou recueillir la fraîcheur de la brise, et d'autres, avec des appareils servant à mesurer le chemin parcouru et à marquer les heures^.
La grandeur des équipages et le luxe des préparatifs de voyage avaient leur raison en partie dans l'esclavage, en partie dans l'état défectueux des hôtelleries. Les riches, disposant de centaines d'esclaves, trouvaient moyen de se
1 Pline le Jeune, Lettres, III, 5 : In itinere ad latus notarius
cum libro et pugillaribus cujus manus hleme manicis muniebantur.
2 Martial, XIV, 188, Cicero in membranis :
Si cornes ista tibi fuerit membrana, putato Carpere te longas cum Cicérone vias.
3 Digeste, XXXV, 2, 13 (24) : Scœvola (libro XV Digeslorum) : Uxori quis legavit his verbis : mundum muliebrem omnem et quidquid vivus dedi, donavi, id omne dari volo; quaesitum est an carruca dormitoria cum mulis, quum semper uxor usa sit, ei debeatur. Respondit, si ejus usus causa habita esset, deberi.
* Cicéron, à Atticus, X, 10, 6 : Hic tamen Cytherida secum lectica aperta portabat, alteram uxorem : septem praeterea conjunctse lecticse amicarum, eœ sunt amicorum.
^ Suétone, Claude, chap. xxxiii : Solitus etiam in gestatione ludere»
^ Vie de Pertinax, chap, viii.
procurer les jouissances et les commodités de leurs ])alais même en voyage, outre que l'habitude leur avait créé le besoin de se faire servir par une multitude de domestiques. Les aubergistes étaient rarement en position d'avoir à suffire aux besoins de ces voyageurs gâtés, d'autant plus rarement que le climat méridional permettait, le plus souvent, de passer la nuit dans des tentes portatives^; et moins on avait recours a eux, moins ils se trouvaient en mesure de satisfaire à ce qu'on pouvait leur demander. Il y avait certainement aussi de bons hôtels, luxueux même, dans lesquels on pouvait très-bien se laisser aller à passer plus que le temps nécessaire 2. Ils n'étaient pas rares, en général, et il y en avait certainement bon nombre dans les endroits très-fréquentés , les places de commerce, notamment, et les principales villes de bains, comme Canope, Édepsus ou Baïes^ Mais, ce qui n'est pas douteux, c'est que les auberges étaient généralement mal pourvues, d'où il ne faut pas conclure, cependant ;, qu'elles ne servissent qu'à loger des gens de la basse classe. Le fait est qu'elles laissent, encore aujourd'hui, beaucoup à désirer dans le midi, partout où l'influence des habitudes et de la civilisation de l'Europe septentrionale n'a pas encore pénétré, les méridionaux s'accommodant de fort peu, en fait d'aménagement, et peut-être les anciens , habitués à des appartements étroits et peu meublés, étaient-ils, à cet égard, encore moins difficiles que les modernes. 11 devait être d'autant plus facile de satisfaire les voyageurs ne de-
1 Plutarque, Caton le Jeune, chap. xxxviii, 2; Marc^ Antoine, chap. IX, 4. — Voir aussi Sidoine Apollinaire, Ep.^ IV, 8.
2 Epiclète, Diss., II, 23, 36.
. 3 Strabon, XVIÏ, 1, 17, p. 801, Cas., et XII, 17, p. 578. — Voir aussi Pline, H. JS., XXXIX, 23.