‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 265 sur 265 · II · texte numérisé non relu

II

* De legïbus, II, 1.

pourrait songer à divertir son esprit avec des choses aussi mesquines*? . • . '

Mais celui qui, par excellence, a célébré la vie de campagne, aux dépens de celle de la ville, c'est Horace. Ce n'est qu'à la campagne, dans la forêt, au bord des ruisseaux, sous des rochers couverts de mousse, qu'il se trouvait bien. L'hiver y était tiède, la chaleur de l'été tempérée par de fraîches haleines, le sommeil non troublé. Combien la belle verdure de l'herbe, qui embaume, lui paraissait préférable aux pierres des couleurs les plus variées, la source qui coule naturellement, avec son murmure, plus pure que l'eau des aqueducs de la ville, coulant dans des tuyaux de plomb M Mais, non-seulement les poètes latins ont chanté, de préférence, ces jouissances et d'autres semblables, qu'offre la nature ; les prosateurs aussi s'en délectaient, et, généralement, les Romains la regardaient comme le véritable berceau de la poésie \

* Sénèque, Controv., II, 9, p. 122 B.

• Horace, É/3î^re5, 1, 10.

^ Motz, Du sentiment de la belle nature chez les anciens, p. 77 et 78 (en allem.).

Page 481, à la note 3 :

Cicéron, N. /)., II, 39, 100 : At vero quanta maris est pulchritudo, quai species univers!, quae muUiludo et varietas insularum, quae amœnitates orarum ac littorum.

Pline, Lettres, V, 18 : Frueris mari, fontibus, agro, viridibus, vill,a amœnissima.

Nov. Constitut. Justiniani, 63.

^ Même page, ligne 13, après le point :

De sa villa, construite par Lucullus, sur la hauteur de

AU TOME DEUXIÈME. 7i

Misène, le raême empereur (Tibère) promenait son regard sur les deux mers de Sicile et d'Étrurie\

^ Phèdre, Fables, II, 5.

Page 482, ligne 4, la phrase relative à Catulle doit être modifiée ainsi :

Catulle aimait, « comme la prunelle de ses yeux, )) entre toutes les îles et presqu'îles, dont le dieu des eaux garde les bords, dans les lacs transparents et le milieu agité des vagues de la mer, la gracieuse presqu'île de Sirmio, qui s'avance dans les ondes azurées du lac de Garde*, et sur laquelle existent encore des débris de constructions romaines*.

' Catulle, c. XXXI.

' De thermes, du temps de Constantin, d'après Orti Manara.

Même page, ligne 20 :

Le cours de l'Anio, la plus charmante de toutes les rivières, était ombragé de forêts et retenu captif, en quelque sorte, par les villas construites sur ses bords, où elles se succédaient sans interruption \ Celle de Néron, à Sublaqueum (Subiaco), était célèbre parmi elles. A Tibùr, il y avait la grotte à écho de l'Albunée, la chute de l'Anio et le bois sacré de Tiburne ^

' Pline le Jeune, Lettres, VIII, 57 : Anio delicatissimus amnium, ideoque adjacentibus villis velut invitatus retentusque, magna ex parte nemora, quibus inumbratur, fregit et rapuit.

2 Horace, Odes,l, 7, 12.

Page 483, ligne 5 :

On y voyait (il s'agit de la propriété de Manilius Vopiscus) deux palais, se faisant vis-à-vis sur les deux bords de

la rivière, dans un lieu oîi elle coulait paisiblement, mais en amont comme en aval duquel elle se précipitait, écumante et avec fracas, de rocher en rocher. La forêt s'y avançait, haute et touffue, jusqu'au bord de l'eau, dans le miroir de laquelle se reflétait le feuillage, ombrageant au loin les ondes, dans leur cours. Là régnait la fraîcheur, même aux jours des grandes ardeurs de Sirius, et les rayons brûlants du soleil de juillet ne parvenaient pas à pénétrer dans l'intérieur des habitations.

On ne trouverait guère, dans toute la littérature des anciens, d'éloge d'un paysage manquant d'eau.

