‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 197 sur 265 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

pour s'enrichir par l'exercice de leur art, et plus d'un parmi eux pouvait dire de lui :

Orlus ab Igiivio mediciis, fora multa secutus. Arte feror nota, nobiliore fide ^.

Un ami de Plutarque, Cléombrote de Sparte, homme riche et libre de remploi de son temps, voyagea, non pas pour affaires de commerce , mais pour satisfaire sa curiosité de voir et d'apprendre, ainsi que pour former son esprit, jusque chez les Troglodytes, visita l'oracle de Jupiter Ammon et s'avança fort avant sur la mer Rouge. Les impudents mensonges que cet homme, considéré comme un saint, dontresprit n'était censé tendre qu'aux choses sublimes, débita, dans ses contes sur un soi-disant prophète, qui parlait l'idiome dorien, habitait près de la mer Rouge et ne consentait qu'une fois par an à faire entendre sa parole aux hommes, peut faire juger de la confiance que méritaient les relations de voyages concernant des pays rarement visités 2. Il est hors de doute aussi qu'on faisait, parfois, des voyages dans le seul but de se ménager des communications personnelles. L'interprète des songes, Artémidore de Daldie, considérant comme un devoir sacré le perfectionnement de la science qui lui tenait si religieusement à cœur, avait voyagé en ItaUe , en Grèce , dans l'Asie Mineure et dans les îles, pour multiplier le plus possible ses liaisons avec des confrères, et enrichir ses connaissances du résultat de leurs expériences personnelles^.

C'est la jeunesse qui avait le plus d'intérêt à voyager.

1 Anthol. lat., éd. Meyer, 1430, L. Scribonius, P. J. Primigenius.

2 Plutarque, De def. orac, c. ii, p. 410.

3 Artémidore, Onirocr., I, proœm., p. 3.

pour étendre son horizon au delà des bornes du pays natal, selon l'expression de Philostrate ^ Il était très-commun de voir des jeunes gens quitter, pour quelque temps, la maison paternelle, afin d'acquérir ailleurs une instruction plus haute ^. Dans les provinces, chaque district, chaque partie de l'empire, jouissant d'une culture plus avancée, avait son foyer d'études, visité par la jeunesse des environs, de tout le ressort, ou même venue de plus loin ^. Tels étaient Milan , dans la Gaule cisalpine \ et Autun (Augustodunum), dans le pays des Éduens '^» Quant à Carthage en Afrique ^, ApoUonie en Épire ^ et Marseille ^ , elles étaient déjà plus que des centres intellectuels de province. La dernière de ces villes était môme visitée par des jeunes gens de Rome ^. Dans les provinces d'Asie, Tarse, en Cilicie, figurait parmi les centres dont les établissements d'instruction réunissaient le plus d'étudiants, mais presque tous jeunes gens du pays, au moins du temps de Strabon ^'^; à côté d'elle, probablement aussi Antioche, en Syrie, que Cicéron déjà ^^ appelait la ville « eruditissimis hominibus liberalissimisque studiis affluentem » , ainsi que Smyrne , citée du moins à ce titre dans le deuxième siècle de notre ère^^. Mais les cités qui, sous ce rapport aussi, éclipsaient

1 Apollonius de lyane^ I, XVIII, éd. K.

2 Épictète, Dissert., III, 2l, 8 et 23, 32.

3 Kriegk, De peregrinaiionibus Romanorum academicis, 1704. * Pline le Jeune, Lettres, IV, 13.

s Tacite, Annales, III, 43.

6 Apulée, Flortdes, IV, 20.

'' Suétone, Auguste, chap. viii, 89, 94, etc.

8 Tacite, Annales, IV, 49 ; Vie d'Agricola, chap. iv.

9 Strabon, lY, 1, 5, p. 181.

10 Ibid., 4, 13, p. 673.

11 Pro Arckia, 3, 4. —Voir aussi 0. MuUer, Antiq. Antioch., I, 68; II, 106, etc.

12 Aristide, Orat., XV, p. 232, 16 /.

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