Page 483, Hgne 18, après le point :

Les bords des lacs, des vallons et des gorges sillonnées par des ruisseaux, de larges et riantes plaines, parcourues par des fleuves, tels étaient les sites qui charmaient, pardessus tout, les amis de la belle nature. La vallée ombrageuse d'Horace, dans la montagne Sabine, sa « douce cachette )) , devait principalement son attrait à la source de Bandusie, dont les ondes babillardes tombaient, en sautillant, du haut de pierres creuses, sur lesquelles doniinait un vieux chêne, et, plus limpides que du cristal, exhalaient une délicieuse fraîcheur, même au fort des ardeurs de Sirius^

* Horace, Épîtress 1, 16, 15 ; Odes, III, 13.

tecta.... aliubi imposita montibus in vastum terrarum marisque prospectum.

Même page, ligne 26 :

Cet amour de la nature se manifestait, notamment, aussi

dans les dispositions relatives à l'embellissement des demeures urbaines des riches et des grands, qui tenaient absolument à y jouir d'une belle \ue.

Page 485, note \ , ligne 3, après le mot « praestet » (fin du passage cité) :

aut in hoc ut in suo pingat, sed ut aliquid patiatur aut non faciat. On disait « viridia toUere », comme on disait « hortos extollere » (Tacite, Ann.f XI, 1) et « piscinas extollere ». {Ibidemy XIII, 21).

■ Même page, ligne 2 :

Entre des colonnes bigarrées , dit Horace ^ , on fait pousser- un bocage, et on prise la maison qui a vue sur de vastes champs. Un beau jardin doublait la valeur d'un palais, à Rome^. Les salles à manger étaient disposées de telle façon que les yeux, quand on était à table, pussent se reposer sur la verdure^; des chambres de bain même, on tenait à jouir d'une vue étendue *.

Le sentiment de la nature, chez les anciens, n'était pas moins vif, intime et profond que chez les modernes,. mais il avait quelque chose de bien plus étroit.

' ÉpUreSy I, 10, 22, etc.

2 Voir l'anecdote connue de la maison et du jardin de M. Grassus, sur le mont Palatin, dans Pline {Hist. nat., XXXVI, 7) et Valère Maxime, IX, l, 4.

3 Vitruve, VI, 3, 10 : Habentque ceci (Gyciceni) dextra ac sinistra lumina fenestrarum valvata, uti viridia de lectis per spatia fenestrarum prospiciantur.

*Sénèque, Lettres, 86, 8 : Blattaria vocant balnea nisi ex solio

agros et maria prospiciunt.

Même page^ ligne 15, après le point :

A ces trois catégories appartiennent aussi les terres nommées comme les plus désirables, dans le Vaisseau de Lucien (20), oii sont énumérées toutes les splendeurs de

ce monde, desquelles d'énormes richesses pourraient procurer la possession, à savoir les environs d'Athènes, le territoire d'Eleusis, baigné par la mer, la fertile campagne de Sicyone, et en général tous les cantons ombragés, bien arrosés et productifs de la Grèce. Telles étaient, ou à peu près, les scènes de la nature dont les amis du beau, en fait de paysage, étaient le plus friands, dans l'antiquité, et l'on trouverait à peine, dans la littérature des anciens, un exemple indiquant que l'on y eût jamais trouvé beaux des sites d'un caractère tout à fait à part, ou tranchant par des contrastes.

Page 485, après la ligne 22 :

Il ne manque pas de témoignages positifs oîi l'on admet, comme chose convenue, qu'un paysage de montagne, en général, ne saurait être beau.

Même page 485, ligne 26, après « Cicéron » intercalez :

qui allègue, pour preuve de la puissance de l'habitude, que nous finissons par trouver plaisir aux lieux où nous avons séjourné longtemps, fussent-ils montagneux et boisés*.

' De amicitia, 19, 68 : In eis etiam quœ sunt inanimia, consuetudo valet, qiium ipsis locis delectemur, montuosis etiam et silvestribus, in quibus diutius commorati sumus. %.

Page 486, ligne 4, après le point :

C'est une exclamation d'enthousiasme tout à fait isolée, que ce transport d'admiration de Virgile {Enéide., XII, 701) pour le père Apennin :

Quantus Alhos, aut quantns Eryx, aut ipse, coruscis Quum frémit ilicibus, quantus, gaudetque nivali Verticese altoUens pater Apenninus ad auras...

Ce qui émerveillait le poëte, ce n'était, d'ailleurs, que la silhouette imposante de cette chaîne, à l'horizon.

Page 488, ligne 1, après le point :

, Dans l'opinion des peuples, le mont Argée était, d'après Solin*, habité par un dieu. Il est possible, toutefois, que l'on gravît parfois, à la pointe nord-est de la Sicile, le Neptunius, du haut duquel on avait vue sur la mer de Toscane et, disait-on, même sur l'Adriatique ^

* 45, 4, p. 192, Mommsen (auct. igu.)-

'^ Solin, 5, 12, p. 55, M. (auct. ign.) : Laudant alios montes duos, Nebroden et Neptunium. E Neptunio spécula est in pelagus Tuscum et Hadriaticum, Nebroden damaî et hinnuli gregatim pervagantur, inde Neb rodes.

Même page, ligne 2, après les mots « dont on mentionne », ajoutez :

plus souvent.

Même page, ligne 1 1, après le point :

La tour dite du Philosophe sur l'Etna, bâtiment autrefois très-spacieux, qui comprenait plusieurs chambres, et dont Fazello retrouva encore, en lS4i, une voûte en briques bien conservée, ce qui indique, indubitablement, une construction d'origine romaine, aurait été érigée, d'après la conjecture de Gemellaro, pour offrir un gîte à l'empereur Adrien, lors de cette même ascension*.

* Parthey, Pérégrinations en Sicile et dans le Levant, 1, 260, en allem. Même page, note 4, après les mots « avec la note », ajoutez :

de Saumaise et de Gasaubon.

Même page, â la note 6 :

L'admiration pour les contrastes formés par la grande variété des aspects, pour le grandiose et pour le merveilleux, n'était cependant,

peut-être, pas entièrement exclue de l'impression produite, sur certains esprits, par les beautés si diverses de la nature, ainsi qu'il peut sembler du moins à la lecture des passages suivants de Cicéron, N. D., Il, 38, 39 et 98 :

Licetenim...oculis quodam modo coniem.^]a.n pulchritudinem rerum earum quas divina providentia dicimus constitutas.— Ac principio tçrra universacernatur... vestita floribus, herbis, arboribus, frugibus, quorum omnium incredibilis multitudo insatiabili varietate distinguitur. Adde hucfontium gelidas perennitates, liquores perlucidosamnium, riparum vcstitus viridissimos, speluncarum concavas altitudines, saxorum asperitates , Impendentium rnontium altitudines immensitatesque camporum : adde etiam reconditas auri argentique venas infinitamque vim marmoris.

Page 489, ligne 14 :

Pendant tout le moyen âge, le sens pour les grandes beautés de la nature^ telles que nous les concevons aujourd'hui, fait presque entièrement défaut à la poésie allemande^, même au plus beau temps de îa chevalerie. Les poètes de cette époque ne décrivent, en général, que les premiers plans, sans s'occuper des perspectives lointaines, et c'est en vain que l'on chercherait, chez eux, rien qui trahisse le goût pour les scènes que nous appelons romantiques. En Italie, il esterai, on ne saurait méconnaître des traces de l'existence d'un sentiment plus développé de la nature, chez Dante et Pétrarque ; mais, bien qu'eux-mêmes en eussent peut-être conscience, jusqu'à un certain point, il est certain que très-peu de leurs contemporains étaient à même de comprendre cette manière de sentir. Aussi Pétrarque crut-il devoir particulièrement excuser son ascension du mont Venteux, près d'Avignon, par l'exemple du roi Philippe de Macédoine, dans Tite- Live. Le ravissement d'Énée Sylvius (1462), à l'aspect des magnificences du paysage italien, procède d'une ma-

' Alex, de Humboldt, Cosmos, II, p. 33 de l'édition originale.

AU T03IE DEUXIEME.' 7i

nière de voir qui ne diffère en rien de celle des anciens. On ne trouve rien, dans ses écrits, que n'aurait pu également déjà écrire Pline le Jeune, par exemple. On n'aperçoit guère de changement, à cet égard , dans la Cosmographie^ de Sébastien Munster (1578). Dans une prosaïque description de 'la Suisse, il appelle « jolies et plaisantes » les vallées et les plaines cultivées, ce effrayantes et terribles à voir » les hautes montagnes et les rochers, voire même les grandes cascades. Il dit bien, de la ville de Schaffhouse, que c'est un endroit merveilleusement beau, oii l'on a transformé un pays sauvage en un riant paradis ; mais il se borne à dire aussi, de la fameuse chute du Rhin, que c'est une chose terrible à voir. Il ne sort pas même de ces épithètes dans ses esquisses de la cascade entre Saint -Maurice et Martigny, du lac Léman et de Vevay, ou de la gorge et des eaux de Pfeffers.

Les premiers signes, non équivoques^ du réveil d'un sentiment plus intime du genre de beauté qu'il y a dans les aspects sombres de la nature sauvage, se trouvent peutêtre dans les œuvres des grands paysagistes du dix-sep* tième siècle, parmi lesquelles nous ne nommerons que les paysages de Ruysdael, d'Everdingen et de Salvator Rosa. Cependant on se tromperait fort, en se figurant que ces puissantes révélations d'une direction nouvelle du sentiment de la nature aient contribué, dès lors, à en faire une propagande étendue. Tout au contraire, on ne trouvera que trop souvent, dans les descriptions de scènes de la nature de cette époque et de la suivante même, des expressions dénotant un manque absolu d'intelligence

' Publiée à Bàle en allemand, mais également traduite eu français.

pour ces scènes. En général, il y a peu de probabilité en faveur de la découverte d'indices certains, témoignant de cette intelligence, dans la littérature, avant le milieu du dix-huitième siècle.

Dans l'Allemagne du Nord, sur les rivages de la Baltique, une certaine prédilection pour les grandes vues de plaines, avec leurs perspectives dépourvues de pittoresque, a surtout longtemps persisté. Le journal de voyage du patricien Philippe Heinhofer, remontant à l'année 1617^ en témoigne. Le célèbre Kant lui-même n'avait jamais vu de montagnes dans sa vie.

Page 490, ligne 22, après le point ;

Lady Montagne ne fut guère impressionnée davantage, quand elle effectua, le 25 septembre 1718, le passage du mont Genis \ Haller, dans ses Alpes (1729), chanté sans cesse la simplicité de mœurs, l'innocence et les félicités de la vie pastorale, et ne s'extasie qu'une fois, par exception, moins sur la grandeur que sur la variété des aspects, en décrivant la vue dont on jouit d'un point élevé. Klopstock, pendant un séjour de près de huit mois à Zurich, de juillet 1750 en février" 1751, se contenta d'admirer les Alpes à distance, et repartit sans les avoir vues de près. Ajoutons que le Savoyard dont a parlé de Saussure , n'hésitait pas à taxer de fous tous les amateurs de glaciers indistinctement ; et peut-être trouvera- t-on, avec Kant, que ce paysan, bon-

' Elle écrit à ce sujet : The prodigioîis prospect of mountains covered with eternal snow, of cloads hanging far below our feet, and of vast cascades tumbling down the rocks with a confused roaring, would hâve been mt^rtaining lo me, if l had suffered less from the extrême cold Ihat reigns hère.

homme intelligent, du reste, n'avait pas tout à fait tort, quand on songe au Ilot des touristes vulgaires, ou prétentieux sans prétention justifiée, de nos jours.

Page 491, ligne 17 :

Encore au commencement de ce siècle, nous avons à prendre acte d'une protestation, d'un caractère bien décidé, contre l'admiration des paysages alpestres. Il s'agit de celle d'un homme aussi considérable que Chateaubriand, cherchant à démontrer, tout au long, que Ton ne saurait trouver dans l'intérieur de ces massifs de hautes montagnes, ni le gracieux, ni le grandiose, et cela en se fondant sur les impressions qu'il avait ressenties lui-même, dans la vallée de Ghamouny^ Avec une justesse parfaite, il invoque, à l'appui de son dire, le sentiment des anciens à cet égard, et cite ces vers des Géorgiques (II, 485, etc.), dans lesquels Virgile a exprimé le plaisir qu'il trouvait aux plaines cultivées^ aux vallées arrosées par un fleuve et aux riches ombrages des forêts d'arbres feuillus :

Rura mihi et rigai placeant in vallibus amnes. Flumina amem silvasque inglorius. 0 ubi campi Sperclieusque et virginibus bacchata Lacaenis Taygeta! o qui me gelidis in vallibus Hsemi Sistat et ingenti ramorum protegat umbra !

Le poëte de Mantoue, poursuit Chateaubriand dans sa conclusion, « cherchait les vallées agréables, riantes,

« gracieuses... Et où veut-il que cette vallée soit placée?

* Voir le Voyage au mont Blanc dans les Souvenirs d'Italie, d'Angleterre et d'Amérique, par F.-A. de Ghaleaeibriaud. (Paris, 1816), p. 52 kl5. '

(( Dans un lieu où il y aura de beaux souvenirs, des noms « harmonieux, des traditions, des muses et de l'histoire. c( Il se serait fort peu soucié de la vallée de Chamouny, c( du glacier de Taconai, de la petite et de la grande Jo- « rasse, de l'aiguille du Dru et du rocher de la Tête- « Noire. » Chateaubriand regarde comme le fondateur de l'école d'oii est sortie l'admiration pour les hautes Alpes, Jean-Jacques Rousseau, dont il cite ce passage emprunté à la Nouvelle Héloïse (Part. 1, Lettre xxin), publiée en 1759 : ce Sur les hautes montagnes les méditations prennent un caractère grand, subhme, etc. » L'antiquité, dit-il, à laquelle on est toujours obligé de se reporter, quand il s'agit de justesse en fait d'impressions, ne pensait pas sur les montagnes comme Rousseau; elle les représente, au contraire, comme le séjour du désespoir et de la. douleur. Cette manifestation remarquable d'un sentiment de la nature entièrement calqué sur celui des anciens, et peut-être encore aujourd'hui très-répandu,' parmi les nations de souche romane, rappelle en même temps combien il est difficile de conclure, de la manière de sentir des esprits même les plus éminents, à la direction moyenne du sentiment chez les contemporains de toute une période. Mais, depuis le milieu du dix-huitième siècle, le changement de direction s'est accentué de plus en plus.

Page 492, ligne 12, après le point :

Depuis lors seulement on remarqua, dans Jes parties sauvages et les solitudes des montagnes, les beautés dont elles sont remplies, mais que des âmes sentimentales étaient, il est vrai, seules à même de comprendre, tan-

AU rOME JJEUXlÈMb:. 81

dis qu'aux autres, ces beautés semblaient un objet d'etfroi^

1 Dans a Nouvelle Héloise (Part. IV", Lettre XVII), Saint-Preux dit de son ermitage à Meillerie : Ce lieu solitaire formait un réduit sauvage et désert, maïs plein de ces portes de beautés qui ne plaisent qu'aux âmes sensibles et qui paraissent horribles aux autres.

La description que Rousseau fait, à ce propos, des glaciers, montre qu'il les supposait totalement inconnus à ses lecteurs.

Page 492, ligne 21, au lieu des mots « au dix-septième siècle », il faut :

au seizième siècle et au dix-septième.

Même page, ligne 30, après le point : •

Ce sens (du paysage) est toujours le résultat d'un développement de culture long et compliqué. Un passage de Pline le Jeune ^ montre bien que la contemplation du paysage, du point de vue pittoresque, n'était pas tout à fait étrangère à l'antiquité ; seulement, il y a une différence énorme entre le paysage moderne et le paysage antique, oii l'attention est plutôt dirigée sur les divers phénomènes, envisagés chacun en particulier, que sur la convergence des effets qu'ils produisent, vers un ensemble. ,.;.."

1 Lettres, V, 6 : Neque enim terras tibi séà formam aliquam, ad eximiam pulchritudinem pictam, videberis cernere : ea varietate, ea descriptione, quocumque in.ciderint oculi, reficiuntur.

Page 493, ligne 10, après le point-virgule :

Il ne manque pas absolument, dans la poésie antique, de belles images, indiquant un profond sentiment de la magnificence des phénomènes, qui dérivent de la lumière, comme ceux de la lune dans toute sa sérénité, souriant à la

SUPPLÉMl'JNT. /

8'J SUI»PLÉME1S'I

mer couverte de ténèbres S des Ilots reluisant à la clarté de son disque vacillant", et des forêts, humides de rosée, qu'elle rafraîchit, au souffle de la brise du soir^'; de la mer rougie par les rayons du soleil *, ou des vagues qui, portées au loin, brillent d'un éclat de pourpre*.

' Horace, Odes, II, 5, 19, .etc.

2 Virgile, Enéide, VII, 8, etc.

^ Le même, G^or^i^'wei, III, 137. .

* Le même, Enéide, VII, 25.

^ Gatulle,*63, 277.

Page 493^ ligne 1 9 : >

Tout porte à croire que c'est à la couleur que les anciens attachaient le moins d'importance, dans la représentation des objets.'

Page 495, ligne 10 :

Il paraît du moins que les voyages dans l'Inde, entrepris dans un but autre que le commerce, étaient extrêmement rares, dans les deux premiers siècles de l'empire*, et Tunique raison qu'on allègue, pour les motiver, c'est le désir d'apprendre à connaître, non le monde des tropiques, mais les doctrines et le genre de vie des brahmanes. Ce dernier motif fut celui qui détermina le cynique Démétrius de Sunium à se rendre d'Egypte dans l'Inde % le néoplatonicien Plotin, désireux d'étudier la philosophie des Perses et des Hindous, à se joindre, en l'an 242 de notre ère, à l'expédition de l'empereur Gordien contre les Perses, après la mort duquel il ne parvint qu'avec peine à se sauver, en gagnant Antioche ^ et un certain Métrodore

' Dion Ghrysostome, Or, XXXV, p. 436 m.

-Lucien, Toxaris, 34.

' Porphyre, Vie de Plotin, ch. iii.

à passer de la Perse, sa patrie, dans l'Inde, ce qui eut lieu dans la vingt et unième année du règne de Constantin, et lui valut d'être considéré comme un saint, par les brahmanes ^ On a de môme connaissance, par Lucien-, du départ, sans motif indiqué, pour l'Inde, d'un jeune homme de la Paphlagonie, étudiant à Alexandrie.

' Gédrénus; éd. de Bonn., I, 516.

' Alexandre d'Abonotique^ 44.

Page 497, ligne 7 :

Cependant des passages d'Horace [Êpitres, I, 10), de Properce (I^ 2, 9), de Sénèque {Lettres, 90^, 43) et de Juvénal [Sat. III, au comm.) montrent qu'il y avait aussi à Rome des amis de la nature, trouvant que le meilleur 'était de la laisser faire.

Même page, ligne 14, après le point, en note :

H est intéressant de constater que le goût des jardins dits français existait également déjà en Italie, au moyen âge. Dans ce genre étaient les jardins que Crescence fit planter vers l'an 1300.11 n'est guère probable, d'après cela, que l'art de l'horticulture du xv^ siècle et du xvi® ait, comme on a voulu le prétendre, puisé principalement ses idées dans les lettres de Pline le Jeune; il y a plutôt lieu de croire que l'on ne fit que s'y rattacher aux traditions, encore existantes, de la pratique des anciens.

UN UU SUPPLEMENT Al) l'OMK DEUXIÈME.

Friedlander, Ludwig

Moeurs romaines du règne dMuguste à la fin des Antonins

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